Le chef du parti Kataëb Samy Gemayel lors d'un discours le 12 avril 2025. Photo X / @LebaneseKataeb
Disant craindre que des accords soient conclus « au détriment » de l'Etat libanais et les « menaces » posées par les infrastructures potentiellement développées par le Hezbollah dans différentes régions, le chef des Kataëb et député Samy Gemayel a appelé le gouvernement à appliquer sur le terrain les décisions successives prises depuis sa formation en février 2025 pour récupérer le monopole des armes et donc, désarmer le Hezbollah. Un appel à « mater la rébellion » du parti chiite qui refuse de désarmer au nord du Litani, alors que les craintes sont vives quant au sort de Nabatiyé après la chute de la colline de Ali Taher et des frappes meurtrières sur la région.
Dans une conférence de presse, quelques jours avant une séance parlementaire prévue pour débattre avec le gouvernement de Nawaf Salam, M. Gemayel a indiqué qu'une « question cruciale » se pose, à savoir la mise en application concrète des décisions prises par l'exécutif pour récupérer le monopole des armes aux mains de l'Etat. Ce dossier, considéré comme central depuis l'élection du président Joseph Aoun en janvier 2025 et la formation du cabinet Salam, figurait dans le discours d'investiture du chef de l'Etat, de la déclaration ministérielle, d'une décision prise en août 2025 de désarmer toutes les milices, d'une autre d'interdire les activités militaires du Hezbollah le 2 mars, jour de la reprise de la guerre entre le parti chiite et Israël, et d'une autre prise le 9 avril pour faire de Beyrouth une ville « sans armes ». Des mesures avaient ainsi été prises pour appliquer ces décisions successives, notamment pour désarmer les groupes proches affiliés au Fateh dans les camps de réfugiés palestiniens, ainsi que le Hezbollah au sud du Litani. Toutefois, la guerre qui a repris début mars avec le lancement de roquettes contre Israël, dans la foulée de l'offensive américano-israélienne sur l'Iran, a réduit à néant les efforts de l'armée libanaise, et le parti-milice a continué à mener des attaques depuis le Liban-Sud.
Les risques posés par les tunnels du Hezbollah
Dans ce contexte, Samy Gemayel a pris à partie l'exécutif : « Qu’est-ce qui a été mis en œuvre parmi les décisions du Conseil des ministres, le plan de l’armée et le processus de monopole des armes ? Qu’est-ce qui empêche de commencer dans les régions qui ne sont pas sous occupation israélienne ? Y a-t-il des tunnels et des dépôts d’armes dans ces régions ? Quel délai le gouvernement a-t-il fixé pour le monopole des armes, et quand celui-ci deviendra-t-il une réalité ? »
Assurant le cabinet de son soutien, il l'a toutefois mis en garde contre plus d'atermoiements dans l'application du monopole des armes. Il a notamment évoqué les risques d'une extension des attaques israéliennes dans d'autres régions que le Sud. « L'existence d'un autre Ali Taher dans la Békaa, à Beyrouth, dans le Metn ou au Kesrouan signifie que tout le monde est menacé », a-t-il averti, en référence à la base militaire souterraine sous une colline voisine de Nabatiyé, dont Israël a annoncé avoir pris le contrôle opérationnel jeudi dernier au terme de semaines d'attaques, ce que le Hezbollah n'a pas confirmé. Cette prise a été suivie de bombardements meurtriers sur la région qui ont fait plusieurs dizaines de morts, dont des femmes et des enfants. Le député du Metn a encore dit craindre des tensions en interne. « Certains se rebellent contre les décisions de l’État », a-t-il accusé, en allusion au Hezbollah qui refuse de remettre son arsenal. L'Etat ne peut donc selon lui « pas avoir peur » et doit « mater cette rébellion ».
« Si l’État n’assume pas ses responsabilités, il s’effondrera », a encore lancé le chef des Kataëb, tout d'abord selon lui parce qu'un élargissement de la guerre rendrait « tout le monde perdant ». Et ensuite parce que « si l’État apparaît comme étant incapable d’agir, Israël et les États-Unis viendront parler aux forces illégitimes et concluront des accords avec elles au détriment de l’État et des Libanais ».
À l’issue d’une rencontre avec le vice-président du Conseil supérieur islamique chiite, le cheikh Ali el-Khatib, un proche du Hezbollah, l’ambassadeur des États-Unis au Liban Michel Issa avait affirmé mardi que Washington était « prêt à négocier » avec la formation pro-iranienne « mais par l’intermédiaire de l’État » libanais. Washington avait affirmé fin août que seul le gouvernement libanais est habilité à négocier avec l’État hébreu, ce qu'il fait depuis plusieurs mois, notamment sur le retrait israélien du Liban-Sud et la fin des attaques continues sur le Sud, après plusieurs déclarations américaines ayant alimenté les spéculations sur un éventuel dialogue direct avec le Hezbollah.
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