Une femme marche dans une rue de Téhéran, en Iran, le 2 septembre 2026. Photo Majid Asgaripour/WANA via REUTERS
La campagne menée par les États-Unis pour asphyxier l’économie de l'Iran, notamment en bloquant ses exportations de pétrole et en s’attaquant aux mécanismes lui permettant de contourner les sanctions, rendent la situation de plus en plus difficile à supporter pour la République islamique, estiment trois hauts responsables iraniens cités par l'agence Reuters.
Ces dernières semaines, Washington a renforcé la pression économique sur Téhéran dans l’espoir d’obtenir, lors d’éventuelles négociations, les concessions que six mois de conflit n’ont pas permis d’arracher. Si les dirigeants iraniens sont parvenus pendant des décennies à contourner les sanctions, les dernières mesures américaines les placent dans un contexte beaucoup plus délicat, les canaux permettant au pays d’obtenir des devises étrangères ou d’importer des marchandises se faisant de plus en plus rares, selon les trois sources.
Les efforts américains visant à empêcher l’Iran d’accéder aux réseaux financiers internationaux de pays tiers, auxquels Téhéran a longtemps eu recours pour maintenir son économie à flot, constituent notamment une menace réelle et urgente, estiment ces sources. Tout signe montrant que cette campagne économique pourrait permettre de sortir de l’impasse dans laquelle le conflit est enlisé depuis plusieurs mois serait probablement accueilli favorablement à Washington. Mais l’Iran a également prévenu qu’il pourrait répondre à cette pression par une escalade militaire, faisant monter les enjeux à un moment particulièrement sensible.
Les stocks d’essence diminuent, le rial s’effondre
Les combats ont repris de plus belle cette semaine, des attaques américaines le long de la côte iranienne du Golfe ayant entraîné des frappes de représailles iraniennes contre des bases américaines dans plusieurs pays arabes. Aucun des deux camps n’a jusqu’ici donné de signe indiquant qu’il était prêt à accepter les concessions exigées par l’autre. Le conflit reste donc dans une impasse coûteuse, même si l’équilibre pourrait être en train d’évoluer. Alors que davantage d’hydrocarbures transitent désormais par le détroit d’Ormuz vers les marchés internationaux, malgré les tentatives iraniennes de perturber la navigation, le blocus américain des exportations pétrolières iraniennes a totalement coupé Téhéran de sa principale source de revenus.
L’économie iranienne était déjà plongée dans une grave crise avant le début du conflit, entre effondrement de la monnaie et inflation galopante. À cela s’ajoute désormais le coût considérable de la reconstruction des infrastructures et des installations industrielles endommagées par des mois de bombardements. Les difficultés financières du pays réduisent également la capacité de Téhéran à contourner les sanctions : « l’Iran dispose de moins de liquidités pour payer les importantes primes exigées par les intermédiaires participant à ces circuits clandestins », selon les sources.
Le rial a atteint ces derniers jours de nouveaux plus bas historiques. L’une des sources affirme par ailleurs que « l'Iran ne disposerait plus que d’environ deux mois de réserves d’essence. Malgré son importante production pétrolière, le pays doit en importer en raison de capacités de raffinage insuffisantes ». Les dirigeants iraniens sont particulièrement conscients des risques que ferait peser un effondrement économique et de la possibilité qu’une telle crise ravive les manifestations de masse qui avaient secoué le pays en janvier dernier et que les autorités avaient réprimées, tuant des milliers de manifestants.
Le conflit entre également dans une nouvelle phase, chacun des deux camps cherchant à peser sur la politique intérieure de l’autre. L’Iran espère que la menace d’une hausse de l’inflation poussera l’administration américaine à revoir sa stratégie avant les élections de mi-mandat de novembre prochain, tandis que Washington cherche à pousser les Iraniens à se soulever contre leurs dirigeants, selon un haut responsable iranien.
Le blocus et les sanctions secondaires étranglent Téhéran
Les dernières mesures américaines ont élargi les sanctions secondaires visant les pays qui commercent avec l’Iran, avec pour objectif d’empêcher Téhéran d’effectuer les transactions en dollars nécessaires aussi bien à ses ventes de pétrole qu’au financement d’importations cruciales de biens et de matières premières. Cette offensive rend de plus en plus coûteux à utiliser les réseaux utilisés par l’Iran pour contourner les sanctions - sociétés-écrans, pétroliers non enregistrés et contrebande - selon les trois sources iraniennes.
Les chargements de brut iranien sont ainsi tombés à environ 260 000 barils par jour, contre près de 1,7 million de barils par jour un an auparavant, selon les données de la société d’analyse des matières premières Kpler. Seuls de faibles volumes continuent de quitter les terminaux pour être acheminés par camion, train ou petites embarcations à travers la mer Caspienne.
L'Iran affirme disposer encore de dizaines de millions de barils stockés à bord de pétroliers en dehors de la zone soumise au blocus et pouvant être vendus. Mais les nouvelles sanctions poussent les intermédiaires à se retirer ou à réclamer des rémunérations plus élevées, selon l’un des responsables.
Le commerce extérieur iranien a reculé de 25 à 35 %, les importations étant davantage touchées que les exportations, a indiqué le président Massoud Pezeshkian, l’un des nombreux hauts responsables à avoir récemment alerté sur la dégradation rapide de la situation économique. La pression américaine, conjuguée aux propres attaques menées par l’Iran, a également perturbé l’un des principaux canaux du commerce iranien : les Émirats arabes unis. Abou Dhabi a annoncé le 19 août la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de l’ensemble des échanges commerciaux et des transactions financières avec Téhéran.
« Si ces canaux restent fermés, les fournisseurs exigent d’être payés en espèces, les transactions doivent passer par un autre pays et les marchandises arrivent plus tard et coûtent plus cher », explique un importateur basé à Téhéran.
Le rial s’est effondré, passant d’environ un million de rials pour un dollar il y a un an à plus de 2,2 millions aujourd’hui. Les conséquences pour la population sont particulièrement lourdes. Selon les chiffres officiels, l’inflation moyenne sur douze mois atteint 69,9 %, tandis que les prix des produits alimentaires, des boissons et du tabac augmentent à un rythme presque deux fois supérieur. Le taux de chômage officiel est monté à 9,1 % au printemps, tandis que le nombre de personnes ayant un emploi a diminué d’environ 450 000 en un an, sur fond de recul plus général du taux d’activité.
Même pour ceux qui conservent un emploi, le salaire mensuel moyen, qui tourne autour de 125 dollars, est très loin de couvrir les dépenses essentielles d’un ménage, estimées à environ 450 dollars par mois selon les données officielles.
Cet article est la traduction, réalisée par L'Orient-Le Jour, d'une dépêche publiée en anglais par l'agence Reuters.

