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Agenda - Hommage

Theodor Hanf : une grande perte pour le Liban et la science


Le 7 août 2026, je perds l’un de mes amis les plus chers, le professeur Theodor Hanf, qui nous a quittés à l’âge de 90 ans. Figure internationale majeure de la sociologie politique et de la sociologie de l’éducation, chercheur d’une rigueur absolue, intellectuel engagé et homme de cœur. Né en Rhénanie, il avait fait du Liban sa patrie d’adoption.

J’ai connu Théo en 1961 lors d’un rassemblement de la Jeunesse étudiante chrétienne universitaire (JEC) à Aïn Saadé. Alors jeune étudiant à l’École supérieure d’ingénieurs de Beyrouth, j’avais été marqué par sa vision d’un christianisme social, réformiste et ouvert, dans l’esprit du concile Vatican II et du courant chéhabiste.

Arrivé au Liban en 1958 comme délégué de la JEC Internationale, il y a passé six ans et a parfait sa formation à l’Université Saint-Joseph et à l’Université américaine de Beyrouth avant de soutenir à Fribourg sa thèse sur l’éducation et la politique au Liban, sous la direction d’Arnold Bergstrasser. C’est à cette époque qu’il rencontre l’amour de sa vie, Anne-Marie Dahan – une Libanaise d’Égypte avec qui il fondera sa famille et aura deux enfants, Dominik et Verena.

Au fil des décennies, notre amitié s’est doublée d’une collaboration scientifique féconde. En 1983, il m’invite à Fribourg pour un colloque international sur la résolution des conflits dans les sociétés plurales, aux côtés de plusieurs intellectuels libanais. Cette collaboration s’est poursuivie lors de nos missions d’expertise conjointes au Rwanda en 1986 et en Haute-Égypte en 1988.

Parallèlement à ses travaux académiques majeurs – notamment son ouvrage de référence : Coexistence dans la guerre civile au Liban –, Théo s’est battu pour notre pays.

En 1978, face aux bombardements d’Achrafieh, son lobbying intense auprès du Parlement allemand a permis de geler l’aide financière de la République fédérale d’Allemagne au régime d’Assad. Il a également mobilisé diverses fondations allemandes pour former nos syndicalistes et appuyer plusieurs ONG libanaises.

Le Liban doit à Theodor Hanf trois contributions majeures :

1- Il a décomplexé notre pensée politique : il nous a affranchis de la tradition jacobine française en nous montrant qu’il ne fallait pas avoir honte de notre modèle pluraliste, et que nos maux venaient des ingérences extérieures et de la corruption qu’elles alimentent, non de notre diversité.

2- Il a agi pour la paix : sa diplomatie citoyenne et son influence en Allemagne ont concrètement soulagé le Liban des pressions militaires à des moments cruciaux.

3- Il a bâti des ponts durables : il a connecté les institutions et fondations allemandes avec nos ONG, nos universités et nos syndicats pour soutenir la société civile.

65 ans après notre première rencontre à Aïn Saadé, le départ de Théo laisse une absence douloureuse. Il aura été, jusqu’au bout, un ami fidèle pour moi et pour le Liban. En repensant à notre parcours partagé, je garde la gratitude profonde d’avoir croisé la route d’un homme d’une telle intelligence et d’une telle noblesse de cœur. Repose en paix cher Théo.

Boutros LABAKI

Le 7 août 2026, je perds l’un de mes amis les plus chers, le professeur Theodor Hanf, qui nous a quittés à l’âge de 90 ans. Figure internationale majeure de la sociologie politique et de la sociologie de l’éducation, chercheur d’une rigueur absolue, intellectuel engagé et homme de cœur. Né en Rhénanie, il avait fait du Liban sa patrie d’adoption.J’ai connu Théo en 1961 lors d’un rassemblement de la Jeunesse étudiante chrétienne universitaire (JEC) à Aïn Saadé. Alors jeune étudiant à l’École supérieure d’ingénieurs de Beyrouth, j’avais été marqué par sa vision d’un christianisme social, réformiste et ouvert, dans l’esprit du concile Vatican II et du courant chéhabiste.Arrivé au Liban en 1958 comme délégué de la JEC Internationale, il y a passé six ans et a parfait sa formation à...