Le candidat démocrate au Sénat américain, Abdul El-Sayed, salue la foule sur scène, lors du dépouillement des votes pour la primaire démocrate du Michigan, à Detroit, le 5 août 2026. Photo Rebecca Cook/Reuters
Le candidat progressiste Abdul El-Sayed a remporté d'une courte tête mardi l'investiture démocrate dans le Michigan pour un siège au Sénat selon les projections des médias américains, confirmant la dynamique du mouvement progressiste après plusieurs succès récents à New York et dans le Colorado.
Dans cette primaire test pour l'avenir du Parti démocrate et qui s'est avérée plus disputée qu'attendu, ce médecin 41 ans d’origine égyptienne a selon NBC et CNN battu la centriste Haley Stevens, soutenue par l'establishment démocrate.
Abdul El-Sayed, qui a fait campagne contre l'influence des grands donateurs et des organisations pro-Israël dans la politique américaine, affrontera en novembre le républicain Mike Rogers, soutenu par Donald Trump, pour le siège de sénateur laissé vacant par un démocrate dans cet Etat du nord des Etats-Unis.
Cette élection sera particulièrement scrutée: les démocrates espèrent reprendre la majorité au Sénat, mais pour cela doivent assurément conserver leur siège dans le Michigan, Etat gagné par Donald Trump en 2024.
A l'annonce des résultats, le président américain a ironisé sur la victoire de celui qu'il qualifie de « communiste », estimant que c'était « une super nouvelle pour les républicains ».
Abdul El-Sayed a de son côté lancé sans attendre dès mardi soir un appel à « recoller les morceaux » du camp démocrate, « quelle que soit l'ampleur de nos désaccords ».
Mobilisation
Soutenu par plusieurs figures progressistes comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, Abdul El-Sayed pourrait montrer en novembre que l'aile gauche du parti peut gagner au-delà des sièges déjà acquis aux démocrates.
Ses alliés affirment que la mobilisation de la base progressiste autour de sa candidature peut permettre de réussir sans le soutien du réseau traditionnel de grands donateurs du parti.
Les dirigeants démocrates sont de plus en plus critiqués par la base partisane en raison de leur manque perçu d'efficacité face à Donald Trump.
En face, Haley Stevens, députée depuis 2019 des alentours de Detroit, avait centré sa campagne autour de la réindustrialisation et de sa capacité à rassembler divers horizons face aux républicains. Cette ancienne conseillère du gouvernement Obama sur les questions automobiles était soutenue par plusieurs chefs démocrates, comme Chuck Schumer et la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer.
Les deux candidats se sont particulièrement opposés sur la question du soutien américain à Israël.
Haley Stevens est elle en faveur d'une poursuite de l'assistance à cet allié des Etats-Unis et rejette les accusations de génocide à Gaza.
Abdul El-Sayed appelle de son côté à la fin de l'aide américaine à Israël et s'est attaqué à l'influence de l'organisation Aipac, qui finance des candidats démocrates et républicains pro-Israël. Il a également dit s'opposer à l'existence d'Israël comme un Etat uniquement réservé aux juifs.
Rassembler
Dans un Etat du Michigan qui compte une large diaspora arabe et où l'Aipac a déjà déboursé plus de 30 millions de dollars à la campagne d'Haley Stevens, cette question du soutien à Israël a joué un rôle prépondérant.
Ces dernières semaines, les deux candidats avaient échangé des attaques de plus en plus personnelles.
Abdul El-Sayed avait notamment qualifié son opposante de « candidate la moins compétente » des Etats-Unis, tandis que Haley Stevens l'avait accusé d'utiliser les juifs américains comme boucs émissaires.
Debbie Dingell, députée démocrate du Michigan, a averti que la « brutalité » et les « bassesses » de cette campagne pourraient compliquer le rassemblement de leurs partisans pour novembre.
Il s'agit de « l'apogée de l'une des primaires démocrates pour le Sénat les plus houleuses et onéreuses de l'histoire » du parti, a estimé mardi l'éditorialiste Dan Pfeiffer de l'influent podcast Pod Save America, proche des démocrates.
Face au républicain Mike Rogers, Abdul El-Sayed soutient qu'un candidat bénéficiant de l'enthousiasme de la base aura plus de chances de mobiliser l'électorat jeune et celui des classes populaires.
Mais il devra réussir aussi à faire se déplacer les électeurs démocrates plus modérés, qui pourraient décider de rester à la maison plutôt que de voter pour un candidat aux idées trop éloignées des leurs.

