Le président libanais Joseph Aoun s'exprime lors d'une rencontre avec le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 21 juillet 2026. Photo Saul Loeb / AFP
Le président de la République Joseph Aoun se rendra jeudi en Turquie, où il sera reçu par son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, ont annoncé mercredi des médias locaux. L’information a été confirmée à L’Orient-Le Jour de source officielle.
Cette visite, selon les informations disponibles, devrait se concentrer sur des dossiers économiques et énergétiques, ainsi que sur certaines questions sécuritaires comme celle des déplacés syriens, un défi auquel font face les deux pays depuis le début en 2011 de la guerre civile en Syrie, voisine de la Turquie et du Liban.
« Rôle de soutien de la Turquie » pour l'application de l'accord-cadre
En amont de la visite, et dans la foulée de son annonce, le président libanais a accordé un long entretien à l'agence de presse officielle turque Anadolu. Le chef de l'État a insisté sur le fait que la Turquie occupe « une place centrale sur la scène régionale », et qu'à ce titre, la coordination avec elle était une « nécessité stratégique, et non une option temporaire ». Avant de préciser : « L'appartenance de la Turquie à l'Otan et l'étendue de ses relations régionales la qualifient pour jouer un rôle de soutien dans la promotion internationale de la formule de l'accord-cadre et pour encourager les parties concernées à respecter pleinement ses dispositions », a dit Joseph Aoun. Selon lui, l'accord nécessite « un suivi régional et international étendu afin de garantir sa mise en œuvre sur le terrain ».
Le Liban et Israël ont signé le 26 juin un accord-cadre, parrainé par les États-Unis, qui conditionne le retrait de l'armée israélienne du Liban-Sud au désarmement du Hezbollah et au déploiement de l'armée libanaise sur l'ensemble du territoire libanais. Les Israéliens continuent cependant de déclarer, à diverses occasions, qu’ils ne se retireront pas des territoires occupés, et qu’ils voudraient maintenir leur liberté d’action dans le sud du Liban.
« Nous appelons la Turquie, compte tenu de son poids régional et de la diversité de ses relations, à soutenir ce processus sur les plans politique et diplomatique, de manière à renforcer ses chances de succès, à éviter qu'il ne se transforme en un accord dont l'application resterait incomplète, et à contribuer aux efforts du Liban visant à obtenir le retrait israélien ainsi qu'à renforcer les efforts internationaux destinés à empêcher tout vide sécuritaire dans le Sud, conformément à notre volonté de préserver la stabilité dans cette région sensible », a déclaré le président.
Le chef de l'État a également réitéré sa volonté de ne pas permettre qu'un « vide sécuritaire se produise après la fin du mandat de la Finul », la Force intérimaire des Nations unies au Liban, dont la mission s'achève officiellement fin 2026. « Toute proposition visant à constituer une force de remplacement, y compris une éventuelle participation turque, sera évaluée sous un seul angle : sa capacité à soutenir l'armée libanaise dans l'extension de son autorité et à garantir la stabilité dans le Sud », a-t-il dit. « Nous ne sommes pas dans une logique d'exclusion d'un partenaire sérieux dans ce processus, mais la décision finale restera liée à un consensus international plus large et à ce qui sert en priorité la souveraineté libanaise », a ajouté M. Aoun.
Le président a précisé ne pas « demander à la Turquie de jouer un rôle se substituant à celui de l'État libanais, mais un rôle d'appui et complémentaire, en accord avec notre effort visant à ce que les armes soient exclusivement entre les mains de la légitimité et à stabiliser le pays après des années de guerre ».
Le président Aoun a enfin, une nouvelle fois, réfuté les allégations, portées régulièrement par le président américain Donald Trump, d'une quelconque intervention militaire au Liban de la Syrie, dont le nouveau pouvoir est allié à Ankara. « Nous veillons toujours à dissiper toute confusion susceptible d'apparaître concernant ce dossier sensible », a-t-il dit.
Le Premier ministre Nawaf Salam a déjà effectué une visite en Turquie le 10 juillet, au cours de laquelle il avait été reçu par le président Erdogan et d'autres responsables.
Le Liban a engagé des pourparlers directs avec Israël en avril, parvenant à signer un accord-cadre en juin, dans l’espoir de mettre fin à la guerre déclenchée le 2 mars par le Hezbollah. Ce parti pro-iranien est hostile aux pourparlers tout comme à la perspective de rendre ses armes aux autorités officielles. Malgré un premier déploiement de l’armée libanaise dans un village du Sud, Zaoutar el-Gharbiyé, l’avenir du retrait israélien de la zone définie par la ligne jaune, concernant des dizaines de localités, reste incertain. Cela est un sujet de discorde avec les Libanais, en prévision d’un futur round de négociations prévu le 4 août à Rome.
