Heba Khalil Turkiyé, une habitante, se tient dans ce qu'elle a décrit comme étant la chambre de son neveu après son retour à Zaoutar al-Gharbiyé, un village du sud du Liban, suite au déploiement de soldats libanais dans l'une des trois zones dites « pilotes » après le retrait des forces israéliennes en vertu d'un plan négocié par les États-Unis, le 27 juillet 2026. REUTERS/Zohra Bensemra
Le Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a terminé lundi sa tournée libanaise par une conférence de presse à la Maison des Nations unies (bâtiment Escwa) au centre-ville de Beyrouth, au cours de laquelle il a dressé un bilan particulièrement sombre du dernier conflit en cours entre le Hezbollah et Israël au Liban-Sud.
« Mon bureau a documenté de vastes violations du droit international humanitaire, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre et, dans certaines circonstances, également des crimes au regard du droit international », a-t-il lancé. Il s’est dit « profondément choqué par l’ampleur de la destruction et de la souffrance dont il a été témoin ».
« Le choc, le découragement et le désespoir sont palpables, mais j’ai entendu les victimes demander justice, très clairement », a-t-il ajouté, revendiquant lui-même que des comptes soient demandés aux responsables des destructions et pertes, en tête desquels l'armée israélienne.
Le responsable onusien a évoqué des entretiens avec certaines des victimes, ainsi qu’une visite dans un centre d’accueil pour déplacés dans une école, en compagnie de la ministre des Affaires sociales, Hanine el-Sayyed. « Certains m’ont raconté qu’ils ont tenté de rentrer chez eux, mais qu’ils ont trouvé leurs villages totalement dévastés », a-t-il poursuivi. Et d’ajouter : « J’ai entendu dire comment des villages entiers étaient rasés au sud du Litani, en vue de les rendre inhabitables, là où les frappes israéliennes incessantes ont tout détruit. »
Interrogé sur la possibilité de demander des comptes à Israël, à un moment où le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive à en réchapper, M. Türk a estimé qu’il « existe des processus internationaux permettant de poursuivre les agresseurs dans des Etats qui appliquent les principes du droit international », d’où l’intérêt de la documentation de ces crimes.
Mais il a également espoir « dans les négociations en cours (entre le Liban et Israël), notamment la réunion qui devrait se tenir ce 4 août à Rome, en vue de faire baisser les tensions et de faire respecter le droit international, dans l’optique d’un retrait israélien du Liban-Sud ».
La guerre entre le Hezbollah et Israël a repris le 2 mars, lorsque le parti chiite a ouvert un front de soutien avec l’Iran, attaquée par les Etats-Unis et Israël. Depuis cette date, l’armée israélienne occupe une vaste partie du Liban-Sud, des dizaines de villages sont dévastés, plus de 4500 morts et 12 000 blessés sont tombés, et plus d’un million de personnes demeurent déplacées. L’accalmie relative de ces dernières semaines (du côté du Hezbollah, les agressions israéliennes n’ayant pas cessé malgré le cessez-le-feu) n’a pas permis un retour des déplacés chez eux.
Les autorités libanaises ont engagé un processus de négociations directes avec Israël sous parrainage américain depuis avril, qui a abouti à la signature d’un accord-cadre le 26 juin, qui s'est illustré par un déploiement de l’armée libanaise dans un village du Liban-Sud, Zaoutar el-Gharbiyé, mardi dernier. Ce processus se heurte cependant à l’intransigeance israélienne qui refuse les retraits de grande envergure tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé, et au refus du Hezbollah lui-même qui préfèrerait que les négociations au nom du Liban soient menées par les Iraniens.
La justice pour les victimes du 4-Août
Volker Türk a également abordé le sujet de l’explosion du 4-Août, dont l’acte d’accusation n’a toujours pas été publié par le juge en charge de l’enquête, en raison des nombreux obstacles qu’il rencontre. « Il faut rendre la justice dans cette affaire et pénaliser les coupables », a-t-il martelé, à quelques jours du sixième anniversaire de cette tragédie qui a détruit la moitié de Beyrouth et fait plus de 220 victimes et plus de 6000 blessés, quand plusieurs centaines de tonnes de nitrate d’ammonium ont explosé dans un hangar. Le responsable onusien a plaidé pour davantage de réforme au sein de la justice libanaise.
M. Türk a salué par ailleurs les progrès dans l’abolition de la peine de mort au Liban, et appelé au respect des droits des homosexuels, ainsi qu’à l’amélioration de l’insertion des handicapés dans la société libanaise.
Reçu par Aoun et par Berry
Le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme avait été reçu, plus tôt dans la journée, par le chef de l'Etat Joseph Aoun au palais de Baabda. Celui-ci a condamné, en marge de cette visite, les démolitions continues de maisons et de villages par Israël au sud-Liban, estimant que ces destructions risquent de compromettre l'application de l'accord-cadre conclu il y a un mois avec l'Etat hébreu.
« Les destructions continues de maisons et la destruction de villages au bulldozer dans le Sud constituent une violation directe des droits humains et une atteinte manifeste aux lois et normes internationales », a déclaré M. Aoun, dans des propos relayés dans un post sur le compte X de la présidence libanaise.
Le président a appelé à une intervention internationale pour mettre fin à ces pratiques, dénonçant qu’« Israël a ciblé des sites religieux et patrimoniaux, ce qui révèle une volonté délibérée de s’en prendre tant aux personnes qu’aux biens », ajoutant que de tels lieux « ne sont pas des sites militaires et n’abritent aucune présence armée ».
M. Türk a également été reçu par le président du Parlement Nabih Berry. Leur discussion a porté « sur la situation générale au Liban et dans la région, les développements sur le terrain, les répercussions des attaques israéliennes contre le Liban et la question des personnes déplacées », selon l’Agence nationale d’information (Ani, officielle).




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