Un véhicule transportant les cercueils du défunt guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, et des membres de sa famille, se fraye un chemin à travers la foule assistant aux funérailles à Téhéran, en Iran, le 6 juillet 2026. Bureau du guide suprême iranien / Photo fournie par REUTERS
« On ne veut pas d'accord, on veut la tête de Trump ! », scandent des Iraniens venus dire adieu à l'ex-guide suprême Ali Khamenei et fermement opposés aux pourparlers avec ceux qui ont tué le guide suprême. Une mort en « martyr » qui décuple la ferveur, selon Gholamreza Khanbabaï, déjà présent en 1989 pour les funérailles de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique. « J'avais une vingtaine d'années à l'époque. Les gens étaient à la fois enthousiastes (à l'idée de lui rendre hommage) mais bouleversés », raconte cet homme de 58 ans.
Rouhollah Khomeini meurt à l'hôpital le 3 juin 1989. Ses funérailles, organisées trois jours plus tard, donnent lieu au plus grand rassemblement à ce jour en Iran. A l'époque, les Iraniens « n'arrivaient pas à imaginer ce qui les attendait après » celui qui avait mis fin en 1979 à deux millénaires de monarchie dans l'ancienne Perse. Selon l'agence iranienne officielle Irna, pas moins de 10 millions de personnes lui rendent hommage dans le chaos le plus total.
Le véhicule transportant la dépouille de Khomeini est pris d'assaut par des fidèles, le linceul déchiré et le corps tombe à terre. Des mouvements de foule font une dizaine de morts, et plus de 10.000 blessés. « Si je devais comparer cette cérémonie à celle-ci (lundi pour Ali Khamenei, NDLR), je dirais (...) que la foule semble cette fois plus enthousiaste », commente M. Khanbabaï.
« Paroles d'hypocrites »
Car ces funérailles s'apparentent à une démonstration de force pour le pouvoir, après les bombardements israélo-américains qui ont tué fin février Ali Khamenei et de nombreux autres responsables iraniens et fait des milliers de victimes civiles. Mais aussi six mois après des manifestations monstres contre le gouvernement et la vie chère.
La mort de Khomeini fut « le premier choc » pour les Iraniens, celle de l'ayatollah Khamenei a été « le second », déclare M. Kazemi, employé de 65 ans qui constate « la même ferveur » qu'en 1989. Comme beaucoup de personnes rencontrées par l'AFP, il « ne croit pas » aux négociations en cours entre l'Iran et les Etats-Unis, qui ont signé en juin un protocole d'accord.
« Nous voulons nous venger (...) car si rien n'est fait, la situation empirera », ajoute le sexagénaire qui a refusé de donner son prénom. Avec en main, une photo du président américain Donald Trump, le canon d'une arme pointé sur son visage.
Ali Heydari, 50 ans, n'a lui aussi que le mot « vengeance » à la bouche. « Que signifie ce protocole d'accord ? Nous n'avons ni paix ni amitié avec celui qui a tué notre père (Ali Khamenei, NDLR) », lance-t-il. « Ce ne sont que les paroles d'hypocrites, de ceux qui ne pensent qu'à leur propre intérêt et ne comprennent pas le peuple », dit-il, alors que les plus conservateurs en Iran rejettent tout compromis avec Washington.
Lundi dès l'aube, une marée humaine a envahi le centre de Téhéran pour un dernier adieu devant le cortège funèbre. Aucun chiffre de participation n'a été communiqué mais Téhéran n'avait pas vu une telle foule depuis 2020 lorsque sept millions de personnes avaient assisté aux funérailles du général Qassem Soleimani, selon le chiffre officiel de participation donné à l'époque.

