La disparition de Marjane Satrapi, à seulement 56 ans, a suscité une grande émotion, dans le milieu de la bande dessinée, comme auprès du grand public. Ses proches annoncent une « mort de tristesse », un an après la disparition de son mari.
Avec elle disparaît une voix singulière et libre de la bande dessinée, de l’animation et du cinéma.
Lorsqu’au début des années 2000 paraît chez la maison d’édition L’Association le premier volume de Persepolis, peu de lecteurs imaginent l’ampleur du phénomène à venir. Marjane Satrapi arrive alors à la bande dessinée presque par hasard et, poussée par des dessinateurs qu’elle rencontre, elle raconte dans cette fresque en quatre volumes son enfance en Iran, la révolution islamique, puis l’exil.
Son dessin en noir et blanc, à la fois synthétique, expressif et d’une redoutable efficacité narrative, séduit par sa liberté, sa force et sa drôlerie. Une liberté de ton qu’elle perpétue dans ses interviews et rencontres et qui marque les esprits. Satrapi parle d’elle-même avec une sincérité sans filtre.
Et voici que Persepolis devient une œuvre majeure de la bande dessinée contemporaine, fait des émules, et assure également par son succès la pérennité d’une maison d’édition (L’Association) qui se voit là confortée dans ses choix, elle qui prenait, avec les moyens du bord, le risque de proposer des manières innovantes de faire de la bande dessinée.
Après Persepolis, suivra Poulet aux prunes, qui suit le destin tragique d’un joueur de târ. Un récit qu’elle adaptera au cinéma dans un film co-réalisé avec Vincent Paronnaud, qui l’avait déjà accompagnée dans l’adaptation de Persepolis en film d’animation.