Un homme juif ultra-orthodoxe prie à la Caverne des Patriarches (Me'arat HaMachpela) à Hébron, dans la Cisjordanie occupée par Israël, le 10 juin 2026. Photo par Ilia YEFIMOVICH / AFP
Les députés israéliens ont accepté mercredi de débattre d'un texte qui permettrait à la majorité des juifs ultra-orthodoxes d'échapper à la conscription malgré une levée de boucliers de l'opposition. Le texte proposé par les partis ultra-orthodoxes a été voté en lecture préalable par 56 voix contre 43 et doit désormais être discuté en commission parlementaire avant un vote en première lecture.
Selon son préambule, « la proposition de loi vise à inscrire dans une loi fondamentale le statut de l'étude de la Torah en tant que valeur fondamentale de l'héritage du peuple juif ». « Elle propose également de stipuler que l'Etat d'Israël reconnaîtra les personnes qui s'engagent à se consacrer à l'étude de la Torah pendant une longue période comme accomplissant un service significatif au bénéfice de l'Etat et du peuple juif », ajoute le texte.
Les lois fondamentales ont valeur de Constitution en Israël et doivent être adoptées en troisième lecture à la majorité simple (61 voix sur 120). Le gouvernement qui a soutenu mercredi le projet a annoncé que la loi serait votée « à condition que soit retirée de son texte la comparaison entre les étudiants de la Torah et les personnes effectuant un service (militaire ou national) ».
Depuis l'été 2025, les partis ultraorthodoxes se sont mis en retrait du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, lui reprochant d'avoir failli à sa promesse de faire voter une loi garantissant que les étudiants des « yéshivot » (instituts talmudiques) soient exemptés des obligations militaires.
En privant M. Netanyahu de la majorité absolue, ils l'ont contraint à faire des concessions politiques en échange de leur vote sur des textes parlementaires, comme la loi de finances adoptée in extremis fin mars.
Le soutien au texte des trois partis de la coalition actuelle - le Likoud (droite) de M. Netanyahu et deux partis d'extrême droite - vise à obtenir le soutien des formations ultra-orthodoxes à des projets de loi que le gouvernement veut faire passer avant les législatives devant avoir lieu au plus tard fin octobre.
Une large majorité de la population ne supporte plus l'exemption dont bénéficient les ultra-orthodoxes alors que les réservistes enchaînent les périodes sous les drapeaux depuis la guerre déclenchée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023. « Quel est le rapport entre cette loi et l'étude de la Torah ? C'est une loi destinée à financer la désertion », a dénoncé le chef de l'opposition, le centriste Yaïr Lapid.
Plusieurs membres de la majorité ont déjà prévenus qu'il ne voteraient pas ce texte. Des dizaines de manifestants ultra-orthodoxes affrontaient mercredi des forces de police dans le centre du pays après l'arrestation par la police militaire d'une vingtaine de déserteurs, a constaté un journaliste de l'AFP.
Ces dernières semaines, des manifestations menées par des membres de cette communauté ont dégénéré en violences, notamment au début du mois quand des ultra-orthodoxes radicaux ont pris d'assaut le domicile d’un juge de la Cour suprême.

