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Politique - Éclairage

Le Liban peut-il complètement exclure l'Iran des négociations ?

Beyrouth vient de marquer un point en matière de souveraineté. Mais Téhéran ne compte pas laisser faire.

Le Liban peut-il complètement exclure l'Iran des négociations ?

Frappe israélienne sur Tebnine dans le caza de Bint Jbeil, près d'un centre de la Croix-Rouge libanaise, le 28 avril 2026. Photo parvenue à notre correspondant Mountasser Abdallah

Les premiers résultats des négociations directes entre le Liban et Washington ont fait long feu. Comme on pouvait s’y attendre, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a vivement critiqué et rejeté l’accord de cessez-le-feu annoncé dans la nuit depuis Washington, le qualifiant de « capitulation » et de « défaite ».

Inféodé à l’Iran, le parti chiite, qui refuse depuis le départ le principe même de négociations directes avec Israël, ne souhaite manifestement pas que le Liban traite séparément d’un règlement du conflit, en dehors des desiderata de Téhéran. Celui-ci a d’ailleurs répété à de nombreuses reprises qu’aucun accord avec Washington mettant fin à leur confrontation ne pourrait être conclu sans un arrêt de l’offensive israélienne au Liban, liant ainsi étroitement les deux dossiers. Face à ce dilemme, une question s’impose : Beyrouth a-t-il intérêt à négocier seul ou à s’appuyer sur Téhéran ?

Dans les milieux proches du Hezbollah, on affirme que le recours à l’Iran relève davantage d’un calcul fondé sur le rapport de force que d’un simple alignement idéologique ou politique. L’argument avancé est que le Liban s’est présenté à la table des négociations dans une position de faiblesse, sans véritable carte de pression face à Israël. À l’exception d’une volonté affichée de trouver à terme une solution à la question des armes du Hezbollah – condition exigée par Israël et les États-Unis –, la délégation libanaise à Washington ne disposait, selon cette lecture, d’aucun levier significatif.

Aux yeux du Hezbollah, l’Iran détient en revanche un atout stratégique autrement plus efficace que sa seule puissance militaire conventionnelle : sa capacité à perturber le trafic dans le détroit d’Ormuz. Point névralgique du commerce énergétique mondial, ce passage maritime constitue une arme de pression susceptible de mobiliser les alliés et partenaires de Washington. Son instrumentalisation est ainsi devenue un levier politique dans les négociations.

Un cessez-le-feu dont personne ne veut

L’Iran est parvenu, dans une certaine mesure, à empêcher les États-Unis de négocier en position de force. Toutefois, ce levier s’est révélé davantage un moyen de nuisance – qui a quand même eu un effet boomerang sur l’économie iranienne – qu’un véritable instrument de victoire diplomatique. Or, soulignent des sources proches du pouvoir libanais, si l’Iran détenait réellement des cartes capables de contraindre Israël à se retirer du Liban ou de forcer les États-Unis à modifier leur position, il les aurait déjà utilisées. Les milieux officiels se félicitent d'ailleurs du retrait israélien d'un premier village au Liban-Sud, celui de Debbine dans le caza de Marjeyoun, et espèrent que la zone pilote annoncée dans l'accord (dans laquelle l'armée libanaise est censée se déployer) pourrait ouvrir la voie à un retrait israélien efficace.

Jeudi, le commandant de la Force al-Qods des gardiens de la révolution iraniens, Esmaïl Qaani, a affirmé que l’exigence minimale concernant le Liban était qu’Israël se retire aux positions qu’il occupait avant le début de la guerre. Il s'agit de la première fois que les Iraniens évoquent un retrait israélien du Sud, puisqu'ils concentraient jusqu'ici leurs demandes uniquement sur un arrêt des frappes. Car le véritable enjeu se situe ailleurs. En insistant pour intégrer le dossier libanais dans ses propres négociations, Téhéran cherche avant tout à imposer un fait accompli que Beyrouth, Washington et Israël refusent catégoriquement : la pérennité de son influence sur le Liban, menacée après la guerre de 2024, et l'affaiblissement du Hezbollah.

Sauf qu'Israël ne l'entend pas de la même oreille. Pour Tel-Aviv, hors de question de lier les deux dossiers. La réaction du ministre israélien de la Défense, Israel Katz, est révélatrice. Selon lui, l’armée israélienne continuera d’opérer dans la « zone de sécurité » du sud du Liban et conservera sa liberté d’action militaire, y compris contre Beyrouth, malgré la nouvelle trêve conclue sous l’égide des États-Unis.

« Pourquoi pas ? »

Comment sortir de cette impasse ? Dans les milieux proches du Hezbollah, on laisse entendre que le ton particulièrement virulent adopté par Naïm Kassem relève avant tout du bras de fer politique en cours et que son opposition aux négociations directes pourrait évoluer. « Si le président Joseph Aoun, avec l’aide des États-Unis, parvient à mettre fin à l’occupation israélienne et à garantir le retour des déplacés, le Hezbollah assouplira sa position, affirme une source proche du parti chiite. L'important est de parvenir à un résultat concret. » De son côté, le président de la Chambre, Nabih Berry, a annoncé vendredi dans un communiqué qu'il rejetait l'accord, le qualifiant de « piège » et de « texte injuste ». Le chef du mouvement chiite Amal a toutefois laissé entendre que le Hezbollah était prêt à se retirer de la zone du sud du fleuve Litani, en cas de retrait de l'armée israélienne.

Dans la vision du Hezbollah, c'est l'Iran qui pourrait faire fléchir la position israélienne. « Si l’Iran peut également contribuer à la solution, pourquoi pas ? Cela ne signifie pas pour autant que le destin du Liban est systématiquement lié à celui de l’Iran », ajoute la même source. Une vision qui n'est pas totalement incompatible avec celle des autorités libanaises.

« Le président n’a jamais fermé la porte à une contribution de parties tierces à un règlement », indique une source proche des négociations. Comprendre : une aide iranienne pourrait être sollicitée. Toutefois, cela se fera de manière indirecte, par l’intermédiaire d’un médiateur, le Qatar, l’Arabie saoudite ou la France notamment, que le président Aoun a sollicité dans cette perspective, a-t-on appris. Car pour Baabda, le dossier doit rester sous contrôle libanais. Reste à savoir si Israël est prêt à faire une véritable concession sur les zones qu'il occupe au Liban-Sud. Ou encore, si l'Iran est disposé à ouvrir la voie au désarmement du Hezbollah, sa principale carte de négociation dans la région.

Les premiers résultats des négociations directes entre le Liban et Washington ont fait long feu. Comme on pouvait s’y attendre, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a vivement critiqué et rejeté l’accord de cessez-le-feu annoncé dans la nuit depuis Washington, le qualifiant de « capitulation » et de « défaite ».Inféodé à l’Iran, le parti chiite, qui refuse depuis le départ le principe même de négociations directes avec Israël, ne souhaite manifestement pas que le Liban traite séparément d’un règlement du conflit, en dehors des desiderata de Téhéran. Celui-ci a d’ailleurs répété à de nombreuses reprises qu’aucun accord avec Washington mettant fin à leur confrontation ne pourrait être conclu sans un arrêt de l’offensive israélienne au Liban, liant ainsi étroitement les deux...
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