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Culture - Initiative

Moments for Lebanon : cent artistes face à l’effacement

À Paris, du 5 au 8 juin, plus de 100 artistes libanais et issus de la diaspora réunissent leurs œuvres au profit d’associations engagées sur le terrain. Une initiative où création, transmission et solidarité se répondent.

Moments for Lebanon : cent artistes face à l’effacement

À l’origine du projet « Moments for Lebanon », deux amies, Sana el-Halwani et Tamara Barakat. Photo fournie par « Moments for Lebanon »

À l’origine du projet « Moments for Lebanon », deux amies, Sana el-Halwani et Tamara Barakat. La première est architecte, entre Paris et Dubaï ; la seconde est spécialisée dans le strategic design and management. Lorsque la guerre reprend au Liban en 2024, elles sont à Paris et veulent agir. « On est parties d’une vente de gâteaux, et le projet a pris de l’ampleur. Pour la première édition, 24 artistes ont contribué, et nous avons levé 73 000 euros, entièrement reversés à des ONG qui opèrent au Liban », précise Tamara Barakat.

« Cette année, nous investissons la Galerie au roi, qui met gracieusement son espace à disposition, comme l’avait fait Lucid Interval il y a deux ans. Plus de 300 œuvres seront proposées, dont un corpus important de pièces de petit format. L’ensemble sera disposé en installation collective, qui évoluera au fur et à mesure des ventes », ajoute Sana el-Halwani.

La centaine d’artistes convoqués a été invitée à travailler autour des thèmes de la mémoire et de l’appartenance. « Nous rassemblons les créations de différents artistes de manière presque organique, en faisant résonner les textures et les techniques », ajoute-t-elle. Au-delà des récits que portent les œuvres, c’est la nature même du souvenir qui est interrogée. « L’idée est de voir comment il évolue en dehors du pays des racines, et comment il inspire les artistes dans leur création », poursuit Tamara Barakat.

Une œuvre de Sama Beydoun. Avec l'aimable autorisation de « Moments for Lebanon »
Une œuvre de Sama Beydoun. Avec l'aimable autorisation de « Moments for Lebanon »

Outre le soutien substantiel à quatre ONG – Arcenciel, Beit el-Baraka, la Croix-Rouge libanaise et Offre Joie –, l’initiative a aussi pour objet de soutenir les artistes. « Souvent, ils souffrent eux-mêmes du contexte actuel. Nous avons versé une commission à ceux qui en ont exprimé le besoin, même si la majorité des œuvres sont des donations », précise Sana el-Halwani, qui insiste sur la pluralité des profils des artistes rassemblés, confirmés ou émergents.

Autour des deux fondatrices, une équipe de vingt personnes s’est mobilisée, dont Christina Shoucair, de Hayaty Diaries, une galerie nomade qui expose des artistes arabes, en particulier des femmes. « Nour, Leila et Yasmine Sabbah, qui ont fondé Art for Beirut, ont également collaboré à notre projet », ajoute Tamara Barakat, qui confie avoir été particulièrement touchée par l’œuvre d’Élias Loudiyi, qui reproduit des photos de famille en peinture grand format.

Les balcons beyrouthins, les pêcheurs vietnamiens et les « baradés »

Né en 1987 à Paris, d’une mère française et d’un père libanais, l’artiste-peintre Laurent Abou Haidar explique que son sentiment d’appartenance au Liban est encore plus fort en temps de guerre, d’où sa participation à « Moments for Lebanon ». Après des études de droit, il a décidé de se consacrer à la peinture.

Une œuvre de Laurent Abou Haidar. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et « Moments for Lebanon »
Une œuvre de Laurent Abou Haidar. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et « Moments for Lebanon »

« Je réalise des toiles grand format qui représentent le corps humain. J’aime simplifier les formes et jouer avec les lignes. Je travaille à l’acrylique ou à l’huile ; je fais aussi des collages, des fresques et, récemment, j’ai réalisé une façade pour le château de Forbin, à Marseille », explique-t-il.

À la Galerie au roi, il présente deux peintures, New Moon et Blue Sun. « J’aime cette connexion entre les astres et le corps, avec l’idée que la matière circule. Je vois le corps comme une superposition de couches, constituées d’une histoire proche mais aussi lointaine », ajoute-t-il, en insistant sur l’importance du thème de la mémoire dans son travail, notamment dans sa série consacrée aux pêcheurs vietnamiens.

« Lors de voyages fréquents au Vietnam, j’ai pu explorer leur univers, les gestes et le rythme qui se répètent depuis des millénaires. J’ai reconstitué leurs portraits à partir de petits bouts de magazines – de mode, d’animaux et de végétaux – ; je voulais signifier la synthèse de tout ce qui vit en nous », enchaîne Laurent Abou Haidar.

Avec ses sculptures en céramique, la jeune artiste plasticienne Diana Bou Salman tente, quant à elle, de saisir les contours d’un souvenir plus urbain.

« J’expose dans « Fragments of Memorabilia » deux pièces de la série Ville, qui a déjà été en partie montrée à la galerie Janine Rubeiz. Il s’agit de miniatures d’immeubles beyrouthins, avec une grande attention portée aux balcons et aux rideaux, les baradés. Cette série raconte le sentiment d’être chez soi, mais aussi le départ et le retour. La troisième œuvre s’intitule Hanging in There ; c’est une focale sur ces balcons, comme une scène suspendue dans le temps. Elle parle de l’ambiguïté qui existe entre les moments terribles et la nécessité de continuer à vivre des moments banals », analyse-t-elle.

Une sculpture en céramique de Diana Bou Salman. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et « Moments for Lebanon »
Une sculpture en céramique de Diana Bou Salman. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et « Moments for Lebanon »


Ayant grandi en France avec des parents libanais, Diana Bou Salman est consciente de la portée de ses sculptures. « La majeure partie de mon œuvre essaie de renouer avec cette terre. J’essaie de recréer des paysages que je n’ai vécus qu’un court instant. La céramique me garantit une terre éternelle », ajoute-t-elle.

« Ils détruisent pour nous effacer, nous devons résister »

Artiste pluridisciplinaire, Yasmina Hilal aime tresser dans ses œuvres les histoires personnelles et collectives. Pour « Moments for Lebanon », elle a choisi d’exposer Cataclysme, une œuvre qu’elle a créée en 2024.

« C’est un autoportrait qui reflète nos pensées intérieures et le bruit qui circule dans nos esprits en période d’instabilité, en l’occurrence la guerre. Je l’ai réalisé avec un Polaroid et du laiton oxydé, que j’ai brûlé puis soudé, pour évoquer la fragilité et la notion de destruction, tant sur un plan matériel que mémoriel », décrit-elle, avant de présenter sa seconde œuvre autour des chapelets de prière, Ramlet el-Bayda.

Une œuvre de Yasmina Hilal de la série « Ramlet el-Bayda ». Photo avec l'aimable autorisation de la photographe et de « Moments for Lebanon »
Une œuvre de Yasmina Hilal de la série « Ramlet el-Bayda ». Photo avec l'aimable autorisation de la photographe et de « Moments for Lebanon »

« Cet objet contient une connexion universelle d’amour. Dans mon travail, je cherche à reconstruire ce qui est ressenti plutôt que ce qui est simplement remémoré. L’effacement de notre mémoire collective nous oblige à préserver les traces culturelles et émotionnelles de notre histoire », insiste-t-elle.

Sana el-Halwani rappelle que le travail de Yasmina Hilal est mis en regard de celui de Rania Matar, qui l’a photographiée. « Sur le cliché, elle porte la robe de mariée bleue de sa mère, dont le message est très fort. La photographie met en scène différentes textures et résonne avec l’œuvre de Yasmina Hilal. »

L’artiste et autrice libano-éthiopienne Ruwan Teodros vit entre Beyrouth et New York. Ce qu’elle cherche à saisir, c’est la spécificité des appartements beyrouthins surannés. « J’ai passé une partie de mon enfance chez ma grand-mère à Beyrouth. Son intérieur est resté inchangé depuis les années 1960. J’ai souhaité le documenter dans la série Remember Me, en m’intéressant aux détails, chez elle comme chez ses amies et ses voisines, afin de mettre en valeur cette génération de femmes qui a maintenu les familles en équilibre pendant la guerre. Avec les bombardements, beaucoup de gens ont perdu leur maison ; il ne leur reste même plus de photos. Ils détruisent pour nous effacer, nous devons résister », martèle-t-elle.

Une photo réalisée par Ruwan Teodros dans des intérieurs beyrouthins. Photo avec l'aimable autorisation de la photograohe et de « Moments for Lebanon »
Une photo réalisée par Ruwan Teodros dans des intérieurs beyrouthins. Photo avec l'aimable autorisation de la photograohe et de « Moments for Lebanon »

Dans l’installation collective de Fragments of Memorabilia, se révèle le renouvellement constant des médiums de la scène artistique contemporaine. Ainsi, Yazan Halwani, familier des fresques de rue et des sculptures dans l’espace public, présente un bas-relief de calligraphie.

« La série Beirut Concrete Paradise essaie de rendre compte de la double dimension, à la fois chaotique et romantique, de la ville. Je propose deux petites toiles consacrées à Beyrouth, qui rendent compte de cette dichotomie, de cette relation paradoxale relevant presque du sentiment amoureux », précise-t-il.

Des fleurs, de la musique et de la poésie

Designer florale, Lara Ahdab a réalisé une composition végétale pour l’exposition.

« Je me suis inspirée des terrains abandonnés à Beyrouth et je l’ai suspendue dans l’air, comme un souvenir que l’on ne parvient jamais à déposer quelque part, qui continue de flotter entre deux territoires », décrit-elle.

Une œuvre de Loulou Bissat. Avec l'aimable autorisation de « Moments for Lebanon »
Une œuvre de Loulou Bissat. Avec l'aimable autorisation de « Moments for Lebanon »

-Samedi soir, deux performances musicales sont prévues, avec Charbel Haber et Joseph Ghosn, sur des images de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, puis un concert de la chanteuse ELIA.

-Le dimanche 7 juin, à 16 h, des lectures poétiques en arabe, accompagnées d’une traduction française, sont prévues au son du oud.

-Les œuvres exposées seront également disponibles à la vente en ligne pendant trois mois ici.

-Compte Instagram : @momentsforlebanon.

-Galerie Au Roi, 73 rue de la Fontaine au Roi, 75011 Paris

Impossible de citer la totalité des artistes participants. Parmi les noms les plus connus, signalons Fouad Elkoury, Yazan Halwani, Rania Matar, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Tom Young, Mojé Assefjah, Mira el-Khalil, Tamara Kalo, Laurent Abou Haidar, Zena Assi, Gerald Foltete, Hania Farrell et Zahra Holm.


À l’origine du projet « Moments for Lebanon », deux amies, Sana el-Halwani et Tamara Barakat. La première est architecte, entre Paris et Dubaï ; la seconde est spécialisée dans le strategic design and management. Lorsque la guerre reprend au Liban en 2024, elles sont à Paris et veulent agir. « On est parties d’une vente de gâteaux, et le projet a pris de l’ampleur. Pour la première édition, 24 artistes ont contribué, et nous avons levé 73 000 euros, entièrement reversés à des ONG qui opèrent au Liban », précise Tamara Barakat.« Cette année, nous investissons la Galerie au roi, qui met gracieusement son espace à disposition, comme l’avait fait Lucid Interval il y a deux ans. Plus de 300 œuvres seront proposées, dont un corpus important de pièces de petit format. L’ensemble sera disposé en installation...
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Pour nous qui sommes à Paris, cette exposition se trouve où ?

Hacker Marilyn

10 h 59, le 04 juin 2026

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  • Pour nous qui sommes à Paris, cette exposition se trouve où ?

    Hacker Marilyn

    10 h 59, le 04 juin 2026

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