Le point de vue de...

Le Proche-Orient à l’orée de 2026 : laboratoire de la ruine et de la résilience

Le Proche-Orient à l’orée de 2026 : laboratoire de la ruine et de la résilience

D.R.

Les bombardements aériens israéliens qui se sont poursuivis contre le Liban malgré le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, la chute du régime syrien le 8 décembre de la même année, l’incertitude qui enveloppe la transition politique à Damas, ainsi que la nouvelle phase de la lutte palestinienne, devenue – depuis le début du génocide à Gaza – une lutte acharnée pour la survie, dessinent désormais un paysage régional commun : un espace où la souveraineté se délite, où la force a pris la place de la diplomatie et où le droit à l’autodétermination se heurte à des entreprises d’anéantissement total.

Ainsi, la reprise des agressions israéliennes et l’occupation de localités du Sud-Liban réactivent une mémoire d’invasions, de déplacements forcés et de confrontations élargies rythmées par des trêves tacites, de 1978 à 1982, de 1993 à 1996, de 2006 jusqu’aux épisodes qui ont suivi le 7 octobre 2023. Elles inscrivent aussi dans la durée un dispositif de contrôle israélien destiné à maintenir la vulnérabilité libanaise et à réduire la marge de décision souveraine, y compris autour des armes controversées (et du rôle du Hezbollah). Le mutisme occidental et l’absence de réponse internationale effective, malgré les ravages infligés aux infrastructures civiles et l’assassinat de centaines de personnes, accélèrent l’effacement du cadre du droit international censé limiter l’usage de la guerre.

Le bombardement dit « préventif » s’impose donc comme technique routinière de gestion du territoire ennemi et de pression constante sur son état et sa société.

En Syrie, la chute du régime assadien après cinquante-quatre ans de dictature et quatorze années de révolution, de massacres et de guerre n’a pas ouvert la voie à une souveraineté retrouvée. Le pays s’enfonce dans une transition opaque et demeure morcelé, impacté par des acteurs étrangers dont les agendas se superposent et se heurtent, tandis qu’aucun projet national ne parvient à redonner forme à l’État. Depuis mars 2025, la violence confessionnelle qui déchire le littoral, la ville de Homs et le sud syrien s’enracine durablement dans le paysage politique, et la reconstruction reste suspendue aux conditions de puissances régionales et internationales, indifférentes aux besoins essentiels et aux droits des Syriens. Dans ce contexte éclaté, les frappes et incursions israéliennes dans le Houran accentuent l’instabilité et relèvent d’une stratégie de domination, d’instrumentalisation de la question « minoritaire » et de contraintes sécuritaires.

Cette dynamique d’hégémonie guerrière atteint son point le plus aigu en Palestine. À Gaza, la campagne israélienne et ses processus génocidaires se prolongent, et en Cisjordanie, l’intensification des attaques de l’armée et des colons traduit une volonté assumée de nettoyage ethnique et d’annexion, portée par un régime d’apartheid et d’impunité absolue.

L’approvisionnement militaire américain et allemand dont bénéficie Israël et la couverture diplomatique fournie par plusieurs puissances occidentales scellent l’effritement de l’universalisme juridique né de 1945, et consacrent une hiérarchie brutale des vies humaines. Dans cette perspective, le Proche-Orient apparaît comme le laboratoire d’un basculement historique : la guerre devient mode de gouvernance, la stabilité se confond avec la baisse temporaire de l’intensité de la violence, les transitions politiques engendrent moins des institutions que des arrangements précaires entre rivaux, et la ruine compose le décor quotidien – pierres effondrées, immeubles éventrés, routes lacérées, écoles et hôpitaux ouverts au ciel.

Pourtant, au milieu des espaces fracassés et du béton brisé, la vie insiste. Marchés improvisés au pied d’un immeuble crevé à Rafah ou à Yarmouk, classes installées sous des tentes à Khan Younes, jardins suspendus sur un balcon reconstruit pierre après pierre à Harasta, cueillettes d’olives à Bint Jbeil ou à Naplouse, médecins et journalistes toujours en mission de secours et de documentation à Gaza, autant de gestes obstinés, qui refusent l’effacement et réinventent, jour après jour, la possibilité d’un avenir sur cette terre.

Dans l’endurance, dans cette manière unique de rassembler les fragments pour en faire un destin, se loge la seule espérance tangible à l’orée de 2026 : non une promesse de paix future, mais la persistance du vivant au cœur même du désastre.

Les bombardements aériens israéliens qui se sont poursuivis contre le Liban malgré le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, la chute du régime syrien le 8 décembre de la même année, l’incertitude qui enveloppe la transition politique à Damas, ainsi que la nouvelle phase de la lutte palestinienne, devenue – depuis le début du génocide à Gaza – une lutte acharnée pour la survie, dessinent désormais un paysage régional commun : un espace où la souveraineté se délite, où la force a pris la place de la diplomatie et où le droit à l’autodétermination se heurte à des entreprises d’anéantissement total.Ainsi, la reprise des agressions israéliennes et l’occupation de localités du Sud-Liban réactivent une mémoire d’invasions, de déplacements forcés et de confrontations élargies rythmées par des...
commentaires (1)

C’est comme ça maintenant. On n’a plus le choix. Droit international complètement nié. C’est le règne des tyrans et de leurs serviteurs, tyrans de catégorie inférieure. Le « peuple », le « citoyen », les « gens » tout simplement, n’ont plus aucun rôle politique. Mais seulement civils

Audi Vivien

21 h 13, le 10 janvier 2026

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • C’est comme ça maintenant. On n’a plus le choix. Droit international complètement nié. C’est le règne des tyrans et de leurs serviteurs, tyrans de catégorie inférieure. Le « peuple », le « citoyen », les « gens » tout simplement, n’ont plus aucun rôle politique. Mais seulement civils

    Audi Vivien

    21 h 13, le 10 janvier 2026

Retour en haut