Le patriarche maronite Béchara Raï présidant une messe en la basilique Notre-Dame du Liban à Harissa, le 3 mai 2026. Photo ANI
La polémique de la campagne contre le patriarche maronite, lancée en ligne par des partisans du Hezbollah après une vidéo critique du parti-milice diffusée par la chaîne LBCI, continue de faire des remous lundi. Dans ce cadre, et après que des invitations à des manifestations pro-Hezbollah pour condamner une vidéo de la LBCI ont circulé sur les réseaux sociaux, le ministère de l'Intérieur a annoncé qu'elles ne seraient pas autorisées. Les visiteurs se sont par ailleurs succédé à Bkerké en signe de solidarité avec Mgr Béchara Raï. Parmi ces soutiens reçus par le chef de l'Eglise maronite, l'ambassadeur américain au Liban, Michel Issa.
Les manifestations qui devaient se tenir à midi devant le palais de justice n'ont donc pas eu lieu. Dans un communiqué, le ministère de l'Intérieur a indiqué que les « parties organisatrices » de ces événements n'ont pas notifié officiellement le mohafez de Beyrouth, Marwan Abboud de ces sit-in. « Pour préserver la stabilité intérieure, et compte tenu de la sensibilité de la phase actuelle qui exige un haut niveau de vigilance et de responsabilité nationale, le ministère annonce qu’il n’autorise pas la tenue de ces deux rassemblements », a indiqué le ministère. Le respect de cette décision devra être assuré par le mohafez et les Forces de sécurité intérieure, « en coordination avec l’armée libanaise si nécessaire. » Des véhicules de police ont, par précaution, fermé les accès au palais de justice, tandis que des groupes sur les réseaux sociaux proches du Hezbollah arguaient que les appels à manifester étaient « factices ».
Les sensibilités sont particulièrement exacerbées entre les différentes communautés, à la suite de l'ouverture par le Hezbollah d'un front contre Israël, le 2 mars, d'un cessez-le-feu violé quotidiennement par les deux belligérants depuis le 17 avril, et de la question de négociations directes avec Israël qui fait grincer des dents le parti chiite. Ces tensions se sont cristallisées depuis une dizaine de jours dans différents incidents sécuritaires et campagnes médiatiques, tandis que les autorités continuent à appeler à « l'unité nationale ». C'est dans ce contexte qu'a eu lieu une campagne à l'encontre de Mgr Raï au cours du week-end, qui se voulait une réponse à une vidéo de la LBCI caricaturant le Hezbollah, son chef et ses combattants sous la forme de personnages du célèbre jeu vidéo « Angry birds ». La chaîne a finalement du retirer le clip polémique, tandis que les critiques à l'encontre du patriarche ont été condamnées tous azimuts.
Plainte
Si aucune mobilisation ne devrait donc avoir lieu devant le palais de justice, un groupe d'avocats, emmenés par l'ex-député et avocat Elie Mahfoud, connu pour son opposition frontale au parti chiite, a déposé plainte devant le parquet général près la Cour de cassation contre ces atteintes à la personnalité du patriarche. « La question touche à la dignité de l'Etat », a lancé M. Mahfoud lors du dépôt de cette plainte, estimant que la société libanaise fait face à une « crise », face au discours de haine » de certaines parties. Il a encore critiqué le fait que les partisans à l'origine de la campagne contre le patriarche ne s'en soient pas pris directement « aux individus » à l'origine de la vidéo et aient cru que Bkerké serait « une cible facile ». Il a estimé que tout manquement dans l'enquête sur cette affaire risque de mener le Liban « à un grand chaos ». L'avocat a notamment déposé au cours des derniers mois une plainte contre Naïm Kassem. Elie Mahfoud s'est encore adressé au président du Parlement, Nabih Berry, allié du Hezbollah, estimant que « s'en prendre au patriarche Raï touche en premier lieu » le chef du Législatif, « formé dans une école maronite relevant de Bkerké ». Selon son CV disponible sur le site du Parlement, M. Berry a effectué une partie de ses études secondaires à l'école de la Sagesse, qui dépend de l'Eglise maronite.
Issa pousse pour une réunion Aoun/Netanyahu depuis Bkerké
De son côté, Mgr Raï a reçu plusieurs personnalités au cours de la matinée, qui lui ont témoigné leur solidarité. L'ambassadeur Michel Issa a ainsi regretté la campagne visant le patriarche, déclarant à l'issue de la rencontre « croire en la coexistence » au Liban. Commentant les négociations qui doivent être prochainement lancées entre Beyrouth et Tel-Aviv, sous égide de Washington, M. Issa a affirmé qu'une rencontre entre Joseph Aoun et Benjamin Netanyahu, voulue par Donald Trump, « ne constitue pas une défaite ni une concession ». Une visite du chef de l'Etat libanais aux Etats-Unis « permettra de mettre les demandes du Liban sur la table », a-t-il affirmé, ajoutant que l'administration américaine souhaite « préserver l’indépendance et la dignité du Liban. » « Netanyahu n'est pas le croque-mitaine, c'est lui l'autre partie dans les négociations », a-t-il ajouté.
Une délégation du Courant patriotique libre (aouniste) a également été reçue à Bkerké, d'où le député Georges Atallah a affirmé la nécessité de « coopérer pour éviter les dissensions », dénonçant des réactions « irresponsables » de certains chefs de file politiques, qu'il n'a pas nommés.


C’est très bien de se solidariser avec le Patriarche. Il n’a rien à voir avec la LBC. Il n’est fautif en rien, sauf peut-être de trop ménager cette ménagerie qu’est le hezbollah. Mais inutile de discuter de cet affront. La milice est déchaînée contre les Libanais, car battue et humiliée, il ne lui reste que sa langue de vipère. Il a bien fait M. mahfoud de se réferer à la justice plutôt qu’à la rue. C’est ce que font les gens civilisés.
07 h 43, le 05 mai 2026