Le ministre de la Défense, Michel Menassa et le Mufti de la République Abdellatif Deriane à Dar el-Fatwa le 29 avril 2026. Photo Ani
Le ministre de la Défense, Michel Menassa, a rencontré mercredi le mufti de la République, Abdellatif Deriane, puis le vice-président du Conseil supérieur chiite, Ali el-Khatib, avec pour objectif de « contribuer à rassembler le pays autour d’une position commune dans ces circonstances difficiles », alors que le Liban « ne peut supporter davantage », selon des propos rapportés par l’Agence nationale d’information (Ani, officielle).
Ces rares rencontres interviennent à l'heure de tensions politiques croissantes autour des pourparlers avec l'État hébreu pour mettre fin à la guerre, qui a fait 2 534 tués au Liban depuis le 2 mars, jour de l'entrée du Hezbollah dans la guerre régionale. Le chef de l'État Joseph Aoun est directement mis en cause par le Hezbollah pour son rôle dans ce cadre. Des menaces pèseraient même sur sa vie, selon le renseignement militaire israélien.
« Le pays ne peut supporter davantage »
À l’issue de son entretien avec le cheikh Ali el-Khatib, réputé proche du Hezbollah, Michel Menassa, lui-même considéré comme proche du chef de l’État, a vivement dénoncé les actions de l’armée israélienne. « Nous faisons face à un ennemi criminel qui ne respecte ni lois ni règles ni sacralité. Un ennemi animé de haine, qui tue femmes et enfants, profane les sanctuaires et viole les lieux saints islamiques et chrétiens », a-t-il fustigé.
Le ministre a également défendu l’ouverture de négociations directes avec Israël, une démarche inédite depuis 1983. « Si des négociations ont lieu, elles seront pour le Liban et non à ses dépens. Nous négocierons, mais nous ne marchanderons pas », a-t-il affirmé, en écho aux propos du président libanais cette semaine. « Pencher vers la paix signifie faire la paix, non faire des concessions. Nous ne pouvons négocier à l’extérieur tout en sombrant dans le chaos à l’intérieur », a encore dit le ministre Menassa.
De son côté, Ali el-Khatib a mis en garde contre toute « initiative individuelle », plaidant pour « un consensus national sur toutes les questions ». S’il a fait part de son soutien au président de la République et de son respect de « l'institution présidentielle », il a souligné que « chaque démarche doit bénéficier d'un consensus national » et qu'il ne fallait pas que M. Aoun devienne « une partie prenante » au risque de perdre sa capacité de « rassembler le pays ». Le dignitaire religieux a par ailleurs invité le chef de l’État à « s’appuyer sur l’expérience et la sagesse du président du Parlement, Nabih Berry », également chef du mouvement chiite Amal. Il doit prendre des initiatives qui rassemblent le pays et le sauvent », a-t-il encore plaidé.
Beyrouth, ville démilitarisée
Plus tôt dans la journée de mercredi, le ministre de la Défense avait assuré le mufti de la République, Abdellatif Deriane, que l’armée libanaise poursuivait ses mesures pour renforcer la sécurité à Beyrouth et faire de la capitale une ville démilitarisée, comme l’a décidé le gouvernement le 9 avril, au lendemain des bombardements israéliens massifs et indiscriminés qui ont fait plus de 350 morts dans tout le pays.
Cette décision s’inscrit dans le prolongement de celles déjà prises par l’exécutif pour rétablir le monopole de l’État sur les armes, et donc désarmer le Hezbollah, qui affronte à nouveau l’armée israélienne, malgré le cessez-le-feu conclu le 16 avril et prolongé la semaine dernière.
Le ministre s’exprimait après une réunion à Dar el-Fatwa avec le mufti Deriane, quelques jours après un face-à-face finalement contenu entre des agents de la Sécurité de l’État et des habitants du quartier sunnite de Saqiet el-Janzir, sur fond de fortes tensions confessionnelles.
« J’ai insisté sur la poursuite des mesures prises par le commandement de l’armée libanaise, en application de la décision du Conseil des ministres visant à renforcer sa présence dans la capitale, à limiter les armes aux seules forces légitimes, à consolider la sécurité à Beyrouth, à aider les citoyens déplacés et à leur permettre de faire face aux difficultés de la période actuelle, tout en œuvrant à alléger leurs souffrances », a déclaré le ministre.




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