Merci à tous pour vos nombreuses questions ! Nous n'avons malheureusement pas pu toutes les traiter, mais nous serons bientôt de retour pour une nouvelle session.
En attendant, vous pouvez suivre toute l'info en direct à partir de notre live de la journée. À très vite !
Joseph Aoun se rendra-t-il à la Maison Blanche en présence de Netanyahu ?
Nous prenons une dernière question, celle de Zeinab:
Donald Trump a annoncé qu’il inviterait Joseph Aoun et Netanyahu à la Maison Blanche pour des « discussions significatives » entre les deux parties. Pensez-vous que le chef de l’État libanais s’y rendra ? Dans le cas contraire, quelles seraient les éventuelles retombées de son refus ?
Bonjour Zeinab, merci d’être avec nous,
Joseph Aoun est dans une position très délicate. Il peut difficilement dire non à une invitation à la Maison Blanche, sous peine d’être encore plus isolé. Il ne peut pas y aller que « pour la photo » sous peine d’être très vivement critiqué sur la scène intérieure. Il ne pourrait, en principe y aller, que pour signer un accord qui changerait les relations entre le Liban et Israël et qui supposerait d’une part le retrait complet des forces israéliennes, d’autre part, le désarmement du Hezbollah. L’un comme l’autre, semblent aujourd’hui pour le moins hypothétiques.
Le Hezbollah peut-il se départir de sa branche militaire pour n'être plus qu'un parti politique ?
La prochaine question nous vient d'Antoine:
Bonjour Monsieur Samrani, et merci pour votre analyse. Nos compatriotes chiites sont-ils encore majoritairement pour le Hezbollah et/ou Amal - et si ce n'était pas le cas, cela changerait-il la donne et dans quelle mesure ? Aussi, pensez-vous que le Hezbollah puisse se départir de sa branche militaire pour n'être plus qu'un parti politique et sous quelles conditions ? Merci.
Bonjour Antoine, merci pour votre question.
Au moment où le Hezbollah est entré dans cette guerre, en réaction à l’assassinat de l’ayatollah Khamenei, de nombreux chiites ont fait part de leur colère et de leur exaspération. À mesure qu’Israël bombardait et envahissait le Liban, les retours que nous avions du terrain étaient très différents : ils indiquaient qu’une large partie de la communauté, y compris les non affiliés, soutenait le Hezbollah dans une guerre perçue comme existentielle. Est-ce la réalité ? Ce sentiment sera-t-il durable si la guerre s’arrête, que les gens ne peuvent pas rentrer chez eux et que l’argent nécessaire à la reconstruction n’arrive pas ? Je ne le sais pas.
Concernant la deuxième question, non je ne crois pas que le Hezbollah puisse devenir un parti comme un autre. Je crois qu’il est une milice avant d’être un parti, et que cela équivaudrait pour lui à renoncer à son ADN. Cela dit, si l’on m’avait dit qu’Abou Mohammad el-Jolani, le chef d’un mouvement jihadiste sunnite, deviendrait Ahmed el-Chareh, le président de la Syrie, sur une ligne islamiste conservatrice, je n’y aurais pas cru. Il faut donc parfois se méfier de nos certitudes.
L'armée libanaise a-t-elle les capacités (et la volonté) de désarmer le Hezbollah ?
Nous avons reçu de nombreuses questions sur la capacité et la volonté de l'armée de désarmer le Hezbollah. Je vais essayer d’y répondre ici.
Ces dix jours sont un nouveau test pour les autorités libanaises. Si elles restent passives, Israël fera tout pour reprendre la guerre ou pour être dans une situation où il peut, sur le long terme, occuper le Sud et bombarder, même à plus faible intensité, le reste du pays. Si elles agissent contre la milice, cela va créer d'immenses tensions dans le pays avec des risques d’affrontements avec l’armée.
Même dans un contexte plus favorable, après l’accord de novembre 2024, l’armée a montré toute sa réticence à reprendre, s’il le faut par la force, le monopole de la violence légitime. J'ai beaucoup de mal à croire qu’elle en fasse plus dans un contexte aussi explosif.
Je pense que la question du désarmement du Hezbollah doit être divisée en deux sous-questions.
Comment désarmer un parti-milice qui refuse de le faire sans que cela mette à feu et à sang le pays ? C’est une question politique et technique dont la réponse est loin d’être évidente. Sur ce point l'armée peut dire qu’elle manque de capacités, qu’il faut mettre en œuvre un plan en plusieurs étapes et que celui-ci soit accompagné d’une vraie démarche politique. Ce sont les arguments généralement avancés par l’armée mais qui, à mon sens, relèvent pour le moment de la mauvaise foi plus que d’autre chose. Entendons-nous bien : le désarmement du Hezbollah est une opération extrêmement complexe, mais l’armée n’a de toute façon montré aucune réelle volonté de la mener à bien.
Il est là, à mon sens, le cœur du problème aujourd’hui. L’armée, qui s’est habituée à coopérer avec le parti pendant des décennies, ne le perçoit pas du tout comme un ennemi.
On en vient à la deuxième question. Comment désarmer un parti-milice qui refuse de le faire, tout en refusant le principe de la confrontation avec lui ?
La conjoncture actuelle peut-elle faire plier le Hezbollah ?
Zeidan nous demande :
Dans sa rhétorique habituelle, le Hezbollah crie victoire, remercie l'Iran pour le cessez-le-feu, veut garder le doigt sur la gâchette et enfin et non le moindre des problèmes refuse toujours de désarmer.
Pensez-vous que la conjoncture actuelle va le faire plier ou bien serions nous soumis encore et encore à un jeu de dupe qui finira tôt ou tard par d'autres guerres ?
Quel risque, dans ce contexte, que le Hezbollah se retourne contre la scène intérieure qui est contre ses agissements, le faisant savoir haut et fort ?
Bonjour Zeidan, merci pour votre question.
Le Hezbollah célèbre effectivement « sa victoire » comme à son habitude. Les tirs en rafales hier, et même les tirs de roquettes s’inscrivent dans cette double logique : « nous avons gagné » et « nous sommes toujours là ». C’est avant tout un message adressé à l’État libanais.
Le Hezbollah sort militairement encore plus affaibli de cette guerre. Israël a avancé dans le sud, a détruit de nombreuses infrastructures du parti et éliminé de nombreux membres. Mais le parti chiite sait que l’occupation israélienne va lui permettre de regagner en popularité non seulement au sein de sa base mais dans un spectre plus large. De ce point de vue, je crois que la situation lui convient.
Peut-il accepter de rendre ses armes ? Certains spéculent sur le fait que cela pourrait faire partie d’un deal américano-iranien, mais honnêtement je n’y crois pas du tout. Même le Hamas n’a toujours pas accepté son désarmement.
Nous rentrons dans une période qui ressemble à celle qui a suivi l’accord de novembre 2024, à quelques différences notables près. Les Israéliens occupent cette fois-ci beaucoup plus de territoire, et vont continuer de violer le cessez-le-feu en toute impunité. Le Liban va être soumis à une pression encore plus forte pour agir contre le parti et ne recevra aucune aide pour la reconstruction avant de le faire. Dernière différence notable : les négociations directes entre le Liban et Israël. Peuvent-elles aboutir à une forme de partenariat entre les deux pays dans la lutte contre le Hezbollah, comme le souhaitent les Israéliens, et donc à un changement profond de l’équation ? Cela me semble très improbable. Mais Beyrouth va être dans une position intenable ces prochaines semaines.
Y a-t-il des risques d'attentats, d'enlèvements ou de coup d'État au Liban ?
La troisième question nous vient de Nada:
Merci pour ce chat et tous les autres, ainsi que pour votre couverture et analyse des événements.
Compte tenu des menaces iraniennes (Velayati) à l'encontre du Liban et de notre premier ministre, ainsi que celles proférées par les membres du Hezbollah (Comati, Safa et cie), la vie de M. Nawaf Salam est-elle en danger ? Y a t il des risques d'attentats à la voiture piégée, d'enlèvements, comme aux sombres heures de la guerre civile ? Le camp pro-iranien peut-il fomenter un coup d'État ?
Quelles sont les marges de manœuvre de chacun des deux camps, le gouvernement vs. le parti, et où se positionne le chef du parlement par rapport aux deux ?
Bonjour Nada, merci pour votre question,
Il m’est très difficile d’y répondre. Honnêtement je ne sais pas. L’ « axe » est accusé d’être derrière de nombreux attentats par le passé, dont celui de Rafic Hariri. Mais prendrait-il ce type de risques dans un environnement aussi défavorable ? Je dirais oui s’il considère que c’est sa seule possibilité.
À mes yeux, le Hezbollah, et plus généralement l’axe iranien, est un serpent qui étouffe son adversaire très très lentement, avec tact et douceur, si bien que l’adversaire en question ne s’en rend pas compte. C’est lorsque l’on cherche à se défaire de son emprise qu’il se met à mordre, comme dans la période entre 2005 et 2008. C’est là qu’il apparaît le plus dangereux mais qu’il est en réalité le plus vulnérable.
Comment expliquer que les US et Israël fassent aujourd'hui confiance à l'État pour le désarmement ?
Nous poursuivons avec la question de Maria:
La cessation des hostilités est conditionnée en partie par le lancement de négociations de paix, et l' engagement de l'État libanais à monopoliser les armes de tous les groupes armés incluant le Hezbollah ; qu’est ce qui a changé pour que les États-Unis et Israël croient, cette fois, en la capacité du Liban à procéder au monopole des armes et à aller jusqu’au bout des négociations. Et croyez-vous que l'Iran a joué un rôle dans la conclusion de cet accord ou est-ce uniquement du fait de l’État libanais ?
Bonjour Maria, merci d'être avec nous !
Je crois que rien n’a changé dans la vision israélienne. Ce cessez-le-feu a été imposé par Donald Trump à Benjamin Netanyahu qui aurait aimé poursuivre sa guerre au Liban (comme à Gaza). Le Liban y a joué aussi un rôle secondaire, même si l’ouverture des négociations avec Israël fait miroiter au président américain un nouvel accord, qu’il présentera comme un succès diplomatique quel que soit son contenu.
L’Iran a probablement joué un rôle dans le sens où l’impatience américaine vis-à-vis d’Israël est aussi liée à une volonté de ne pas torpiller les négociations d’Islamabad. De là à le présenter comme un succès iranien, comme le font les partisans du Hezbollah, il y a un grand pas que je me garderai de franchir. Tout d’abord un premier round de négociations a eu lieu au Pakistan sans que le cessez-le-feu soit déclaré au Liban, alors même que Téhéran en avait fait une condition préalable. Ensuite les négociations directes entre Beyrouth et Tel Aviv ont été un facteur au moins aussi important pour Washington. Enfin, les termes de l’accord en question ne laissent pas de place au doute : plus encore que l’accord de novembre 2024, il est très déséquilibré pour la partie libanaise.
Nous vous invitons à relire cet article, que nous avions publié avant la confirmation d'un cessez-le-feu : Cessez-le-feu au Liban : place à la guerre des narratifs.
Comment interprétez-vous la décision d’instaurer un cessez-le-feu limité à dix jours ?
Nous débutons cette session de questions/réponses avec les questions de Lucas :
Dans le contexte actuel au Liban, comment interprétez-vous la décision d’instaurer un cessez-le-feu limité à dix jours ? Peut-on y voir une véritable étape vers une désescalade durable, ou s’agit-il simplement d’une pause stratégique dans un conflit appelé à se poursuivre ? Que peut-on concrètement attendre de cette période sur le terrain, tant sur le plan militaire que diplomatique, et quelles sont les exigences ou objectifs des différents acteurs impliqués ? Enfin, au regard des dynamiques en présence, le risque d’une reprise des hostilités à l’issue de ce délai, notamment autour du 26 avril, vous paraît-il élevé ?
Bonjour Lucas, merci pour votre question et votre fidélité.
Il y a deux bonnes nouvelles pour le Liban. Un : un répit d’au moins dix jours. Deux : un cessez-le-feu qui n’est pas simplement le fruit d’une pression iranienne. Mais à part cela, il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir. Des dizaines de villages dans le Sud ont été effacés de la carte. Des dizaines de milliers de personnes ne vont pas pouvoir rentrer chez elles. L’armée israélienne occupe le Sud dans une profondeur de 8 à 10 kilomètres. Le Liban est en morceaux. Le Hezbollah crie une nouvelle fois victoire. Et les conditions de l’accord de cessez-le-feu sont limpides : Israël ne va pas se retirer, peut bombarder à sa guise et il convient au gouvernement d’agir contre le Hezbollah. C’est comme si le pays était effectivement séparé en plusieurs zones.
Est-ce que le conflit peut reprendre ? On ne peut pas l’écarter. Mais Donald Trump va exercer une forte pression sur les deux acteurs pour que cela ne soit pas le cas. Il veut un accord, même si celui-ci ne sera respecté par aucune des parties, comme à Gaza.
Notre sort dépend donc de deux dynamiques : un éventuel accord américano-iranien à Islamabad et une avancée dans le processus de négociations entre Israël et le Liban.
Bonjour et bienvenue dans cette session de questions-réponses !
Anthony Samrani y participera à partir de 13h30. À tout de suite.
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Le monopole des armes aux mains de l’Etat est normal et doit se faire. Mais est-ce que au moment où le peuple chiite est massacré par l’armée israélienne , les assassinats des médecins et infirmières se poursuivent, un millón de libanais deviennent dessans abri et sans travail , l’armée israélienne détruit des ponts , usines et de villages entiers est le moment au moins de condamner l’agresseur ou d’étudier les causes et s’opposer à une partie de vos compatriotes ? Est-ce que le gouvernement libanais va demander le droit au retour des réfugiés palestiniens du Liban au gouvernement israélien?
14 h 21, le 17 avril 2026