Critiques littéraires Poésie

Chabaud et Cassir à chemins croisés

Chabaud et Cassir à chemins croisés

Adotz. Sources de Silvan Chabaud, Éditions Jorn, 2025, 104 p.

Oser dire l’amour. Et un peu de soi à l’autre de Tristan Cassir, Maelström, 2025, 48 p.

Adotz de Silvan Chabaud et Oser dire l’amour de Tristan Cassir sont deux recueils de poésie qui, a priori, n’entretiennent aucun lien particulier mais procèdent pourtant, à leur insu, et de manière fertile quoique contradictoire, de la même problématique.

À première vue, tout les sépare.

La langue d’abord : le premier est rédigé en occitan (mais l’édition est bilingue, bien sûr). Son titre signifie « sources ». Le second est en langue française, avec pour sous-titre « Et un peu de soi à l’autre ».



Tristan Cassir

SOI et les AUTRES. Nous y reviendrons.

L’écriture poétique ensuite : alors que les quelque quarante poèmes de Cassir semblent se déployer comme un unique texte, serpentant comme un fleuve tranquille, se modulant en les méandres de l’oralité, les poésies de Chabaud, elles, dont chacune porte un titre et même parfois des dates et des lieux de composition différents, marquent bien la multiplicité des inspirations.

Les origines des auteurs, enfin : une note à la fin de l’ouvrage de Cassir indique que des appartenances libanaises, argentines, égyptiennes, mexicaines et françaises ont façonné l’identité de l’auteur de Oser dire l’amour, comme des strates archéologiques, comme les pelures de l’oignon, tandis que Silvan Chabaud, lui, s’inscrit dans un terroir, dans l’ancrage d’un territoire, dans la mélodie d’une langue régionale aux saveurs locales et d’un paysage de « torrents et de jaillissements de lumière ».

Tout sépare donc ces œuvres, jusqu’à ces vers qui constituent des sortes de contrepoints, d’échos paradoxaux :

« Je suis là

Aujourd’hui

Et demain

Maintenant

Mes traces

Dans l’épaisseur de ce monde

Où j’ai retrouvé ma place

De loup », signe Chabaud.

À qui répond Cassir, en miroir :

« J’ai grandi en voyageur immobile

Apprenti du monde

Tissant ma place

Dans le silence des autres. »

C’est la langue de l’universel qui réunit ces deux poètes, la poésie en ce qu’elle a de plus beau et de haut : son humanité. Cassir et Chabaud ont écrit Gaza. « Le ciel fait tomber ses étoiles / dans une tempête de fer / … Le monde s’arrête / … Quand on arrache les oliviers », écrit le premier. « Je porte des blessures / qui n’ont pas germé en moi / mais sur d’autres corps », écrit le second.

Le poète occitan rend hommage au monde dans une langue locale qui s’ouvre aux chemins de l’universel, où il croise un pèlerin en quête de son identité et porte son « exil en héritage ».


Adotz. Sources de Silvan Chabaud, Éditions Jorn, 2025, 104 p.Oser dire l’amour. Et un peu de soi à l’autre de Tristan Cassir, Maelström, 2025, 48 p.Adotz de Silvan Chabaud et Oser dire l’amour de Tristan Cassir sont deux recueils de poésie qui, a priori, n’entretiennent aucun lien particulier mais procèdent pourtant, à leur insu, et de manière fertile quoique contradictoire, de la même problématique.À première vue, tout les sépare.La langue d’abord : le premier est rédigé en occitan (mais l’édition est bilingue, bien sûr). Son titre signifie « sources ». Le second est en langue française, avec pour sous-titre « Et un peu de soi à l’autre ».Tristan CassirSOI et les AUTRES. Nous y reviendrons.L’écriture poétique ensuite : alors que les quelque quarante poèmes de Cassir semblent...
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