Un portrait du chef du Hezbollah, Naïm Kassem, devant une voiture et un immeuble endommagés par des frappes israéliennes dans la banlieue sud de Beyrouth, le 12 mars 2026. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Opération « La Paille mâchée » : c’est sous cette appellation que le Hezbollah a baptisé, mercredi soir, l’attaque la plus vaste qu’il a menée contre Israël depuis le renouvellement de la guerre au Liban début mars. Selon l’armée israélienne, environ 200 roquettes et 20 drones ont été lancés contre son territoire, dans une opération menée en coordination avec l’Iran. Métaphore coranique de destruction, « La Paille mâchée » n’est pas inédite dans le vocabulaire militaire de « l’axe de la résistance » et avait déjà été utilisée en 2014 par le Hamas. Que signifie cette expression et à quoi se réfère-t-elle ?
« al-’Asf al-ma’koul »
Dans le Coran, l’expression « paille mâchée » est mentionnée dans la sourate 105 « al-Fil » (l’éléphant) : Dieu « envoya contre eux des oiseaux en nuées, qui leur lançaient des pierres d’argile durcie, et Il les rendit semblables à une paille mâchée ». Le verset évoque la destruction de l’armée d’Abraha, venue selon la tradition islamique du Yémen pour détruire la Kaaba à La Mecque. Le texte coranique décrit comment Dieu aurait envoyé des « oiseaux en nuées » qui ont lancé des pierres sur l’armée et l’auraient finalement réduite « comme une paille mâchée ». « Al-’asf » (paille en arabe) désigne les feuilles sèches des plantes ou le chaume, c’est-à-dire les restes desséchés de la récolte. « Al-ma’koul » (mâchée en arabe) signifie « mangé », ou ce qui a été mâché et piétiné par les animaux. L’image renvoie donc à ce qui a été complètement désagrégé et réduit en fragments.
Pour le Hezbollah, le choix de cette référence est donc loin d’être anodin. Le parti chiite semblerait vouloir suggérer l’idée d’une défaite réservée à l’armée israélienne à travers des opérations militaires intensifiées qui épuiseraient ses forces. Pour sa base populaire, l’association de sa guerre contre Israël à une victoire coranique pourrait contribuer à nourrir l’idée d’une victoire à l’issue du conflit et renforcer l’engagement de ses combattants sur le terrain.
Ce n’est pas la première fois que l’« axe de la résistance » recourt à cette figure. En 2014, la branche armée du Hamas, les Brigades al-Qassam, avait déjà baptisé « al-’Asf al-ma’koul » la confrontation avec Israël dans la bande de Gaza entre juillet et août 2014. Le Hezbollah avait lui aussi précédemment mobilisé des références coraniques, notamment durant la précédente guerre. À l’automne 2024, lors de l’escalade militaire israélienne contre le Liban, il avait baptisé « Ouli al-Ba’s » (Ceux doués de la force) ses opérations contre l’État hébreu, tirée de la sourate 17 « al-Isra » (le voyage nocturne).



Où est passé mon commentaire? Ça commence à bien faire, cher modérateur.
12 h 03, le 14 mars 2026