Le président français, Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse conjointe avec le président chypriote et le Premier ministre grec à la base militaire de Paphos, à Chypre, le 9 mars 2026. Photo Gonzalo Fuentes / POOL / AFP
Le président français Emmanuel Macron a dénoncé lundi depuis Paphos la « faute majeure » du Hezbollah d’avoir attaqué Israël et visé Chypre, soulignant que cette escalade « met en danger tous les Libanais et tout le Liban ». Le chef d'Etat a appelé à ce que « le Hezbollah cesse toute frappe depuis le sol libanais » et qu’« Israël mette fin au plus vite à ses opérations et frappes », afin de permettre à l’armée libanaise d’assurer la sécurité du pays.
« Nous oeuvrons pour que le calme puisse revenir (au Liban), que la désescalade puisse se faire pour que les forces libanaises soient en situation de pouvoir opérer », a déclaré M. Macron, réaffirmant aux Libanais « le soutien » de la France. Selon lui, « depuis que le Hezbollah a pris la responsabilité et commis la faute majeure d’attaquer Israël et de viser Chypre (par des drones sur une base britannique, ndlr), il a déclenché une réaction israélienne ». « Israël, aujourd’hui, par ses opérations terrestres et ses frappes, a répondu à l’attaque du Hezbollah. Cette situation est évidemment très préoccupante », a-t-il poursuivi.
Dimanche, le ministre chypriote des Affaires étrangères, Constantinos Kombos, avait confirmé pour la première fois qu’un drone ayant visé, le 1er mars, une base aérienne britannique sur l’île avait été lancé par le Hezbollah depuis le Liban. Dans un entretien au Guardian, il a indiqué que cet engin, qui s’est écrasé sur la base d’Akrotiri, était « de fabrication iranienne et avait été lancé depuis le Liban ».
Le président français a insisté sur le fait que « le Hezbollah doit cesser toute frappe depuis le sol libanais, car il met en danger toutes les Libanaises et tous les Libanais, et Israël doit ensuite cesser au plus vite son opération militaire et ses frappes pour permettre à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Liban d’être recouvrées, et aux forces armées libanaises, seules légitimes, d’assurer la sécurité de leur sol».
Dans une interview à L'Orient-Le Jour, le Premier ministre Nawaf Salam avait indiqué qu'il « y a des idées sur la table, en particulier du côté des Français » pour stopper l'agression israélienne. Emmanuel Macron, qui s’entretient quasi quotidiennement avec le président libanais depuis la reprise des affrontements, s’était entretenu lundi matin avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de la situation au Moyen-Orient et au Liban. Le président français avait déjà échangé mercredi dernier avec M. Netanyahu, pour la première fois depuis l’été 2025.
Le Hezbollah a ouvert un front de soutien avec l’Iran lundi dernier, deux jours après le début de l’attaque américano-israélienne sur l’Iran, au cours de laquelle le Guide suprême de la République islamique Ali Khamenei été tué. Les salves de missiles du Hezbollah sur le nord d’Israël ont provoqué de nouvelles ripostes aériennes très violentes sur plusieurs de ses fiefs, dans la banlieue-sud de Beyrouth, le Liban-Sud et la Békaa-Nord. Cette escalade a mis fin au cessez-le-feu de novembre 2024.
A bord du porte-avions français Charles de Gaulle
Le président français, Emmanuel Macron, arrivé lundi à Chypre pour discuter avec les dirigeants chypriote et grec du renforcement de la sécurité dans la région, devrait se rendre dans l’après-midi à bord du porte-avions français Charles de Gaulle, déployé au large de la Crète, selon l’Élysée.
Il est arrivé vers 13h (heure libanaise) à Paphos, au sud-ouest de l’île, où il a rencontré le président chypriote Nikos Christodoulides et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. L’entretien a été suivi de la visite d’un poste de commandement et de déclarations à la presse. Selon la présidence française, ce déplacement vise à « témoigner la solidarité de la France » avec Chypre, où une base militaire britannique a été touchée par un drone peu après le début de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran le 28 février.
À Chypre, Emmanuel Macron a également annoncé le déploiement de la frégate Languedoc et d’une section de défense antiaérienne Mistral dans la zone. Il a précisé que le porte-avions Charles de Gaulle et son groupe aéronaval se trouvent désormais à proximité de l’île, constituant « un élément majeur de la posture de défense globale » française dans la région.
Dans un contexte d’escalade du conflit en Iran et d’envolée des prix du pétrole, le renforcement des moyens militaires européens en Méditerranée orientale sera également à l’ordre du jour. La France, l’Italie et l’Espagne ont chacune dépêché une frégate dans la zone. Selon l’Élysée, le déplacement du président sur le Charles de Gaulle vise « à échanger avec les marins engagés au sein du groupe aéronaval et à se faire présenter le dispositif militaire ».
« L’arrivée du porte-avions en Méditerranée orientale vient renforcer les moyens militaires déjà présents dans la région pour prendre les dispositions nécessaires à la sécurité de la France, de ses ressortissants et de ses bases, ainsi que celle de ses alliés », a ajouté la présidence française. Un bâtiment porte-hélicoptères amphibie a également été déployé dans la zone.
Rouvrir le détroit d’Ormuz
Durant sa courte visite à Chypre, Emmanuel Macron a aussi évoqué la nécessité de préserver la liberté de navigation en mer Rouge, où le conflit pourrait déborder, alors que le détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement des hydrocarbures, est bloqué. Une frégate française participe déjà à l'opération Aspides, mise en place en 2024 par l'Union européenne (UE) en mer Rouge, pour prévenir des attaques des houthis pro-iraniens du Yémen contre des navires marchands, en organisant des convois encadrés par des bâtiments de guerre.
Le président français a précisé préparer avec ses partenaires une future mission « purement défensive » pour rouvrir le détroit d'Ormuz et escorter les navires « après la sortie de la phase la plus chaude du conflit » au Moyen-Orient, afin de permettre la circulation du pétrole et du gaz.
Face à l'envolée des prix des carburants, source d'inquiétude majeure pour l'économie mondiale, les pays du G7 envisagent parmi les « options » possibles de puiser dans leurs réserves stratégiques, a par ailleurs déclaré M. Macron à des journalistes dans l'avion qui le conduisait à Chypre.
Les chefs d'État et de gouvernement du G7 pourraient aussi se coordonner « cette semaine » en visioconférence sur les enjeux énergétiques, a ajouté le président français, dont le pays préside cette année ce groupe réunissant Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Canada.


