Un homme installe une affiche géante avec le portrait de l'ancien commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), Hossein Salami, tué par une frappe israélienne le 14 juin 2025, à Téhéran. Photo d'archives Majid Asgaripour/WANA (West Asia News Agency)/Reuters
Malgré la perte de hauts commandants, les gardiens de la révolution (Pasdaran) iraniens ont renforcé leur mainmise sur la prise de décisions en temps de guerre, affirment des sources de haut niveau citées par l'agence Reuters, menant une stratégie intransigeante qui se traduit par une campagne militaire soutenue d'envois de drones et de missiles à travers le Proche-Orient pour faire face à l'offensive américaine et israélienne.
Six sources iraniennes et régionales bien informées sur les gardiens de la révolution ont toutes confirmé à l'agence internationale qu’ils ont pris un rôle bien plus important au sein du pouvoir depuis le début de la guerre le 28 février, et qu'ils sont désormais impliqués dans toutes les grandes décisions.
Un responsable de la sécurité proche des Pasdaran a ainsi indiqué que leur nouveau chef, Ahmad Vahidi, était présent à chaque réunion de haut niveau, tandis que l’objectif ultime de l’organisation demeurait la survie du régime islamique et la réalisation de ses ambitions.
Une stratégie de décentralisation pour assurer leur résilience
Anticipant l’éventualité d’une décapitation de leur commandement, les gardiens ont chacun désigné des successeurs jusqu’à trois échelons verticaux, prêts à prendre la relève. La décentralisation fait partie de leur doctrine en cas d’attaque depuis près de vingt ans et a été développée après avoir observé l’effondrement des forces irakiennes lors de l’invasion menée par les États-Unis en 2003, explique Kasra Aarabi, directeur de la recherche sur les gardiens à United Against Nuclear Iran, une organisation basée aux États-Unis. « Toute l’idée était de décentraliser afin que, si une province particulière était attaquée elle puisse se défendre et maintenir l’autorité et le pouvoir du régime », explique-t-il.
Ainsi, bien avant l’attaque américano-israélienne de samedi, les commandants des gardiens avaient déjà délégué des tâches aux rangs inférieurs. Une stratégie de résilience qui comporte aussi un risque d’erreurs de calcul ou d’élargissement du conflit, des officiers intermédiaires étant habilités à frapper des États voisins. Mercredi, l’Iran a tiré sur la Turquie, un pays membre de l’OTAN. Son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a ainsi admis que la riposte de l’Iran était déjà planifiée. « Ces unités opèrent sur la base d’instructions générales qui leur ont été données à l’avance, plutôt que sur des ordres directs et en temps réel de la part de la direction politique actuelle », a-t-il déclaré à la chaîne Al-Jazeera.
Alors qu’aujourd’hui, les gardiens de la révolution participent pratiquement à chaque décision stratégique, bien au-delà du rôle central qu’ils occupaient avant la guerre, ils peuvent aussi compter sur la direction politique du pays, dont les trois principaux responsables sont d’anciens membres de la milice. Le président Masoud Pezeshkian était chirurgien de guerre, le président du Parlement Mohammad Baqer Galibaf a combattu sur les lignes de front avant de diriger l’unité aérienne des gardiens, tandis qu’Ali Larijani, principal conseiller de Ali Khamenei, le guide iranien éliminé par les Israélo-américains, était officier d’état-major.
À l’intérieur de l’Iran, le rôle central des Pasdaran à tous les niveaux du régime et leur approche sécuritaire draconienne pourraient par ailleurs rendre plus difficile l’émergence de protestations, compromettant tout espoir américain ou israélien que la guerre puisse déclencher un soulèvement et un changement de régime.
Leur double approche, comme fer de lance de la riposte militaire iranienne aux attaques extérieures et comme garants de la sécurité intérieure au sein de la République islamique, semble tenir pour l’heure, bien que des attaques israélo-américaines prolongées visant aussi bien des commandants supérieurs que subalternes pourraient finir par mettre à l’épreuve leur capacité à maintenir leur cohérence stratégique.
D'autant plus que les gardiens de la révolution ne forment pas une unité totalement homogène, traversés qu'ils sont par des rivalités entre factions, des conflits personnels et des divergences sur leur rôle. Mais, selon l’une des sources, ils sont « plus unis que jamais lorsque l’Iran est attaqué ».

