Le président américain Donald Trump s'exprime lors de la cérémonie commémorative des familles des anges dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, DC, le 23 février 2026. Photo de SAUL LOEB / AFP
Les accusations du président américain Donald Trump selon lesquelles l'Iran disposera bientôt d'un missile capable d'atteindre les États-Unis ne sont pas étayées par les rapports des services de renseignement américains et semblent « exagérées », selon plusieurs sources proches du dossier, ce qui jette un doute sur une partie de son argumentation en faveur d'une possible attaque contre la République islamique.
Dans son discours sur l'état de l'Union prononcé mardi devant le Congrès, M. Trump avait commencé à expliquer au public américain pourquoi l'armée pourrait lancer des frappes contre l'Iran, affirmant que Téhéran « travaillait sur des missiles qui atteindront bientôt » les États-Unis.
Mais, selon les sources contactées par l'agence Reuters, qui ont requis l'anonymat pour pouvoir évoquer des renseignements sensibles, aucune modification n'a été apportée à une évaluation non classifiée de 2025 de l'Agence américaine de renseignement de la défense selon laquelle l'Iran pourrait mettre jusqu'en 2035 pour développer un « missile balistique intercontinental militairement viable » (ICBM) à partir de ses lanceurs spatiaux existants pour la mise en orbite de satellites (SLV). L'une d'elles a indiqué que même si la Chine ou la Corée du Nord — qui coopèrent étroitement avec l'Iran — fournissaient une assistance technologique, l'Iran aurait probablement besoin d'au moins huit ans pour produire « quelque chose qui soit réellement de niveau ICBM et opérationnel ». Elles ont encore souligné ne pas être au courant d'évaluations des services de renseignement américains selon lesquelles l'Iran développerait un missile capable d'atteindre prochainement le territoire américain, mais n'ont pas exclu la possibilité d'un nouveau rapport de renseignement dont elles n'auraient pas connaissance.
Donald Trump a lancé ces accusations au sujet des capacités balistiques de l'Iran alors que des représentants américains et iraniens négocient sur le programme nucléaire de Téhéran, sans qu'aucune avancée majeure ne soit en vue pour éviter d'éventuelles frappes américaines.
Dans son discours de mardi, le président américain a également a critiqué le soutien de Téhéran aux groupes armés dans la région, comme le Hezbollah, le meurtre de manifestants lors de la répression en décembre et janvier, et les programmes nucléaires et balistiques du pays, comme autant de menaces pour la région et les États-Unis. Sans apporter de preuves, il a affirmé que Téhéran avait commencé à reconstruire son programme nucléaire, dont il prétendait qu'il avait été « anéanti » par les frappes aériennes américaines de juin dernier sur trois sites majeurs impliqués dans l'enrichissement de l'uranium.
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio avait évoqué mercredi le programme de missiles balistiques iraniens en des termes moins catégoriques que M. Trump, estimant que Téhéran est « sur la voie de pouvoir un jour développer des armes capables d'atteindre le territoire continental américain ».
L'Iran dément vouloir se doter de l'arme nucléaire, affirmant que son enrichissement de l'uranium – un processus qui produit du combustible pour les centrales électriques et les ogives nucléaires en fonction de sa durée – est strictement destiné à des usages civils.
Dans une interview accordée à la chaîne India Today TV et diffusée mercredi, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait nié que l'Iran développait ses capacités balistiques. « Nous ne développons pas de missiles à longue portée. Leur portée est volontairement limitée à moins de 2 000 kilomètres », a-t-il insisté. « Nous ne voulons pas que cela devienne une menace mondiale. Nous les utilisons uniquement pour notre défense. Nos missiles ont un rôle dissuasif. »

