Fayçal Karamé, député de Tripoli, entrant au Parlement, le 30 juin 2025. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Le député Fayçal Karamé a annoncé mercredi sur son compte X avoir présenté une proposition de loi sur l’amnistie générale, « parce que l’injustice n’est plus supportable ». « L’amnistie n’est pas un crime… le crime, c’est la poursuite de l’injustice », a-t-il dénoncé.
« Pendant de longues années, des détenus sont restés en prison sans procès, sans condamnation, sans justice… jusqu’à quand ? », a demandé M. Karamé. Il a notamment cité les détenus islamistes, « laissés en otages de la négligence et du report permanent, comme si leurs droits n’étaient pas les mêmes que ceux des autres ». « Soit nous sommes dans un État de droit qui juge les gens rapidement et équitablement, soit nous devons reconnaître qu’il existe une injustice qui doit cesser maintenant », a-t-il ajouté.
La question de l'amnistie générale est revenue sur le devant de la scène libanaise après qu'un accord officiel a été signé vendredi dernier entre le Liban et la Syrie, prévoyant le transfert d'environ 300 détenus syriens condamnés et incarcérés dans les prisons libanaises surpeuplées.
Cette question est généralement repoussée par les autorités pour des raisons politiques et communautaires, chaque communauté au Liban réclamant l'amnistie pour des membres en lien avec différents dossiers polémiques. Selon des chiffres obtenus en 2025 par L'Orient-Le Jour en février auprès du ministère de l’Intérieur, 50 % des détenus au Liban n’ont toujours pas été jugés. Concernant les islamistes, 55 % d’entre eux sont maintenus en prison sans décision judiciaire. Mohammad Sablouh, avocat chargé de la défense de plusieurs d’entre eux, indiquait en février 2025 qu'il y aurait 350 détenus islamistes en tout, dont 180 libanais et 170 syriens.
Les proches de détenus manifestent depuis plusieurs années au Liban pour réclamer la libération de leurs proches. Mardi, plusieurs proches de détenus islamistes incarcérés dans les prisons libanaises ont bloqué l'autoroute du Liban-Nord au niveau de Beddaoui, exigeant une amnistie générale pour ces prisonniers. Certains brandissaient des photos du cheikh Ahmad el-Assir, arrêté en 2015 pour avoir conduit des combats meurtriers en 2013 contre l’armée libanaise à Abra, dans la banlieue de Saïda (Liban-Sud). Le cheikh Assir a été condamné à mort pour ces faits, et à 20 ans de travaux forcés par le tribunal militaire pour d’autres combats au Liban-Nord. Les affrontements s'étaient déroulés sur fond d'intervention du Hezbollah en Syrie aux côtés du régime de Bachar el-Assad, renversé en 2024, et de fortes tensions entre sunnites et chiites au Liban.


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