D’abord une voix rauque, envoûtante et féminine qui portait la force d’une passion enlaçant la douceur de la séduction.
Ensuite un regard, cajoleur, incandescent, intense et brûlant, dont la flamme attisait l’éclat des paroles.
La voix et le regard se reflétaient l’un dans l’autre, dessinant ensemble le portrait que je tentais d’illustrer ce jour-là.
Vénus Khoury-Ghata était une galaxie entière, ébouriffante et magnétique, habitée de comètes de mots et de silences chargés d’étoiles.
L’approcher, c’était accepter de gagner une autre gravité.
Elle portait en elle une enfance hantée par la montagne libanaise, ses pierres rudes et ses terres escarpées. L’ombre d’un père intransigeant comme un cèdre et d’une mère effacée, presque murmurée.
Son parcours étoilé pavé de persistance était le témoin de sa persévérance et de sa ténacité. Chacun de ses poèmes était une balise, chacun de ses livres un feu allumé face à la nuit.
Vénus aimait nourrir ses amitiés autour d’une table et savait que certaines amitiés sont sucrées, d’autres épicées, quelques-unes amères. Elle aimait les goûter, en saisir tous les contours. Ça tombait bien ; nous parlions de goûts et de saveurs pour tromper la mélancolie des jours.
Terrienne, enracinée dans une montagne brûlante, chargée de mémoire et de sang, sa cuisine était une géographie intime qui réchauffait l’âme et le cœur. Le Liban dans les feuilles de vigne, l’exil dans les plats recomposés, réinventés loin de la terre natale. Chaque saveur portait une mémoire. Elle jonglait avec les épices comme avec les mots. Elle aimait les contrastes et les accords inattendus. Comme dans ses vers, ses plats alternaient le feu et la tendresse enracinés dans une terre brûlante, chargée de mémoire et de sang.
Si je devais décrire Vénus par un aliment, elle serait à coup sûr une très belle grenade, alliage de douceur et d’âpreté. Difficile à entrevoir, bouleversante à découvrir. Un fruit qui s’ouvre lentement, vous retient longtemps, et dont le jus rouge laisse sur le bout des doigts des traces murmurées et dans le cœur des mots qui fusent impossibles à effacer.
Il y a des rencontres qui vous cueillent et vous éblouissent comme une lumière soudaine dans l’ordinaire des jours.
La voilà aujourd’hui devenue constellation.