Le prince héritier d'Abou Dhabi Khaled ben Mohammad ben Zayed Al-Nahyane, lors d'une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine en marge du sommet de l'Union économique eurasiatique à Minsk, en Biélorussie, le 27 juin 2025. Photo d'illustration Sputnik/Alexander Kazakov/Reuters
Le changement se voulait discret. Vendredi 30 janvier, Abou Dhabi a annoncé que son fonds ADQ, pesant plus de 260 milliards de dollars, passait sous le contrôle de L’IMAD. Établie récemment, cette « plateforme souveraine d’investissement du gouvernement d’Abou Dhabi, chargée de soutenir une croissance économique durable, de diversifier les sources de revenus et d’obtenir des retours sur investissement optimaux pour l’émirat » est présidée par le fils aîné du président émirati, Khaled ben Mohammad ben Zayed Al-Nahyane, prince héritier d’Abou Dhabi. Un transfert générationnel encore inédit dans l’émirat, alors que le fonds ADQ était jusque-là géré par cheikh Tahnoun ben Zayed, frère de MBZ. La décision consolide ainsi la position du prince héritier d’Abou Dhabi, censé prendre la suite de son père, alors que le pouvoir politique de la fédération est détenu par l’émirat face à son petit frère de Dubaï.
Avec l’intégration du fonds ADQ à celui de L’IMAD, cheikh Khaled ben Mohammed ben Zayed contrôle désormais un fonds estimé à 300 milliards de dollars, comprenant des joyaux émiratis comme la compagnie Etihad Airways, des infrastructures portuaires sous AD Ports Group ou encore ferroviaires sous Etihad Rail, ainsi que des sociétés stratégiques telles que TAQA, spécialisée dans l’énergie et l’eau, ou encore ENEC, focalisée sur l’énergie nucléaire. Selon le Financial Times, L’IMAD a déjà acquis, depuis sa récente création, la compagnie locale automobile CYVN, qui détient McLaren et 18% du constructeur chinois de véhicules électriques Nio, ainsi qu’un parc immobilier conséquent à travers une participation majoritaire dans Modon Holding. Si le nouveau fonds s’était fait connaître en décembre dernier, en participant à une offre de 108 milliards de dollars pour racheter Warner Bros à la place de Netflix, c’est seulement à la mi-janvier que le Conseil suprême pour les affaires économiques et financières d’Abou Dhabi a désigné son conseil d’administration.
Placé à la tête de L’IMAD, le fils aîné de MBZ, 44 ans, suit les traces de son père, pour lequel le fonds souverain Mubadala avait été créé en 2002 afin de consolider son pouvoir sous le règne de son propre père. D’après le média Gulf Business, l’objectif du nouveau fonds est de créer des géants nationaux dans les domaines stratégiques de l’énergie et des infrastructures, de l’aviation et de la logistique, de la santé et de l’alimentaire, et de l’immobilier et la finance. Une vision qui s’inscrit dans le contexte de la compétition à la diversification économique qui se joue dans le Golfe, particulièrement remise en lumière au moment où les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite s’écharpent par médias interposés. Khaled ben Mohammad ben Zayed a été nommé prince héritier en 2023, après que son père était devenu président de la fédération émiratie, certains observateurs s’attendant plutôt à ce que son oncle Tahnoun soit désigné premier de la ligne de succession.
Si la montée en puissance du prince héritier de l’émirat ne semble pas encore créer des tensions au sein de la famille royale, elle écarte de facto celui qu’on surnomme le « cheikh espion », conseiller à la Sécurité nationale auprès de son frère. Reste que Tahnoun ben Zayed contrôle encore la Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), premier fonds souverain émirati, fort de plus d’un trillion de dollars, et est chargé de la stratégie d’Intelligence artificielle du pays, qui se veut au cœur du développement stratégique des Èmirats arabes unis. MBZ semble néanmoins préparer son fils aîné à prendre la relève, l’ayant placé ces dernières années aux conseils d'administration d’ADNOC, la compagnie pétrolière d’Abou Dhabi, ou de l’ADIA, ou encore à la tête du Conseil exécutif d’Abou Dhabi.


