Le Premier ministre indien Narendra Modi (au centre), la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen (à droite) et le président du Conseil européen Antonio Costa posent pour une photo avant leur réunion à la Hyderabad House à New Delhi, le 27 janvier 2026. Photo Sajjad HUSSAIN / AFP
En Inde, Ursula von der Leyen a retrouvé le sourire. La présidente de la Commission européenne vient de s'offrir un coup diplomatique en signant avec New Delhi un accord commercial majeur.
En quittant Bruxelles au début du weekend, la cheffe de l'exécutif européen laissait derrière elle une crise tout juste désamorcée avec les Etats-Unis sur le Groenland.
Elle restait aussi sur des tensions au sein même de l'Union européenne au sujet d'un autre accord commercial, celui avec les pays latino-américains du Mercosur, combattu par les agriculteurs européens.
Avec l'Inde au contraire, les planètes semblent alignées.
« C'est l'histoire de deux géants — la deuxième et la quatrième économies mondiales. Deux géants qui choisissent le partenariat », a-t-elle savouré lors d'une conférence de presse à New Delhi. C'est « un message fort », qui montre que « la coopération est la meilleure réponse aux défis mondiaux ».
- Tapis rouge -
Malgré la pollution qui pique les yeux dans la capitale indienne, cet accord est une bouffée d'oxygène pour l'Allemande Ursula Von der Leyen et le Portugais Antonio Costa, le président du Conseil européen, qui menaient la délégation de l'UE en Inde.
A New Delhi, les autorités ont déroulé le tapis rouge à ce tandem européen, invité d'honneur du défilé militaire lors de la fête de la République indienne.
Des affiches à leur effigie ornaient les lampadaires à travers la ville.
Antonio Costa, dont la famille est originaire de Goa, dans le sud-ouest de l'Inde, a fièrement brandi sa pièce d'identité indienne lors d'une conférence de presse, tandis que le Premier ministre Narendra Modi le célébrait comme « le Gandhi de Lisbonne ».
Pendant ce temps, les médias locaux saluaient la tenue bordeaux et or d'Ursula von der Leyen — un clin d'œil à la mode indienne.
Un contraste saisissant avec les menaces adressées à l'Europe ces dernières semaines par son allié traditionnel, les États-Unis, au sujet du Groenland, un territoire autonome danois convoité par Donald Trump.
Le président américain a finalement fait une spectaculaire volte-face après des discussions avec le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte.
Soulagés, les dirigeants européens ne sont pas dupes et voient dans l'épisode le symptôme d'une relation transatlantique durablement transformée par l'imprévisible locataire de la Maison Blanche.
Maros Sefcovic, le commissaire européen chargé du Commerce, parcourt les journaux chaque matin dans l'attente de « ce qui pourrait encore arriver », a-t-il raconté en souriant à l'AFP. « C'est effectivement un travail difficile... ».
Mais, souligne-t-il, les autres pays doivent aussi composer avec les surprises que les Etats-Unis leur réservent. Et ils redécouvrent les attraits de l'Union européenne, sa prévisibilité et sa stabilité. « L'année écoulée a donné un coup d'accélérateur à la politique commerciale européenne », assure ainsi Maros Sefcovic.
Cherchant à réduire ses dépendances vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, l'UE négocie ou voudrait ouvrir des discussions avec plusieurs pays, comme les Philippines, la Malaisie, les Émirats arabes unis et l'Australie.
L'Inde a elle aussi été échaudée par les droits de douane imposés par la Maison-Blanche en raison de ses achats de pétrole russe, alors même que New Delhi et Washington négociaient — sans succès jusqu'ici — un accord commercial.
Un an après le retour de Donald Trump au pouvoir, l'UE « a appris comment gérer » les hauts et les bas et à ne pas « réagir à chaque message », assure Antonio Costa.
« Nous devons garder notre calme et continuer à avoir une relation respectueuse », explique-t-il à l'AFP. « Dans le même temps, nous devons diversifier nos relations ».
- Pas de psychodrame -
L'accord conclu à New Delhi, en réduisant ou supprimant les droits de douane sur près de 97 % des exportations européennes, donne un accès facilité à un marché de 1,4 milliard d'habitants pour les produits européens : des voitures allemandes en passant par le vin français et l'huile d'olive italienne.
Et cette fois, les produits agricoles les plus sensibles en sont exclus, afin d'éviter le psychodrame de l'accord commercial avec les pays latino-américains du Mercosur, qui a poussé de nombreux agriculteurs dans la rue et le Parlement européen à saisir la justice.
Malgré quelques points sensibles sur l'acier ou sur le mécanisme de taxe carbone aux frontières de l'Europe, le terrain paraît déminé avec l'Inde.
Les dirigeants européens espèrent aussi que ce rapprochement diplomatique encouragera le géant sud-asiatique à se détourner de la Russie.
Neutre sur la guerre en Ukraine, New Delhi dépend depuis des décennies de Moscou pour des équipements militaires clés, mais cherche à diversifier ses importations et à développer sa production.
Parallèlement à l'accord commercial avec l'UE, un partenariat de sécurité offrira de « nouvelles opportunités » aux entreprises de défense, a mis en avant le Premier ministre indien Narendra Modi.
L'Inde voudrait accueillir une production conjointe d'équipements militaires européens, a expliqué le secrétaire aux Affaires étrangères Vikram Misri, en niant tout éloignement vis-à-vis de la Russie.
Certes, le défilé militaire de lundi a mis en scène des hélicoptères et avions russes, aux côtés de danseurs et de cascadeurs à moto. Mais il s'est achevé par le passage en rase-motte d'un escadron d'avions français Rafale, récemment acquis. De bon augure pour l'avenir, veut croire l'Europe.


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