Un soldat syrien monte la garde sur la route menant à Hassaké, après le retrait des forces kurdes, dns le nord-est de la Syrie, 20 janvier 2026. Photo Khalil Ashawi/Reuters
Malgré l’accord de cessez-le-feu signé dimanche entre le président syrien Ahmad el-Chareh et les forces kurdes, le Nord-Est syrien a été le théâtre mardi pour un quatrième jour consécutif de nouvelles avancées de l’armée gouvernementale sur plusieurs fronts à l’est de l’Euphrate. Les troupes de Damas, épaulées par des forces tribales alliées au gouvernement, ont principalement poursuivi leur progression au nord de Raqqa et de Deir Ez-Zor, conquises dimanche au fil de l’offensive lancée samedi contre les territoires jusqu’ici contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS), sous commandement kurde.
« Nous défendrons Hassaké »
Joint par L’Orient-Le Jour, Siamand Ali, porte-parole des Unités de protection du peuple (YPG), la branche armée du parti kurde syrien (PYD), a indiqué que les forces de l’armée syrienne sont désormais positionnées dans la périphérie sud de Hassaké, grande ville à majorité arabe du Nord-Est, devenue un bastion des différentes factions kurdes. « Les derniers affrontements se sont déroulés à environ 30-40 km du centre-ville de Hassaké », nous a affirmé Siamand Ali, ajoutant que les combattants kurdes se préparaient à « défendre la ville ».
Cette avancée des troupes gouvernementales s’est également étendue le long de la frontière irakienne, à l’extrême-est du pays, dans la ligne de la prise dimanche de deux champs pétrolifères et gaziers parmi les plus importants du pays. L’armée syrienne, épaulée par des factions tribales alliées à Damas, est notamment arrivée à l’entrée du camp d'al-Hol, où sont détenues près de 40 000 personnes, principalement des femmes et des enfants issus de familles de jihadistes de l’État islamique (EI).

Les FDS ont été « contraintes de se retirer » d’al-Hol, situé à une quarantaine de kilomètres à l’est de Hassaké, a annoncé vers 16h (heure locale) le commandement kurde. « En raison de l'indifférence de la communauté internationale à l'égard du dossier Daech, nos forces ont été contraintes de se retirer du camp d’al-Hol », ont-elles écrit sur leur compte officiel, tout en exhortant la coalition internationale à « sécuriser les camps de prisonniers de l'EI ». En parallèle, le ministère syrien de l'Intérieur a affirmé que les gardes des FDS avaient « abandonné le camp », permettant ainsi aux détenus de s'échapper. « Aujourd'hui, les éléments chargés de garder le camp d'al-Hol se sont retirés sans aucune coordination avec le gouvernement syrien ou la coalition internationale », a déclaré le ministère dans un communiqué.
La question de la gestion de ces prisons composées de détenus de l’EI est l’une des nombreuses pommes de discorde entre les deux parties. En plus de s’accuser l’un et l’autre de violer le cessez-le-feu depuis dimanche, les deux camps se rejettent mutuellement la responsabilité de la libération présumée de dizaines de détenus jihadistes. Ce fut également le cas lundi à al-Chadadi, au sud de Hassaké, où 1 500 détenus jihadistes se seraient échappés de la prison locale, selon les FDS. A contrario, Damas a parlé de « 120 détenus » liés à l’EI qui auraient été « relâchés par les FDS », tout en affirmant les avoir « recapturés ».
« La mission des FDS contre Daech est devenue obsolète »
« Nos forces sont toujours positionnées sur les lignes de défense proches d’al-Hol », a cependant précisé Siamand Ali, qui déplore par ailleurs le manque de soutien de la coalition internationale contre l’EI, parrainée par les États-Unis. « Nous n’avons reçu aucun soutien militaire de la part des États-Unis et du reste de la coalition internationale. (…) Il semble que l’Amérique ne soit pas très soucieuse de la sortie d’éléments de Daech », a poursuivi le porte-parole des YPG, alors que Hassaké abrite la prison d’al-Sinaa, autre centre pénitencier hébergeant des jihadistes.
Ces déclarations ont précédé deux annonces sans équivoque venues de Washington sur la question. Les deux émissaires américains, Steve Witkoff et Tom Barrack, ont respectivement estimé que le pouvoir syrien était désormais « prêt à assurer la sécurité des centres de détention de jihadistes », et que « la mission initiale des FDS, en tant que principale force anti-EI sur le terrain, est largement devenue obsolète ».
La progression inexorable de l’armée syrienne s’est par ailleurs prolongée sur un deuxième axe. Outre celui de Hassaké, les forces de Damas ont effectué plus à l’ouest une percée en direction de la ville de Kobané (également appelée Aïn el-Arab), encore tenue par les FDS, à l’est du barrage de Techrine.
Ce point stratégique, théâtre de combats récurrents entre les deux camps depuis plus d’un an, est tombé lundi dans le giron de Damas, après le retrait des combattants kurdes. Moins de 24 heures plus tard, des blindés de l’armée syrienne ont traversé l’Euphrate vers l’Est en direction de la ville de Sarrine, où sont entrés mardi après-midi des blindés de l’armée syrienne, selon des images partagées par des soldats syriens disponibles sur les réseaux sociaux. « Nos forces repoussent les attaques intenses lancées par les factions de Damas contre les villages de Hamdoun, Qibah et Ja'da », au sud de Kobané, ont par la suite affirmé les FDS.
Cessez-le-feu de « quatre jours » accordé aux Kurdes
En fin de journée, et alors que certaines sources affirmaient que les contacts étaient « rompus » entre Damas et les Kurdes, la présidence syrienne a annoncé avoir conclu un nouvel accord selon lequel les FDS disposent de « quatre jours » pour s'entendre sur un « plan d'intégration pratique de la province de Hassaké » à l’État syrien. « Nous annonçons un cessez-le-feu à partir de 20h (heure locale) pour une durée de quatre jours (…) en respect de l'entente entre l’État syrien et les FDS », a précisé le ministère syrien de la Défense. Alors qu’une entrée dans Hassaké semblait imminente quelques heures plus tôt, Damas a assuré que ses forces « n'entreront pas dans les centres-villes de Hassaké et de Qamishli et resteront dans leurs environs », selon un communiqué cité par l’agence officielle Sana.
Dans la foulée, le commandement kurde a annoncé son « engagement total » envers cette nouvelle trêve conclue avec Damas, 48 heures après l’échec de celle proclamée dimanche entre Ahmad el-Chareh et Mazloum Abdi. « Les FDS n'engageront aucune action militaire à moins que leurs forces ne soient victimes d'attaques à l'avenir », ont-elles précisé.
Le bilan humain de ces multiples affrontements qui ont émaillé ces quatre derniers jours le Nord-Est syriens est difficile à établir. Au moins une personne aurait été tuée mardi dans des échanges de tirs autour d'al-Hol, toujours selon l'agence Sana, qui accuse les FDS. La veille, l’armée syrienne avait fait état de « trois morts et plusieurs blessés » dans ses rangs, tandis que les FDS faisaient part quant à eux de « neuf morts et 20 blessés » dans leurs rangs dans des affrontements à Raqqa.



