Nickolay Mladenov, ancien coordinateur de l'ONU pour la paix au Moyen-Orient et nommé comme responsable du Conseil de la paix de Trump pour Gaza, lors d'une visite dans une école de l'enclave palestinienne en 2019. Photo d'archives REUTERS / Ibraheem Abu Mustafa
Les États qui souhaiteraient siéger plus de trois ans au Conseil de la paix pour Gaza pourront le faire, moyennant le versement d'une contribution d'un milliard de dollars, est-il spécifié dans le projet de charte de ce Conseil.
Ce projet de charte, envoyé à une soixantaine de pays par l’administration américaine, précise que « chaque État membre exercera un mandat d’une durée maximale de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente Charte, sous réserve d’un renouvellement par le président ». « La durée d’adhésion de trois ans ne s’appliquera pas aux États membres qui verseront plus d'un milliard de dollars américains en espèces au Conseil de la paix au cours de la première année suivant l’entrée en vigueur de la Charte. » « Cela offre simplement une adhésion permanente aux pays partenaires qui démontrent un engagement profond en faveur de la paix, de la sécurité et de la prospérité », a écrit la Maison-Blanche à ce propos dans un message publié sur son compte X.
Le conseil aura pour mission de superviser la phase 2 du plan de Donald Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza, après trois mois de fragile cessez-le-feu obtenu sous la pression de Washington.
L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair, nommé au comité exécutif du Conseil de paix de Donald Trump, a refusé d'avaliser cette demande de financement du dirigeant américain, selon le média Bloomberg News. Un porte-parole de Tony Blair a ainsi déclaré que ce dernier n’est pas impliqué dans la détermination de l’adhésion au conseil, indiquant qu’il ne soutiendrait pas publiquement cette proposition. Le porte-parole a ajouté que les questions concernant les frais d’un milliard de dollars devaient être adressées à l’administration Trump.
Selon une copie de la lettre et du projet de charte, le Conseil serait présidé à vie par Donald Trump. Il commencerait par traiter le conflit à Gaza avant d’être élargi à d’autres conflits. Un mandat pour un Conseil de la paix avait été autorisé par le Conseil de sécurité des Nations unies en novembre, mais uniquement jusqu’en 2027 et exclusivement pour le conflit à Gaza. La Russie et la Chine, deux membres permanents disposant d’un droit de veto, s’étaient abstenues, estimant que la résolution ne donnait pas à l’ONU un rôle clair dans l’avenir de l'enclave palestinienne.
Inquiétude de l'ONU
La plupart des gouvernements ayant reçu une invitation à rejoindre le Conseil ont réagi avec prudence depuis l'annonce de sa mise sur pied. L’inclusion d’une « charte » dans la lettre d’invitation a suscité des inquiétudes parmi certains gouvernements européens, qui craignent qu’elle ne mine le rôle des Nations unies, institution que Trump accuse de ne pas soutenir ses efforts pour mettre fin aux conflits mondiaux. « C’est une « ONU version Trump » qui ignore les principes fondamentaux de la Charte des Nations unies », a déclaré un diplomate. Trois autres diplomates occidentaux ont estimé que le projet risquait d’affaiblir l’ONU s’il voyait le jour. Trois autres diplomates ainsi qu’une source israélienne ont indiqué que Trump souhaitait à terme donner au Conseil de la paix un rôle élargi au-delà de Gaza, pour superviser d’autres conflits qu’il affirme avoir résolus. Un porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Farhan Haq, a affirmé qu'Antonio Guterres « estime que les États membres sont libres de s’associer dans différents groupes », en réponse à une question sur le projet de charte américaine. « Les Nations unies poursuivront leur travail conformément à leur mandat », a ajouté M. Haq.
Sans évoquer directement le projet, Annalena Baerbock, présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, a rappelé que les Nations unies demeurent la seule institution dotée de la légitimité morale et juridique pour rassembler toutes les nations, grandes ou petites. « Et si nous remettons cela en question… nous replongeons dans des temps très, très sombres », a-t-elle fait savoir, dans un entretien à Sky News, soulignant qu’il appartenait à chaque État de décider de sa position.
Ce papier est une traduction de dépêches publiées en anglais par l'agence Reuters.


