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Crier la violence faite aux femmes

Crier la violence faite aux femmes

D.R.

Chansons pour les ténèbres d’Imane Humaydane, Verticales, 2025, 288 p.

a y est, j’ai finalement dû me résoudre à partir moi aussi. » Ainsi, c’est par une rupture que s’ouvre ce roman, retraçant la saga d’une famille de la montagne libanaise. Asmahan qui vient, en 1982, de plier bagage – elle aussi – pour New York, remonte dans la mémoire intime de quatre générations de femmes, jusqu’à l’arrière-grand-mère Chahira, en 1908.

Elle relate donc quasiment un siècle de vicissitudes, de l’Empire ottoman jusqu’à l’exil, tressant les destinées individuelles aux événements nationaux, mettant en écho des rencontres, des unions mais également des divorces, avec par exemple, la montée du nassérisme – « … le choc de la mort de Abdel Nasser la poussa à sortir pieds nus dans la rue, à errer jusqu’à ne plus savoir retourner chez elle » –, le Pacte de Bagdad qui mit le feu aux poudres en 1958, le coup d’État avorté du Parti national syrien du 31 décembre 1961 et la répression qui s’en suivit ou l’entrée en action de la Résistance palestinienne à partir du territoire libanais, mêlant les petites histoires à la grande, modulant le vécu des personnages aux turpitudes de leur époque.

Personnages dont l’épaisseur humaine et psychologique en font de véritables personnes vivantes avec leurs blessures et leurs chansons, leurs traumas et leurs espoirs.

Surtout les femmes.

Chansons pour les ténèbres est un roman féministe, peut-on dire, qui chante la souffrance des femmes, qui crie la violence qui leur est faite.

Celle de Yasmine, mariée à 15 ans, qui meurt en couche. Celle de Leïla qui épouse Salem, un cousin plus âgé et brutal – il sera ultérieurement candidat malheureux aux élections. Il la bat pour un rien. S’il perd aux courses ou non – alors qu’elle porte un enfant d’un autre, un être aimé qui l’abandonne. Celle d’Asmahan qui se heurte à la violence institutionnelle, à l’inégalité devant une loi oppressive implacable lui faisant perdre la garde de son fils lorsque celui-ci atteint ses sept ans. Celle de Chahira enfin, qui incarne la résistance au système patriarcal. Cet épisode où elle promet à la responsable d’une mission étrangère toutes les denrées alimentaires dont elle aurait besoin en contrepartie de quoi elle accepterait de scolariser ses quatre enfants, est magnifique.

À ne pas en douter, ce cinquième roman d’Imane Humaydane dont les quatre précédents sont traduits dans plusieurs langues, aura une suite qui tentera de percer tous nos obscurantismes.


Chansons pour les ténèbres d’Imane Humaydane, Verticales, 2025, 288 p.a y est, j’ai finalement dû me résoudre à partir moi aussi. » Ainsi, c’est par une rupture que s’ouvre ce roman, retraçant la saga d’une famille de la montagne libanaise. Asmahan qui vient, en 1982, de plier bagage – elle aussi – pour New York, remonte dans la mémoire intime de quatre générations de femmes, jusqu’à l’arrière-grand-mère Chahira, en 1908.Elle relate donc quasiment un siècle de vicissitudes, de l’Empire ottoman jusqu’à l’exil, tressant les destinées individuelles aux événements nationaux, mettant en écho des rencontres, des unions mais également des divorces, avec par exemple, la montée du nassérisme – « … le choc de la mort de Abdel Nasser la poussa à sortir pieds nus...
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