Le ministre des Affaires étrangères libanais Joe Raggi. Photo fournie par le bureau de presse du ministère des Affaires étrangères
Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a qualifié mercredi le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, affilié aux Forces libanaises (FL), de « milicien », en réponse à la déclaration du chef de la diplomatie selon lequel l’armée libanaise était « capable d’affronter militairement le Hezbollah si nécessaire ».
Les déclarations de M. Raggi, lors d’un forum virtuel sur la politique étrangère organisé par le Washington Institute for Near East Policy le 23 décembre, ont été reprises mercredi par la chaîne saoudienne Al-Arabiya et plusieurs médias locaux, deux semaines après l’entretien et neuf jours après sa publication sur le site de l'institut, le 29 décembre.
Ces propos ont refait surface alors qu’Israël a intensifié ces derniers jours ses attaques contre le Hezbollah. Le comité de supervision du cessez-le-feu de novembre 2024 s'est réuni mercredi, et le gouvernement doit prendre connaissance jeudi du bilan mensuel du commandant de l’armée sur la mise en œuvre du plan de désarmement des milices. Ce plan doit bientôt passer à sa deuxième phase, le désarmement au nord du Litani, auquel le Hezbollah s’oppose fermement.
Commentant le refus du Hezbollah de remettre ses armes au nord du Litani, sous prétexte que l’accord de cessez-le-feu ne concerne que la zone au sud du fleuve, M. Raggi a déclaré au Washington Institute : le Hezbollah «refuse de se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et aux dispositions de l’accord de cessez-le-feu de 2024 qui prévoit le désarmement total sur l’ensemble du Liban. Les textes sont très clairs : soit le Hezbollah ment, soit il ne sait pas lire ». L’accord de cessez-le-feu se réfère à la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU (2006), qui appelle au désarmement de toutes les milices au Liban.
« Aujourd’hui, le groupe menace d’une guerre civile si l’armée libanaise poursuit le processus au nord du Litani. Les dirigeants iraniens menacent également d’utiliser la violence. Ces avertissements constituent un chantage à l’encontre du gouvernement libanais. Le Hezbollah cherche à gagner du temps, à se reconstituer et à poursuivre sa domination sur le pays (…) Quoi qu’il en soit, l’armée libanaise est capable d’affronter militairement le Hezbollah si nécessaire », a ajouté le ministre des Affaires étrangères, qui fait partie de la quote-part des FL au sein du gouvernement.
En réaction à ces propos, M. Fadlallah a déclaré mercredi : « Il est clair que, en tant que membre d’une milice ayant participé à la guerre civile contre le peuple libanais, il ne distingue pas son affiliation au conseil de guerre de son rôle en tant que membre du gouvernement ». Il a ajouté que M. Raggi « vit encore dans la culture de la guerre où il a été formé, au sein de son parti qui se spécialisait dans l’élimination de l’armée nationale et cherche toutes les occasions pour cibler (l’armée), l’État et le peuple libanais, mais ses illusions échoueront une fois de plus ».
Concernant les efforts de désarmement par l’armée libanaise, M. Raggi a souligné que celle-ci « ne peut pas désarmer et démanteler simultanément le Hezbollah au sud et au nord du Litani », précisant que « pendant que l’armée poursuit ses opérations intensives dans le Sud, elle travaille à contenir les armes du groupe au Nord ». Il a insisté sur le fait que « la stratégie de containment (endiguement) n’est pas une alternative au désarmement », ajoutant que, lorsque l’armée passera à la deuxième phase, elle « poursuivra le processus de désarmement dans chaque région jusqu’à ce que le Hezbollah soit totalement dépouillé de ses armes ».

