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Monde - Disparition

« Acteur et témoin lucide du nationalisme algérien », Mohammed Harbi est mort à 92 ans

Ce militant engagé dans la bataille de l’indépendance de l’Algérie est mort le 1er janvier à Paris. Il avait déconstruit les récits héroïsant d'« un peuple unanime dans sa guerre pour l'indépendance ».

« Acteur et témoin lucide du nationalisme algérien », Mohammed Harbi est mort à 92 ans

L’historien algérien Mohammed Harbi en février 2005 à Paris. Photo d'archives Boyan Topaloff/AFP

« La disparition de Mohammed Harbi est une grande perte pour l'Algérie et le monde arabe car il fut un acteur et un témoin lucide du nationalisme algérien et de la guerre de l’indépendance », affirme l’un des meilleurs experts de ce pays, Benjamin Stora.

Harbi, militant de la cause algérienne, est mort le 1er janvier à 92 ans à Paris sans avoir pu revoir pendant près de 20 ans son pays natal qu’il a fui en 1973 après avoir été torturé par les sbires de Houari Boumediene. Il fait figure d’exception pour avoir su allier le courage physique en participant à la révolution algérienne contre le colonialisme français et la hardiesse intellectuelle en osant déconstruire l’idéologie officielle établie par le FLN.

Cet historien rigoureux, d’une grande probité , a d’abord été un dirigeant de la Fédération de France du FLN entre 1954 et 1958, puis il a participé comme collaborateur du vice-président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Krim Belkacem, aux accords d’Evian de 1962 pavant la voie à l’indépendance de l’Algérie après 132 ans de colonisation française.

« Un livre qui balaie la mythologie du peuple anonyme et unanime »

Conseiller du premier président Ahmed Ben Bella, appartenant à la gauche du FLN, il est emprisonné en 1965 par Houari Boumedienne.

« Pour moi, le premier coup de tonnerre a eu lieu en 1975 avec son premier livre Aux origines du FLN où l’on découvre les auteurs de la révolution avant son déclenchement en 1954. C’est un livre qui balaie la mythologie du « peuple anonyme et unanime » se débarrassant de l’occupation française. « La réalité était beaucoup plus complexe », confie à L’Orient-Le Jour Benjamin Stora, qui préparait à cette époque sa thèse sur Messali Hadj, le premier héraut de l’indépendance.

Car la lutte pour l'indépendance de l’Algérie a eu un écho considérable dans le monde arabe en plein acmé du nationalisme. Le mouvement palestinien et d’autres mouvements de libération dans le tiers-monde vont s’en inspirer, la glorifier, la mythifier.

Son second ouvrage, Le FLN mirage et réalité qui paraît en 1980, est un second bâton de dynamite qui fait voler en éclats avec plus de force le mythe du peuple uni dans son combat. « Ce livre, qui couvre toute la guerre de 1954 à 1962, a été un événement considérable dans l’écriture de cette histoire car il met l’accent sur la violence de la construction du FLN et son emprise par la force dans les villes et la campagne », souligne M. Stora.

Il détaille avec justesse les pratiques du FLN pendant la guerre, de la constitution d’un appareil bureaucratique s’élevant au-dessus de la société et confisquant les acquis de cette action anticoloniale.

« Déconstruction des mythes fondateurs »

« Il raconte la guerre dans la guerre, c'est-à-dire l’affrontement meurtrier entre le FLN et les militants restés fidèles à Messali Hadj, et décrit les luttes intestines, complots, assassinats et règlements de comptes pour la conquête du pouvoir », rappelle M. Stora.

« Les livres de Harbi ont été pour moi de véritables marqueurs, ainsi que pour toute une génération d’intellectuels algériens, car il a insisté sur la nécessité de procéder à la déconstruction des mythes fondateurs de l’histoire algérienne pour parvenir à une sécularisation de l’histoire de ce pays. Il a été un éveilleur irremplaçable dans la connaissance de l’histoire de l’Algérie contemporaine. »

Au-delà de son travail d’historien, Mohammed Harbi était un défenseur des droits humains. Esprit libre et indépendant, critique acerbe du régime au pouvoir à Alger, il avait vu dans le Hirak les manifestations hebdomadaires massives entre 2019 et 2020, un soulèvement profondément légitime, né d’un rejet massif de la dépossession politique qui avait marqué l’Algérie depuis l’indépendance.

« La disparition de Mohammed Harbi est une grande perte pour l'Algérie et le monde arabe car il fut un acteur et un témoin lucide du nationalisme algérien et de la guerre de l’indépendance », affirme l’un des meilleurs experts de ce pays, Benjamin Stora.Harbi, militant de la cause algérienne, est mort le 1er janvier à 92 ans à Paris sans avoir pu revoir pendant près de 20 ans son pays natal qu’il a fui en 1973 après avoir été torturé par les sbires de Houari Boumediene. Il fait figure d’exception pour avoir su allier le courage physique en participant à la révolution algérienne contre le colonialisme français et la hardiesse intellectuelle en osant déconstruire l’idéologie officielle établie par le FLN.Cet historien rigoureux, d’une grande probité , a d’abord été un dirigeant de la Fédération...
commentaires (1)

Que Mohammed Harbi reste vivant dans nos mémoires. Il nous a montré la voie. Il a lutté pour la libération et lutté pour la liberté de pensée. La seconde lui a coûté une grande solitude et l’exil; elle nous a aussi inspiré une immense admiration dont il ne tirait aucun orgueil . Il était le visage magnifique de l’Algerie; la rigueur, le courage, et la douceur mêmes. Vive sa vie et ses écrits dans nos esprits et dans nos cœurs.

Eddé Dominique 4037

11 h 29, le 03 janvier 2026

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Commentaires (1)

  • Que Mohammed Harbi reste vivant dans nos mémoires. Il nous a montré la voie. Il a lutté pour la libération et lutté pour la liberté de pensée. La seconde lui a coûté une grande solitude et l’exil; elle nous a aussi inspiré une immense admiration dont il ne tirait aucun orgueil . Il était le visage magnifique de l’Algerie; la rigueur, le courage, et la douceur mêmes. Vive sa vie et ses écrits dans nos esprits et dans nos cœurs.

    Eddé Dominique 4037

    11 h 29, le 03 janvier 2026

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