Le président de la République, Joseph Aoun, et le chef du législatif, Nabih Berry, à Baabda, le 8 septembre 2025. Photo tirée du compte X de la présidence photo 26 décembre
Ce n’est pas exactement ce que voulaient les anti-Hezbollah. Le président de la République, Joseph Aoun, et le Premier ministre, Nawaf Salam, ont signé mercredi un décret ouvrant une session extraordinaire du Parlement à partir du 2 janvier 2026. Sauf que contrairement aux attentes des détracteurs du tandem chiite, l’agenda n’inclut pas l’amendement de la loi électorale notamment pour ce qui est des modalités de vote des expatriés aux législatives de mai 2026, à l’heure où le président de la Chambre, Nabih Berry, refuse catégoriquement de mener ce débat au Parlement, contrairement à la volonté d’une majorité claire. Partant, la démarche du chef de l’État est donc le fruit d’un minutieux calcul politique : il s’agit de défricher le terrain devant l’adoption de certains textes exigés par la communauté internationale – dont le budget 2026 et la loi sur le trou financier – sans pour autant froisser complètement M. Berry, et derrière lui le Hezbollah, en plein désarmement de ce dernier. Joseph Aoun veut donc rester fidèle à la stratégie qu’il adopte depuis le début de son mandat… espérant pouvoir en récolter les fruits au niveau d’autres dossiers.
La signature d’un tel décret est une prérogative que l’article 33 de la Constitution accorde au président de la République et au Premier ministre. Ce texte stipule que « le chef de l’État peut, en accord avec le Premier ministre, ouvrir des sessions extraordinaires du Parlement, tout en précisant les dates d’ouverture et de fin, ainsi que l’agenda de la session ». Le texte signé mercredi par le duo Joseph Aoun-Nawaf Salam obéit à ces critères. Il stipule en effet que la session en question devrait s’étendre du 2 janvier au 1er mars 2026 inclus. Les députés devraient s’attarder sur le projet de budget 2026, ainsi que sur les projets et propositions de loi déférés à la Chambre, et les textes que le bureau de la Chambre décide de transmettre à l’hémicycle. Une façon pour le chef de l’État de laisser au maître du perchoir (qui aurait été informé de la décision du président) une certaine marge de manœuvre en matière de convocation du Parlement et de mise en place de son ordre du jour. « Le chef de l’État n’a pas le droit d’imposer à la Chambre les textes qu’elle devrait examiner », souligne un proche de Aïn el-Tiné, à l’heure où certains constitutionnalistes affirment que l’article 33 est clair. Il accorde au président la possibilité de définir l’ordre du jour de la session. « Il reste que c’est au bureau de la Chambre (dirigé par le chef du Parlement) de définir l’ordre du jour de chacune des séances plénières de la session », précise un ancien ministre qui a requis l’anonymat.
« Que le Parlement se débrouille »
«Ce n’est pas à la présidence de la République de définir les sujets et l’action du Parlement. C’est au chef du législatif et au bureau de la Chambre qu’incombe cette tâche », appuie un proche de Baabda. Il se fait l’écho de Joseph Aoun qui a expliqué cette position par le principe de séparation des pouvoirs. Un point qu’il a réitéré jeudi depuis le perron de Bkerké. « Nous insistons pour la tenue des élections dans les délais et le Parlement devrait jouer son rôle sur ce plan, à la faveur du principe de séparation des pouvoirs », a-t-il lancé aux journalistes à l’issue de son entretien avec le patriarche maronite, Béchara Raï, peu avant la messe de Noël. Il a souligné que l’exécutif est responsable d’assurer le bon déroulement du scrutin et sa sécurité. Mais au sujet de la loi à appliquer en mai 2026, Joseph Aoun a lancé sans ambages : « Que le Parlement se débrouille ! »
Ces propos traduisent une volonté manifeste du chef de l’État de maintenir ses bons rapports avec Nabih Berry, fer de lance de la bataille contre le vote des expatriés, voulu par les anti- Hezbollah, Forces libanaises en tête. La convocation de la session extraordinaire est d’ailleurs intervenue dans un contexte de tensions – jusqu’ici latentes et contrôlées – entre Baabda et Meerab. Car les FL et leurs alliés anti-Hezbollah boycottent les séances législatives tant que l’amendement de la loi électorale (pour accorder aux expatriés le droit de voter pour les candidats de la métropole) n’est pas débattu. De quoi provoquer la colère du président et du Premier ministre, à l’heure où la communauté internationale attend l’adoption de lois instaurant les réformes exigées par les donateurs. « Le discours du chef de l’État à Bkerké est adressé à ceux qui bloquent l’action du législatif », lance dans ce cadre un proche de Baabda.
En face, Samir Geagea, qui multiplie depuis des semaines ses critiques au tandem Aoun-Salam, estime toujours que le président de la République est la seule personne capable de sauver le scrutin et le droit des expatriés à voter pour les sièges de la métropole. Au point de ne pas voir en le décret de mercredi n’incluant pas la loi électorale une pique en direction de Meerab. « Joseph Aoun s’est conformé à la Constitution. Il ne peut faire plus que cela », commente le porte-parole du parti, Charles Jabbour, affirmant que les FL poursuivront leur forcing pour voir Joseph Aoun adresser à la Chambre une lettre demandant un débat parlementaire autour du vote des expatriés, comme l’avait demandé Samir Geagea lors d’un point de presse la semaine dernière. « C’est la seule solution encore disponible », affirme M. Jabbour. Comprendre : pour les FL, ce n’est pas le bon moment pour couper tous les ponts avec Joseph Aoun.




Berri s’immisce dans toutes les affaires de l’état que ça soit législatives exécutives ou judiciaires maintenant on nous parle de séparation des pouvoirs. ( what a joke).
14 h 39, le 28 décembre 2025