Le général Mohammad Ali al-Haddad dans la capitale libyenne Tripoli, le 2 octobre 2018. Photo AFP
Le chef d'état-major libyen et quatre de ses conseillers ont été tués mardi soir dans l'accident de leur avion, victime d'une panne électrique moins d'un quart d'heure après son décollage de la capitale turque Ankara.
« C'est avec une profonde tristesse et une grande affliction que nous avons appris la nouvelle du décès du chef d'état-major général de l'armée libyenne, le général de corps d'armée Mohammad Al-Haddad », a annoncé le Premier ministre libyen, Abdelhamid Dbeibah, sur sa page officielle sur Facebook.
Selon le directeur de la communication de la présidence turque Burhanettin Duran, l'appareil, qui transportait huit personnes au total - cinq responsables militaires libyens et trois membres d'équipage-, « a signalé une urgence due à un dysfonctionnement électrique au contrôle aérien et a demandé un atterrissage d'urgence » seize minutes seulement après son décollage.
« L'avion, qui avait entamé sa descente pour un atterrissage d'urgence, a disparu des écrans radar et aucun contact n'a été établi depuis » a-t-il ajouté.
Le ministre turc de l'Intérieur Ali Yerlikaya a annoncé en fin de soirée que l'épave de l'appareil, un Falcon-50, avait été découverte à une cinquantaine de kilomètres au sud-est d'Ankara.
Le contact a été perdu environ quarante minutes après le décollage, à 20H52 (17H52 GMT), avec « le jet d'affaires Falcon 50, numéro de queue 9H-DFJ, qui a décollé de l'aéroport d'Ankara Esenboga à 20H10 pour Tripoli », avait-il annoncé sur X.
Selon lui « une demande d'atterrissage d'urgence a été reçue près de Haymana », à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale.
Outre le général Mohammed Ahmed Al-Haddad, se trouvaient également à bord « son conseiller Mohammed Al-Assawi, le général de division Al-Fitouri Ghraibil, le général de division Mohammed Jumaa et leur accompagnateur Mohammed Al-Mahjoub », a énuméré le ministre libyen à la Communication et aux Affaires politiques, Walid Ellafi, en direct sur la chaine Libya al-Ahrar.
Le parquet d'Ankara a ouvert une enquête sur l'accident, a annoncé le ministre turc de la Justice Yilmaz Tunç.
Haymana est situé sur le plateau d'Anatolie, peu accidenté et peu boisé. Malgré la pluie, la météo nationale turque n'a pas fait état de perturbation particulière dans la zone.
« Comme une bombe »
Un habitant, Burhan Cicek, a rapporté avoir « entendu le bruit d'une énorme explosion. Comme une bombe », a-t-il confié au photographe de l'AFP.
L'ambassadeur de Libye à Ankara s'est rendu sur les lieux de l'accident, a-t-il constaté, tandis que la presse était tenue à l'écart du site dans un rayon d'un kilomètre environ.
Plusieurs chaînes de télévision turques privées et l'agence étatique de presse Anadolu ont diffusé des images montrant le ciel s'illuminant sous l'effet d'une explosion, non loin du lieu supposé où l'appareil aurait émis son dernier signal.
Les images des télévisions montraient les équipes de secours opérant à la lumière de leurs torches dans une nuit noire pour identifier les débris de l'appareil.
L'aéroport international d'Ankara, fermé en milieu de soirée au trafic aérien, a rouvert et fonctionne normalement, a rapporté la chaine privée NTV.
Le chef d'état-major libyen s'était rendu mardi à Ankara pour une visite officielle à l'invitation de son homologue turc.
Il a aussi été reçu mardi par le ministre turc de la Défense et le chef d'état-major turc, dans l'une des fréquentes visites que se rendent les responsables des deux pays.
La Turquie est un allié de poids du gouvernement de Tripoli, reconnu par l'ONU, au côté duquel elle est engagée y compris militairement depuis janvier 2020, lui fournissant notamment des drones de combat et des instructeurs militaires mais également un soutien économique.
La Libye peine à retrouver la stabilité depuis le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011. Deux exécutifs s'y disputent le pouvoir: le gouvernement d'unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah ; l'autre à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils.
Ankara qui avait appuyé les autorités de Tripoli face à l'opération militaire des forces du maréchal Haftar s'est néanmoins rapproché ces derniers mois de l'homme fort de Benghazi: le chef du renseignement turc (MIT) Ibrahim Kalin lui a ainsi rendu visite en août après que le fils du maréchal, Saddam Haftar, eut été reçu dans la capitale turque en avril.
Ankara est également intervenu pour faciliter la conclusion d'un accord cet automne entre Tripoli et un puissant groupe armé de l'ouest, la Force Radaa, mettant ainsi fin à des mois de tension autour de la capitale.

