Le chef des Forces Libanaises (FL), Samir Geagea, lors d'un dîner organisé par son parti mardi 16 décembre 2025. Photo publiée sur le site des FL
Le chef des Forces Libanaises (FL), Samir Geagea, s'en est pris vertement au président du Parlement, Nabih Berry, l'accusant d'avoir « transformé » la Chambre en « une ferme », et a appelé à « faire pression sur les députés (...) afin qu’ils n’assistent pas à la séance » parlementaire prévue jeudi, à l'instar de sa formation.
Ces propos ont été tenus lors d’un discours prononcé mardi au dîner annuel du service médical des FL, alors qu’une séance parlementaire doit se tenir jeudi sans que Nabih Berry n’ait, une nouvelle fois, inscrit à l’ordre du jour la proposition d’amendement de la loi électorale. Cette proposition vise à permettre aux expatriés de voter pour l’ensemble des 128 députés du Parlement, et non pour six sièges spécifiques, comme le prévoit la loi en vigueur. Les FL, aux côtés des Kataëb, avaient déjà annoncé mardi leur décision de boycotter la séance parlementaire.
Samir Geagea a exhorté « tous ceux qui (...) souhaitent que les expatriés puissent voter depuis leur lieu de résidence à l’étranger pour l’ensemble des 128 sièges parlementaires, à exercer des pressions sur les députés qu’ils ont élus afin qu’ils n’assistent pas à la séance », ajoutant que « contrairement à ce que prétend l’autre camp, il ne s’agit pas d’un blocage du Parlement, mais exactement du contraire : c’est une manière de le faire revivre ». Les principaux détracteurs de l'amendement de la loi électorale sont le tandem chiite, Amal et Hezbollah, et le Courant patriotique libre (CPL, aouniste).
« Je le dis clairement : la première institution qui ne fonctionne pas comme il se doit est le Parlement, dont le travail est entaché de graves dysfonctionnements, et que Berry a transformé en une ferme, selon ses besoins personnels et ceux du camp auquel il appartient, ni plus ni moins », a lâché Samir Geagea. Les FL soupçonnent leurs adversaires politiques de craindre le vote des expatriés.
Il a précisé que « depuis sept mois, plusieurs députés ont déposé une proposition de loi urgente et revêtue du caractère de double urgence visant à modifier la loi électorale », rappelant que « toute proposition de loi urgente et revêtue du caractère de double urgence doit être inscrite à l’ordre du jour : soit de la première séance législative suivant son dépôt, soit, au plus tard, de la deuxième. Pourtant, Berry ne l’a inscrite ni à l’ordre du jour de la première séance, ni de la deuxième, ni de la cinquième, ni même de la dixième », a fustigé M. Geagea.
« Des prétextes totalement infondés »
Dans la journée de mercredi, le chef des FL est revenu à la charge et s'en est pris, dans un communiqué, aux « prétextes fallacieux » de ses adversaires pour ne pas inscrire à l'ordre du jour l'amendement de la loi électorale. « Les prétextes avancés par certains pour justifier leur participation à la séance de demain, sous couvert de la présence de lois à caractère social à l’ordre du jour, ou encore de l’argument selon lequel des prêts de la Banque mondiale accordés au Liban deviendraient caducs s’ils n’étaient pas approuvés, sont totalement infondés », a écrit Samir Geagea.
Le vice-président du Parlement, Élias Bou Saab, a affirmé mercredi, plus tôt dans la journée, que « le président (Joseph Aoun) souhaite que tous les députés assistent à la séance législative parce qu'il y a des lois à étudier qui importent aux citoyens, comme les lois de réforme et d'autres reliées à des accords avec la Banque mondiale », soulignant que « nous avons besoin de légiférer ». Il a aussi rappelé que « la paralysie nuit aux Libanais, au gouvernement et au mandat (de Joseph Aoun), surtout dans les conditions difficiles que traverse le Liban ».
Sans nommer M. Bou Saab, Samir Geagea a critiqué ces propos : « Tout cela constitue erreur sur erreur. Les prêts de la Banque mondiale demeurent valables même s’ils ne sont pas approuvés durant cette période ». Par ailleurs, toute loi adoptée dans un tel climat serait une loi bancale, adoptée de manière bancale, par un Parlement lui-même géré de façon bancale » a-t-il poursuivi. Avant de lancer : « Quiconque se soucie réellement des intérêts des citoyens et de leurs conditions de vie doit, avant toute chose, œuvrer de concert avec tous afin de mettre un terme aux dysfonctionnements qui caractérisent actuellement la gestion du Parlement ».
La séance du 18 décembre devrait être l'occasion de poursuivre l'étude de l’ordre du jour entamé le 29 septembre avant que la séance ne soit avortée par un défaut de quorum provoqué par le camp anti-Hezbollah, qui réclame un débat autour du vote des expatriés lors des législatives de 2026. M. Berry avait tenté, à deux reprises, de convoquer de nouveau les députés, mais une majorité ne s'est pas rendue à la séance, provoquant sa levée. Un scénario qui risque de se reproduire jeudi.



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