Des membres des forces de sécurité montent la garde lors d’une visite du gouverneur régional du Darfour et chef du Mouvement de libération du Soudan (SLM) au camp de déplacés d’Al-Afad, dans la ville d’Al-Dabba, au nord du Soudan, le 26 novembre 2025. Photo archives Ebrahim HAMID / AFP
Des dizaines de civils, dont des enfants, ont été tués dans des frappes de drones attribuées aux paramilitaires sur Kalogi, une ville du Soudan contrôlée par l'armée, dans la région du Kordofan où se concentrent les combats entre camps rivaux, selon un responsable local.
Trois frappes ont touché jeudi « une école maternelle, puis un hôpital », puis « des personnes qui tentaient de secourir les enfants » dans cette ville du Kordofan sud tenue par l'armée, a déclaré à l'AFP Essam al-Din al-Sayed, chef de l'unité administrative de Kalogi, joint par l'AFP via une connexion Starlink. Ce responsable local a imputé l'attaque aux Forces de soutien rapide (FSR), en guerre avec l'armée depuis avril 2023, et leurs alliés du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord dirigé par Abdelaziz al-Hilu.
La vérification des informations au Kordofan est compliquée du fait des difficultés de communication dans une zone peu accessible et le bilan des frappes meurtrières de Kalogi reste incertain. Il n'a pas été possible d'obtenir un commentaire des FSR sur ces attaques.
Le responsable régional joint par l'AFP a fait état de 79 morts dont 40 enfants. Jeudi, l'agence des Nations unies pour l'enfance (Unicef) avait indiqué que l'attaque avait tué plus de 10 enfants de cinq à sept ans, les autorités alignées sur l'armée estimant de leur côté le nombre de morts à 79, dont 43 enfants.
L'Union africaine a fait état de plus de 100 morts dimanche, un chiffre dans un message sur X de son président Mahmoud Ali Youssouf, qui s'est dit « consterné par les atrocités répétées et croissantes commises contre les civils dans la région ». « Tuer des enfants dans leur école est une violation horrible des droits de l'enfant », avait fustigé jeudi Sheldon Yett, représentant de l'Unicef au Soudan, en appelant à une trêve humanitaire. Jusqu'à présent, les efforts internationaux de paix sont restés sans effet, les deux camps s'efforçant de consolider leurs positions sur le terrain avant toute négociation.
La guerre entre l'armée et les FSR a fait des dizaines de milliers de morts et 12 millions de déplacés, plongeant le pays dans ce que l'ONU décrit comme la pire crise humanitaire du monde.
Après avoir pris fin octobre El-Facher, dernier bastion de l'armée au Darfour, (ouest du Soudan) les FSR ont poussé leur offensive dans la région voisine du Kordofan, une zone agricole fertile, riche en or et en installation pétrolières.
Sa position en fait une charnière stratégique pour l'approvisionnement, les mouvements de troupes et les communications. Selon des analystes, la poussée des paramilitaires vise à briser l'arc défensif de l'armée autour du centre du Soudan en vue d'une contre-offensive sur la capitale Khartoum et d'autres villes perdues ces derniers mois.
Les combats ont forcé plus de 40.000 personnes à fuir le Kordofan, selon l'ONU.
« Vague d'atrocités »
Jeudi, le Haut-Commissaire de l'Onu aux droits de l'Homme, Volker Türk, a déclaré craindre « une nouvelle vague d'atrocités » : « il est véritablement choquant de voir l'histoire se répéter au Kordofan si peu de temps après les événements terrifiants d'El-Facher », a-t-il dit en évoquant « des cas de représailles, détentions arbitraires, enlèvements, violences sexuelles et recrutements forcés, y compris d'enfants ».
Depuis fin octobre, la prise d'El-Facher par les FSR a été marquée par des massacres, des viols et des pillages, selon les multiples témoignages d'acteurs humanitaires et de rescapés. Les frappes sur Kalogi interviennent alors que l'armée et les paramilitaires s'accusent mutuellement de frappes meurtrières.
Au nord-Darfour, un camion du Programme alimentaire mondial (PAM) a été attaqué jeudi près de la ville de Hamra El-Sheih, selon l'organisation. Le camion faisait partie d'un convoi d'aide destiné à la ville refuge de Tawila, à 70 km à l'ouest, où ont fui des milliers de civils d'El Facher. L'envoyé spécial américain Massad Boulos a condamné cette attaque samedi en appelant les deux camps à « cesser les hostilités et à autoriser un accès humanitaire sans entrave ».
Vendredi, les FSR ont accusé l'armée d'avoir bombardé le passage d'Adre, à la frontière avec le Tchad, crucial pour le passage des convois humanitaires. Cependant, des sources locales tchadiennes ont évoqué sous couvert d'anonymat une explosion liée à l'incendie d'un camion-citerne.
L'armée accuse les Émirats arabes unis de fournir des armes aux FSR, notamment via le Tchad et la Libye - ce qu'Abu Dhabi nie malgré des preuves documentées de plusieurs rapports internationaux et enquêtes indépendantes.


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