Le président syrien Ahmad el-Chareh lors du Forum diplomatique de Doha, le 6 décembre 2025. Photo AFP
Le président syrien par intérim Ahmed el-Chareh a déclaré samedi que l'insistance d'Israël à réclamer une zone démilitarisée dans le sud de son pays mettait la Syrie dans une « position dangereuse ».
Au cours d’un entretien en marge de sa participation au Forum de Doha, le chef de l'État syrien a souligné que tous les acteurs internationaux soutiennent la demande de Damas « de voir Israël se retirer et revenir à la situation d’avant le 8 décembre », date du renversement du régime de Bachar el-Assad, alors que l’État hébreu continue de mener des opérations militaires à l'est du Golan occupé, dont la plus récente a fait 13 morts.
La Syrie a toujours insisté sur le respect de l'accord de désengagement conclu avec Israël en 1974, qui est « un accord fructueux », et « rechercher d'autres accords, tels que la création d'une zone démilitarisée (...) nous mettrait dans une position grave et dangereuse », a-t-il insisté.
« Des négociations sont en cours et les États-Unis y sont engagés avec nous (...) pour répondre aux préoccupations sécuritaires légitimes et afin que les deux parties se retrouvent dans une situation de sécurité », a-t-il poursuivi, et d'ajouter, non sans ironie : « C’est la Syrie qui subit les attaques israéliennes… alors qui devrait demander en premier une zone tampon et un retrait ? » Il a ajouté que toutes les puissances impliquées soutiennent la demande syrienne d’un « retrait israélien et d’un retour aux positions d’avant le 8 décembre ».
Dans un entretien au « Washington Post » en novembre, le président syrien s'était déjà dit opposé à l'avènement d'une « zone totalement démilitarisée » dans le sud du pays, réclamée par Tel-Aviv. « Pour parvenir à un accord final, Israël doit se retirer aux frontières d’avant le 8 décembre », 2024, avait-il déclaré.
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Accusation de terrorisme
Le nouvel homme fort de Damas a par la suite rejeté les accusations de « terrorisme » dont il a longtemps fait l'objet, avant d'être officiellement retiré de cette liste par le Conseil de sécurité l'ONU le mois dernier avant sa visite à Washington. « Quelle est la définition du terrorisme ? Voilà vingt-cinq ans que nous entendons ce mot, mais il existe beaucoup de confusion dans la compréhension de ce qu’est un terroriste », a-t-il affirmé, avant d'en donner sa définition : « Une personne tuant des innocents, des enfants et des femmes, et recourant à des moyens illégitimes pour nuire aux populations ».
Ce dernier a par la suite glissé un tacle à peine dissimulé à l'État hébreu : « Si nous tentons d’appliquer cette description à plusieurs pays dans le monde, nous constatons que sur le nombre de victimes à Gaza, la plupart sont des innocents », a-t-il poursuivi sous les vifs applaudissements de l'audience.
Côté syrien, une incursion israélienne lancée fin novembre à Beit Jinn, à l’extrême sud du gouvernorat de Damas, s’est terminée dans un bain de sang, avec treize morts. L’État hébreu affirmait que l’opération visait à arrêter trois combattants de la Jamaa Islamiya, une faction alliée au Hamas, mais l’organisation a démenti toute implication. L’aviation israélienne est intervenue après que les soldats, qui avaient pénétré dans le village, se sont retrouvés sous les tirs des habitants qui les avaient encerclés.
« Nous en sommes à 95 % du chemin »
Par rapport aux problèmes intérieurs qui continuent d'agiter la Syrie post-Assad, M. Chareh a par ailleurs fait remarquer que « le nouveau régime ne ressemble pas à l’ancien » et que son gouvernement « travaille à tenir pour responsables ceux qui ont commis des actes que nous condamnons », a rapporté notre journaliste sur place, Laure-Maïssa Farjallah. « Oui, il y a eu des atrocités sur la côte et dans le sud. Nous n’acceptons pas ce qui s’est passé. Mais la loi règne en Syrie. Nous renforçons l’État de droit et le rôle des institutions », a-t-il clamé.
À deux jours du premier anniversaire de la chute de l'ancien dictateur, il a soutenu qu’il n’était « pas d’accord » avec l’affirmation selon laquelle tous les Alaouites soutenaient l'ancien régime. « En fait, ils étaient tous des victimes ».
Il s'est enfin félicité du fait que « les services publics se sont améliorés dans le pays », et que son gouvernement a su « attirer des investissements », avant de réclamer une nouvelle fois la levée définitive de la loi César, le train de sanctions appliqué par les États-Unis depuis 2019 contre le régime Assad, et dont la suspension par le Trésor américain n'est encore que provisoire. « Nous en sommes à 95 % du chemin », a-t-il conclu.



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