D.R.
Né en 1942 à Tannourine, Souheil Matar est l’une des valeurs sûres de la littérature libanaise d’expression arabe. Enseignant dans plusieurs écoles et universités, ancien vice-président des affaires culturelles et des relations publiques à la NDU, ancien conseiller au ministère de l’Éducation nationale, il a à son actif plusieurs essais et recueils de poésie. Cet extrait est tiré d’un poème intitulé « Repos à l’ombre de ses yeux » composé en 1984.
Être toi
Ou ne pas être…
Voilà la question
Voilà le livre.
Je t’écris,
Ou je ne t’écris pas…
Voilà le poème.
Toute langue indigne de toi m’accable
Les lettres me trahissent
Les virgules et les mots ne me suffisent pas
Il ne me reste plus
Que la langue de ton corps
L’alphabet de tes yeux
Les lettres de ta peau blanche
Et les virgules de tes lèvres…
Par eux j’écris,
Ou je n’écris pas
Car toute langue qui ne s’enivre pas de toi
Est une langue morte
Et toute lettre que je ne trempe pas dans tes yeux
Est une lettre oubliée
Et tout mot qui ne frissonne pas sur tes lèvres
Est un mot creux,
Alors mon amour,
Au nom de tes yeux
Donne-moi pour que j’écrive…
Traduit de l’arabe par Alexandre Najjar