Cinéaste, artiste et autrice, Atieh Attarzadeh est née en 1984 à Téhéran. Après des études de cinéma à l’université de Téhéran et à Bristol, en Angleterre, elle réalise des documentaires axés sur la culture et la société iraniennes. Parallèlement, elle peint et écrit des romans et des recueils de poésie qui ont fait d’elle l’une des écrivaines les plus influentes de sa génération.
Graines éternelles
À présent, répète trois fois que tu existes
Nous ne sommes pas les seuls animaux superstitieux sur terre
Les éléphants aussi craignent la mort
Et le platane
Les grenouilles disséquées dans les laboratoires
Tous ont peur de ce qui n’existe pas
La peur est notre mère
La mère de notre mère
La mère de la mère de notre mère
Et ainsi de suite depuis le Commencement
Un animal sauvage debout lèche l’os de sa patte
Comme tu le fais
Quand tu te regardes dans le miroir
Et avales ta salive
À présent, répète trois fois que tu existes
C’est un rituel ancestral
L’être humain a toujours irrigué les graines éternelles de ses entrailles.
*
La guerre est dans ton sang
Dans la balle et la poudre
Et les cadavres qui passent leurs mains sur tes lèvres
Essaie d’oublier les mots
Essaie de penser à des choses meilleures
Essaie de couvrir tes cavités avec du mortier et des mains coupées
Nous sommes habitués aux scènes chargées de haine
À ce que parfois une personne ressemblant à nous-même
Mette la main sur nos lèvres et dise :
« on dirait que personne n’a besoin de souffrir en ce monde »
Et puis se fasse exploser à quelques pas du mur.
*
Prends une plume
Et écris sur la poitrine de la Terre, avec le langage des griffes rouges,
Pour la personne qui nettoiera dans sept mille ans
Les os de notre jambe avec un pinceau usé :
Le paradis se situait dans notre sud-ouest
Non loin du premier épi de blé qui a poussé sur la Terre.
*
Nous avons besoin d’une nouvelle langue
Avec sept mille lettres toutes semblables
Pour écrire notre absence sur la peau de la Terre.
Poèmes traduits par Farideh Rava et extraits du recueil Je respire sous la pierre (Éditions Bruno Doucey, 2024)