Critiques littéraires Récits

Akl Awit : une chambre à texte ouvert…

Akl Awit : une chambre à texte ouvert…

D.R.

Kitab al-Ghorfa (Le Livre de la chambre) de Akl Awit, Éditions Antoine – Hachette, 2025, 182 p.

L’histoire de la littérature, de l’écriture, de la poésie, des intermittences du cœur et les turbulences culturelles du Liban sont au bout de sa plume et de son inspiration. Depuis très longtemps. Aujourd’hui, comme un retour aux origines d’une œuvre tissée de courage, de sensibilité, de regard lucide, de confidences, de confessions et d’analyses claires et pénétrantes, Akl Awit – poète, critique littéraire, journaliste et professeur universitaire – donne à lire un voyage autour de sa chambre. Le Livre de la chambre est un texte d’une belle déambulation poétique, rédigé en 2016, riche de révélations sur tous les épisodes et les étapes d’un grand pan de vie, qui ont conduit à un parcours vibrant de témoignage et d’éminente présence sur la scène culturelle libanaise et arabe. Cet ouvrage jette la lumière, avec l’auréole d’une subtile poésie, sur l’expérience de l’auteur dans sa maison à Yassou’ el-Malak (Christ-Roi), première propriété chère à son cœur, où sa chambre (qu’il qualifie de modeste !) a été le théâtre de son intimité et des contours de ses multiples activités culturelles.

Là, dans cet espace, cocon chaleureux et créatif, il y a une bibliothèque, indispensable compagne de toujours, l’installation de musique, pour les moments de joie et de tristesse, les tableaux pour mieux rêver, le bureau, instrument de prédilection du travail pour se pencher sur les pages blanches, et le clavier de l’ordinateur ainsi qu’un lit en cuivre, acheté pour le modique prix de 12 000 livres libanaises, heureuse époque où la livre parlait et pesait ! Et c’est le point de départ d’un tremplin d’innombrables activités, tel un chef d’orchestre qui anime les notes. Une vue imprenable sur la mer et la solitude pour méditer. Cet homme de lettres, qui se refusait à être romancier et ne jurait que par l’art de taquiner les muses, transforme là la bulle de son isolement fécond en un berceau où naissent tous ses livres et poèmes d’amour.

Pour cet enfant qui a étudié à Chekka et à Tripoli à l’École des Frères, se faire un plaisir d’être copilote avec le chauffeur du bus permettait d’économiser ses frais de déplacement ! À part ces enfantillages pour des jours bénis, il y a l’évocation de l’Université libanaise avec la Faculté des Lettres, embryon et creuset pour refaire le monde, avant le fracas de la guerre. Pour « le mouvement de l’éveil », on croise, toutes disciplines confondues, le gratin de la petite bourgeoisie et des intellectuels en langue arabe, à savoir Paul Chaoul, Mohamad el-Abdallah, Hassan Daoud, Elias Khoury, Antoine Doueihy, Alawiya el-Sobeh… Et Akl Awit revient sur la création du supplément du Nahar, fondé avec Ounsi el-Hajj, alors que l’écrivain était encore étudiant… En 2007, il sera rédacteur en chef de ce Moulhak et il sera le seul responsable, véritable pilier d’un travail, tous azimuts, titanesque, jusqu’en 2015. Les chevaliers du mot et de la revendication seront Elias Khoury, Bassam Hajjar, Mohamed Soueid et Abbas Beydoun.

De cette effervescence culturelle entre poésie, (r)éveil des consciences, bouillonnement politique et exigence de liberté, le poète nourrit sa plume de sa vie, de ses virées littéraires, de son style unique et de sa poésie qui enrobe d’ailleurs totalement cet opus. Un véritable hommage pour une époque fastueuse, portée par une saine révolte.

Pour l’anecdote, en 2005, dans les sombres années de plomb, traqué, Samir Kassir, se cache chez lui, dans son petit duplex. Devant la fièvre du quartier, le poète ne se départit pas de son courage et de sa force d’âme. Il balance par la fenêtre ce qui ne peut être caché… Et c’est en ces termes poétiques qu’il rapporte les faits : « Et je suis sorti crier dans la lumière la nuit… »

À la parution du prologue de ce livre, en page pleine du Nahar, Racha el-Amir pose à brûle-pourpoint la question : « Et la suite ? » C’est alors que naît, pour Akl Awit, l’idée d’un livre. Livre à texte ouvert, nécessaire, témoin sans citer de noms – c’est là la prouesse de cet ouvrage ! –, véritable ardent pan d’histoire du Liban. Une autobiographie non conventionnelle.


Kitab al-Ghorfa (Le Livre de la chambre) de Akl Awit, Éditions Antoine – Hachette, 2025, 182 p.L’histoire de la littérature, de l’écriture, de la poésie, des intermittences du cœur et les turbulences culturelles du Liban sont au bout de sa plume et de son inspiration. Depuis très longtemps. Aujourd’hui, comme un retour aux origines d’une œuvre tissée de courage, de sensibilité, de regard lucide, de confidences, de confessions et d’analyses claires et pénétrantes, Akl Awit – poète, critique littéraire, journaliste et professeur universitaire – donne à lire un voyage autour de sa chambre. Le Livre de la chambre est un texte d’une belle déambulation poétique, rédigé en 2016, riche de révélations sur tous les épisodes et les étapes d’un grand pan de vie, qui ont conduit à un parcours...
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