La visite du Pape Léon XIV a donné une bouffée d’oxygène au Liban puisque le souverain pontife a rappelé aux Libanais le sens de l’espérance, et salué leur résilience et leur attachement au vivre-ensemble, dont le Hezbollah lui-même a reconnu l’importance dans une déclaration adressée à sa Sainteté, qui a fustigé au passage les ingérences étrangères dans les affaires du pays (à l’exception de l’Iran bien entendu !). Mais comme dit un proverbe libanais : « Rahet el-sakra ejet el-fakra » (L’ivresse partie, vient la raison). Que faut-il donc attendre au lendemain de ce voyage historique ? À l’évidence, Israël n’a pas dit son dernier mot et menace le pays d’une opération d’envergure dont on ignore les limites. Les « hauts-commissaires » américains, les émissaires européens ou arabes, et les oiseaux de mauvais augure tirent la sonnette d’alarme depuis des semaines, et la Finul redoute le pire, qui subit chaque jour des agressions inacceptables sous prétexte qu’elle « gêne » – comme si le rôle des Casques bleus n’était pas, précisément, de gêner les belligérants en s’interposant entre eux !
Certes, le Pape a, dans ses discours, appelé à la paix dans la région en soulignant qu’elle se construit ensemble, c’est-à-dire par une volonté commune et des concessions réciproques. Mais si ni le Hezbollah ni Israël n’est disposé à montrer patte blanche, comment espérer cette paix hypothétique ? Le premier est invité à accepter la neutralité du Liban et la primauté de l’armée libanaise, seule habilitée à porter les armes ; le second doit renoncer définitivement à ses ambitions territoriales et à sa folie destructrice, et accepter la solution à deux États, prônée par le Pape lui-même lors de sa visite en Turquie, si tant est que l’idée même de paix convienne à l’État hébreu, ce dont doutait, en 1968 déjà, Marc Hillel dans un essai intitulé Israël en danger de paix, publié chez Fayard, où il soutenait que la paix avec les Arabes est plus dangereuse pour la cohésion de l’État juif que la poursuite de l’état de guerre… Quadrature du cercle !
Ce dialogue de sourds ne peut déboucher, hélas, que sur un clash ou une guerre d’usure. En attendant, les robinets des aides internationales sont systématiquement fermés pour assoiffer le Liban et accélérer sa reddition, alors que notre armée fait de son mieux pour appliquer les résolutions de l’ONU et asseoir son autorité, avec les équipements dérisoires qu’on veut bien lui accorder. « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage », dit-on. Qui veut assujettir le Liban et justifier des agressions futures, accuse son armée de carence. Or la souveraineté du Liban est indivisible : oui au désarmement des milices au profit de l’État ; non au « désarmement » de l’État au profit de l’hégémonie israélo-américaine !