Un bateau pneumatique transportant des migrants clandestins. Photo AFP
« Le procès de la misère humaine »: 17 passeurs présumés qui utilisaient des « taxi-boats » pour acheminer des migrants clandestinement entre la France et l'Angleterre sont jugés à partir de lundi à Lille, dont quatre pour homicide involontaire.
Jusqu'au 12 décembre, ils comparaîtront devant la chambre correctionnelle de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) du tribunal judiciaire de Lille pour « aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en bande organisée », « participation à une association de malfaiteurs » et « mise en danger d'autrui ».
Quatre d'entre eux sont également poursuivis pour « homicide involontaire » commis le 26 septembre 2023.
Ce jour-là, une ressortissante érythréenne d'une vingtaine d'années avait été retrouvée morte sur une plage de Sangatte (Pas-de-Calais) après une nuit de tentatives de traversée de la Manche.
Douze des prévenus sont en détention provisoire et cinq autres sous contrôle judiciaire. Seize d'entre eux étaient présents à l'ouverture du procès lundi matin.
Ce procès fait suite à des investigations de la police aux frontières sur un vaste réseau de passeurs soupçonné d'être impliqué dans la mort de sept candidats à l'exil au total, dont deux mineurs, selon le parquet de Lille.
Ils utilisaient des « taxi-boats », un mode opératoire consistant à mettre à l'eau des embarcations à l'abri des regards - notamment depuis des cours d'eau à l'intérieur des terres - pour échapper à la surveillance des forces de l'ordre près des principales plages de départ.
Les canots pneumatiques s'approchent ensuite par la mer de ces plages, pour récupérer des passagers directement dans l'eau, avant de poursuivre leur route vers l'Angleterre.
Ce réseau aurait une cinquantaine de traversées illégales à son actif, dans des embarcations surchargées et sans équipement de sécurité adapté, entre avril 2023 et août 2024, selon les investigations.
Mais dans ce procès, seuls les faits commis entre avril et octobre 2023 seront jugés. Au total, vingt-quatre membres du réseau ont été interpellés. « Des investigations se poursuivent pour le reste des membres », selon le parquet.
Parmi les dix-sept prévenus figurent des « organisateurs », des « guides » chargés de mener des migrants jusqu'aux zones d’embarquement et de mettre à l’eau des bateaux, des « conducteurs de taxi-boats », mais aussi des « rabatteurs et des chauffeurs » chargés de transporter les passeurs sur le littoral.
Le réseau se distingue par « son extrême niveau d'organisation » et rassemble majoritairement des Syriens, mais aussi des Afghans, Irakiens, Égyptiens, Soudanais ou Tunisiens, précise le parquet.
« La frontière entre candidats au passage et passeurs est ténue », souligne Me Antoine Chaudey, qui défend deux prévenus affirmant avoir participé à l'organisation pour financer leur propre traversée.
« C'est le procès de la misère humaine. Ce sont des gens qui partent de leur pays parce qu'ils espèrent trouver une vie meilleure et ils prennent tous les risques », affirme Me Dorothée Assaga, avocate de deux autres prévenus.
Actuellement, une fois une embarcation clandestine en mer, seuls les secours interviennent en cas de besoin, en raison des risques que présentent ce type d'opérations, comme prévu par les conventions internationales.
Mais après des mois de discussions, la France a annoncé vendredi qu'elle débuterait « prochainement » des opérations visant à intercepter en mer les taxi-boats avant l'embarquement des migrants, un changement de doctrine réclamé de longue date par Londres.


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