L'officier de l'armée qui a été blessé à Dahr el-Baïdar, à l'hôpital de Chtaura. Photo publiée sur le site de l'armée libanaise
Un individu qui appartiendrait au Hezbollah a ouvert le feu samedi sur un officier de l’armée libanaise à un check-point à Dahr el-Baïdar, dans la Békaa. Un incident inédit, qui intervient à l'heure où l'armée et l'État sont sous une pression accrue de la part des Américains et des Israéliens pour accélérer le désarmement de la milice chiite et empêcher son financement.
Dans le détail, alors que des soldats tentaient d’arrêter Hadi Malak Nassereddine pour possession de trois kilogrammes de cocaïne, une altercation a éclaté. Nassereddine a alors tiré avec un pistolet de guerre sur un des officiers, le blessant au flanc. Ce dernier a été transporté à l’hôpital de Chtaura, où son état est stable, tandis que l’auteur des tirs a été arrêté. Sans mentionner son appartenance au parti chiite, l’institution militaire a publié un communiqué confirmant l’incident, précisant que le concerné « a refusé de s’arrêter à un check-point de l’armée ». Selon certaines informations de presse, la troupe aurait obtenu en amont des renseignements sur le trafiquant et lui aurait tendu un guet-apens. Les militaires « ont arrêté l’individu et entamé l’enquête sous la supervision des autorités judiciaires compétentes », précise le communiqué de l'armée.
Interrogé par L'OLJ, le porte-parole du Hezbollah, Youssef Zein, a indiqué qu’« il s’agit d’un incident isolé perpétré par un habitant de Baalbeck et qui n’est pas lié au Hezb ». Une version toutefois contestée. « Hadi Malak Nassereddine appartient effectivement au Hezbollah », dit une source du village d’origine du trafiquant. Et de nuancer : « Mais il n’est pas sûr qu’il ait agi sur ordre du parti. » C’est également l’avis d’une autre source qui suit de près le dossier Hezbollah et qui indique, anonymement à L’OLJ, que même si le trafiquant s’avère être un élément du Hezbollah, « l’affaire n’a probablement aucun lien avec la formation qui n’a aucune raison valable pour tirer sur l’armée ». « Le jour où la ‘‘résistance’’ tournera ses armes contre l’institution militaire, ou contre les Forces de sécurité intérieure, ce sera sa fin. C’est le mot d’ordre au sein du parti », insiste un autre cadre du Hezbollah.
Selon l’agence de presse al-Markaziya « le tireur est le même individu impliqué dans l’affaire de Kahalé ». Une information que L’OLJ n’a toutefois pas réussi à confirmer. En août 2023, un camion appartenant au Hezbollah s'était renversé au niveau du tournant de Kahalé (Aley), poussant l'armée libanaise à se déployer en force après un affrontement avec les habitants de la localité qui ont fait un mort et des blessés.
Karim Mufti, politologue, considère pour sa part que le Hezbollah, « encerclé de toutes parts et dont les caisses sont asséchées, n’est probablement pas tout à fait loin de cet incident ». Certes, la quantité de drogue saisie reste minimale et ne suffit pas à pousser la milice chiite à prôner la confrontation avec l'armée . « À moins qu’il s’agisse d’un des maillons d’une chaîne à travers laquelle le parti tente à intervalles plus ou moins réguliers de sécuriser et d’assurer quelques rentrées », dit M. Mufti. Une vision que le Hezbollah dément. « Une partie de l’opinion publique est toujours prête à nous attribuer le moindre incident. Une fois pour toutes : le Hezbollah considère que la consommation et le trafic de drogue sont prohibés par la religion. Bientôt, nous serons accusés d’être même derrière la guerre entre la Russie et l’Ukraine », lance un cadre du parti.



"… Un membre du Hezbollah a-t-il tiré sur un officier de l'armée libanaise ? …" - Oui, le lieutenant Samer Hanna, le 28 août 2008. On n’oublie pas…
07 h 13, le 02 décembre 2025