Une position israélienne du côté libanais de la Ligne bleue délimitée par les Nations Unies, la de facto, près du village d'Aitaroun. Photo AFP/image satellite fournie par Planet Labs PBC le 25 novembre 2025 et datée du 18 novembre 2025.
Le ministère des Affaires étrangères a annoncé vendredi avoir « déposé une plainte » contre Israël au Conseil de sécurité des Nations unies, en réaction à « la construction de deux murs en béton à l’intérieur du territoire libanais » au sud de la localité de Yaroun (caza de Bint Jbeil), ce qui « constitue une nouvelle et grave violation de la souveraineté libanaise par Israël ».
Selon la plainte présentée par la mission permanente du Liban à New York et sur instruction du gouvernement, « Israël a construit deux murs en béton en forme de « T » au sud-ouest et au sud-est de Yaroun, à l’intérieur du territoire libanais reconnu internationalement ». La présence de ces structures a été documentée par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). « Le Liban affirme que la construction de ces murs constitue une appropriation supplémentaire de terres libanaises et représente une violation flagrante de la résolution 1701 (2006) ainsi que de la Déclaration de cessation des hostilités (2024) », selon le communiqué publié par le ministère des AE.
Le Liban appelle, dans ce cadre, le Conseil de sécurité et le Secrétariat général des Nations unies à « agir de toute urgence pour mettre fin aux violations israéliennes, contraindre Israël à retirer les deux murs et procéder à un retrait immédiat au sud de la Ligne bleue dans toutes les zones encore occupées, y compris les cinq points frontaliers litigieux ». Le Liban demande de plus qu’Israël cesse d’imposer ce qu’il appelle des « zones tampons » à l’intérieur du territoire libanais et respecte pleinement ses obligations en vertu du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Beyrouth réclame aussi que «soit garantie la possibilité pour les civils libanais de retourner dans leurs villages frontaliers».
Dans sa plainte, le gouvernement libanais réaffirme « sa disponibilité à engager des négociations avec Israël afin de mettre fin à l’occupation et aux agressions (...) et renouvelle (son) engagement à appliquer intégralement la résolution 1701, sans sélection ni modification, ainsi que les dispositions de la Déclaration de cessation des hostilités ». L’objectif, souligne le texte, est de «permettre à l’État libanais de reprendre pleinement la décision de guerre et de paix, de restreindre toute arme à ses seules forces légitimes, et d’étendre sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national».
Le Liban a enfin présenté un aperçu des efforts déployés par l’armée libanaise dans le cadre de la stratégie nationale visant à limiter la possession des armes à l’État, notamment son renforcement du déploiement au sud du Litani en coordination avec la Finul et les mécanismes de suivi.
Le chef de l'État, Joseph Aoun, a annoncé le 21 novembre, à la veille de la fête de l'Indépendance, l'engagement de l'armée à s'assurer que les forces armées libanaises contrôlent seules la région au sud du Litani et y exercent leur autorité par leurs propres moyens. Dans un discours, au cours duquel il avait présenté son initiative en cinq points incluant des négociations «définitives» au sujet de la frontière avec Israël, il avait aussi confirmé que « l'armée libanaise est prête à reprendre les points occupés à notre frontière sud, et que l'État libanais est disposé à présenter immédiatement au mécanisme de supervision du cessez-le-feu un calendrier précis relatif à cette reprise ». Le président Aoun s'était aussi dit prêt à engager le pays « pleinement et efficacement dans le processus de paix » (avec Israël).
Les propos de M. Aoun sont intervenus au moment où le Liban et ses autorités restent plus que jamais sous pression israélo-américaine pour désarmer le Hezbollah. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a menacé en début de semaine d'un recours à une nouvelle escalade si le parti-milice n'était pas totalement désarmé d'ici la fin de l'année, alors que le plan de l'armée libanaise prévoit cette date comme échéance pour un désarmement au sud du Litani.

