Les présidents libanais, Joseph Aoun, et chypriote, Nikos Christodoulidès, passant en revue les troupes au palais de Baabda, le 26 novembre 2025. Photo AFP / ANWAR AMRO
Le Liban et Chypre ont signé mercredi l'accord sur la délimitation de leur frontière maritime, attendu depuis un peu moins de 20 ans, a annoncé la présidence libanaise X. La signature a eu lieu au palais de Baabda, où le président chypriote, Nikos Christodoulidès, s'est entretenu dans la journée avec son homologue libanais, Joseph Aoun.
Lors d'une conférence de presse, après cette signature, MM. Aoun et Christodoulidès ont souligné que cette signature permettra au Liban et à Chypre de commencer l’exploration de leurs ressources offshore, ainsi que de renforcer leur coopération dans ce domaine. Le chef de l'Etat libanais a dans ce cadre remercié son homologue pour les « efforts déployés » pour parvenir à cet accord. « Vous nous avez confirmé une fois de plus que le respect du droit international renforce l’amitié entre les États. La géographie de la Méditerranée nous unit, tout comme l’histoire et l’avenir », a-t-il ajouté, soulignant toutefois qu'il « reste beaucoup de choses à accomplir ensemble ». Il a dans ce cadre évoqué que l'accord « ouvre la voie à la signature d’accords bilatéraux afin de faciliter et développer le travail des compagnies qui vont explorer le sous-sol marin dans nos pays ». Il a également mentionné de futurs « projets conjoints dans les domaines de l’énergie, de l’énergie renouvelable notamment, des communications, du tourisme… ainsi que dans les domaines de la sécurité et de la défense, notamment à travers le Centre de recherche et de sauvegarde entre les ministères de la Défense des deux pays ». M. Aoun a tenu à mentionner que « cet accord n'est dirigé contre personne et n’excepte personne, et il ne ferme pas la route à une quelconque collaboration avec un voisin ou un partenaire, bien au contraire, nous voulons bâtir des ponts fondés sur la collaboration internationale qui couvriraient toute notre région ». « Nous adressons une invitation claire à compléter cet accord avec tous ceux qui veulent collaborer avec nous, car nous croyons que c’est le seul moyen d’abandonner la voie de la violence, de la guerre et de la destruction dans la région », a-t-il ajouté.
De son côté, le président chypriote a salué «un accord historique, qui clôt un dossier en suspens depuis de nombreuses années ». « Nous attendons désormais avec impatience ce que nos deux pays pourront créer ensemble », a-t-il déclaré, souhaitant un renforcement des perspectives de coopération dans les domaines de l’énergie et des infrastructures.
La délimitation, qui avait été approuvée par le gouvernement le 23 octobre, est polémique et contestée par plusieurs parties, notamment le tandem chiite Amal-Hezbollah. Le Liban partage ses frontières avec Israël – avec qui il est en état de guerre mais est également lié par un accord sur les frontières maritimes – et avec la Syrie – où l’ancien régime de Bachar el-Assad est tombé il y a tout juste un an. Des accords ont été conclus sur les frontières maritimes entre Chypre et Israël.
L'Agence nationale d'Information (Ani, officielle) précise que M. Christodoulidès est arrivé à l'Aéroport international de Beyrouth (AIB) dans la matinée, où il a été reçu par le ministre des Transports et des Travaux publics, Fayez Rassamny, et l'ambassadrice chypriote au Liban, Maria Hadjitheodosiou.
Une « violation constitutionnelle grave »
Toutefois, la signature de cet accord n’a pas fait l’unanimité. Georges Okaiss, député des Forces libanaises (FL), a estimé qu’ « il n’est pas permis à un ministre de conclure un accord de délimitation de frontières maritimes avec Chypre, car cela ne fait pas partie de ses prérogatives ». Il s’est expliqué dans un message sur son compte X : « La même erreur se répète, celle du non-respect de la séparation des pouvoirs, pilier de tout système démocratique, qui expose les décisions des responsables à un recours devant la justice. Car selon l’article 52 de la Constitution, tout accord ou protocole signé pat l’État libanais avec un autre pays, et qui comporte des clauses ayant rapport avec les finances de l’État, ne peut entrer en vigueur sans l’approbation du Parlement ».
« La signature par le ministre des Travaux publics, voire par le gouvernement dans son ensemble, d'un traité de délimitation maritime avec Chypre sans le soumettre au Parlement pour ratification constitue une violation constitutionnelle grave, susceptible d'être contestée devant la juridiction compétente », a-t-il ajouté.
M. Okaiss a déploré que « le Parlement bloque l'adoption du projet de modification de la loi électorale envoyé par le gouvernement et revêtant le caractère de double urgence, et ce dernier ignore le Parlement et lui retire son pouvoir de ratification des accords internationaux ». Le député faisait référence à un projet de loi visant à amender la loi électorale de façon à permettre aux expatriés désirant voter dans leur pays d’adoption de choisir parmi les 128 sièges du Parlement, et non pour six députés supplémentaires. « C'est le statu quo dans sa forme la plus déplorable », a-t-il conclu.
La question de la frontière maritime était au point mort depuis 2007, jusqu'à ce qu'en juillet dernier le président libanais, Joseph Aoun, et son homologue chypriote se soient engagés à poursuivre les négociations, lors d'un sommet bilatéral à Nicosie. Beyrouth doit régler ses différends frontaliers avec ses voisins, Chypre ainsi qu'Israël et la Syrie, afin de renforcer l'attractivité du Liban pour l'exploitation offshore par les compagnies pétrolières.
Si certaines parties considèrent l'accord comme un succès diplomatique, d'autres estiment que le Liban aurait pu obtenir une zone plus étendue, alors que Beyrouth a retenu la « théorie de la ligne médiane » comme méthode de délimitation, solution jugée équitable par le comité formé par le gouvernement, mais critiquée par certains camps qui invoquent la brièveté du littoral libanais face à une île comme Chypre. Selon eux, le Liban aurait pu revendiquer entre 2 600 et 5 000 kilomètres carrés supplémentaires.
Le Liban a signé en octobre 2022 un accord avec Israël sur la délimitation de leur frontière maritime commune, après des mois de négociations indirectes parrainées par les États-Unis.
Lors de sa conférence de presse, M. Aoun a en outre évoqué la question de l'immigration illégale à travers la Méditerranée, qui a un temps tendu les relations entre Beyrouth et Nicosie. Il a rappelé que « le Liban a consenti des efforts considérables dans ce domaine », alors que les autorités libanaises étaient accusées de ne pas prendre de mesures pour empêcher les migrants de prendre la mer jusqu'à Chypre. Cette mission commune est, selon lui, « nécessaire pour assurer la sécurité de l'Europe » et la souveraineté du Liban, a-t-il précisé.



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16 h 29, le 26 novembre 2025