Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea. Photo d'archives X/@DRSamirGeagea
Le chef des Forces libanaises (FL) Samir Geagea a estimé que « les choses vont vers une escalade de plus en plus importante », alors que la pression s'accentue sur les autorités libanaises pour désarmer le Hezbollah et entamer des négociations avec Israël.
« Ce moment est délicat et dangereux, car il peut basculer vers quelque chose de pire. Mais nous pouvons aussi nous rattraper si nous agissons comme il le faut », a souligné M. Geagea dans un entretien accordé vendredi à al-Qahera News, en faisant valoir que « les choses vont vers une escalade de plus en plus importante ».
Dire que le Hezbollah a respecté la trêve est faux
Commentant l'accord de cessez-le-feu, le leader chrétien a affirmé qu'«il est vrai qu’Israël n’a pas respecté l’accord, mais dire que le Hezbollah l’a respecté est faux ». L’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024 « stipule que le Liban doit démanteler toutes les organisations militaires et sécuritaires illégales, saisir leurs armes et les confier à l’armée libanaise. C’est la partie qui concerne le Liban. Quant à la partie qui concerne Israël, elle consiste à se retirer du Liban et à ne pas attaquer », a-t-il ajouté.
Le chef des FL a ajouté que «le problème n'est pas dans le principe de mener des négociations directes ou indirectes avec Israël», estimant que « c’est une décision qui revient à la majorité ministérielle au sein du Conseil des ministres ». Pour lui, « le problème, c’est que nous devons d’abord nous entendre sur ce sur quoi nous voulons négocier ». Il a dans ce cadre souligné que le fait de réserver à l'État le monopole des armes est un problème « politique et non pas militaire ». « L’armée libanaise n’a rien à voir avec les avancées qui se produisent. La question est entre les mains de l’autorité politique », a-t-il précisé, alors que la troupe est pointée du doigt pour son « retard » dans la mise en place du désarmement du Hezbollah.
À la veille de la fête de l’Indépendance, et quelques jours après l'annulation par l'administration Trump de rendez-vous à Washington du commandant en chef de l'armée, Rodolphe Haykal, le chef de l’État Joseph Aoun a affirmé vendredi depuis le Liban-Sud qu’il était prêt à engager le Liban pleinement et efficacement dans le processus de paix. Des propos qu’il a fait suivre d’une initiative en cinq points adressée « au monde entier », incluant des « négociations définitives » sur la frontière avec Israël.
Les fermes de Chebaa, un « prétexte »
Samir Geagea a aussi abordé le dossier des fermes occupées de Chebaa, estimant que le Hezbollah l'utilise comme « prétexte » pour justifier le maintien du statu quo. Ce morceau du Golan syrien annexé par Israël, contesté entre Damas, Beyrouth et Tel-Aviv, a longtemps servi de prétexte au Hezbollah pour maintenir son arsenal, arguant que la libération du Liban-Sud restait incomplète sans cette vingtaine de kilomètres carrés. Le chef des FL a précisé qu'il s'agit d'un problème juridique évident entre le Liban, la Syrie et les Nations unies, et que sa résolution permettra de régler la crise des fermes de Chebaa.
Interrogé au sujet d'informations stipulant que certaines parties « se plaindraient » du président et de l'État libanais auprès des Américains, leur imputant la responsabilité de cette défaillance, M. Geagea a rejeté cette hypothèse. « J'aurais souhaité qu'aucun responsable libanais ne tienne de tels propos. Est-il concevable que les Américains attendent que quelqu'un au Liban leur dise ce qu'il se passe. C'est faire preuve d'une grande naïveté », a-t-il déclaré. « Tout ce qui se dit aujourd’hui, lorsque vous lisez la presse, notamment celle de la 'résistance', tourne autour des 'délations' et des 'délateurs'. Ils ont toujours besoin d’un ennemi, d’une soupape, de quelqu’un sur qui rejeter la faute, comme si personne ne savait ce qui se passe au Liban, comme s’il n’y avait pas un comité de « mécanisme », comme s’il n’y avait pas d'officiers américains au Liban qui, assurément, en savent plus que moi et plus que nous tous », a critiqué le chef des FL.
Abordant le dossier des législatives prévues en mai 2026, le leader chrétien a estimé que le chef du Parlement Nabih Berry «confond sa position de chef du mouvement Amal, où il a un avis bien défini, ce qui est son droit, et sa fonction de président du Parlement, où il doit être impartial dans la gestion». Et d'ajouter : « lorsqu'un projet de loi urgent lui est soumis, il doit le présenter à l'assemblée plénière ». Ces propos interviennent alors que M. Berry refuse catégoriquement d’inscrire à l'ordre du jour de toute séance plénière un amendement de la loi électorale réclamé par plusieurs partis pour permettre à la diaspora libanaise de voter pour les 128 députés de la Chambre, alors que l’article 112 de la législation actuelle limite leur vote à six sièges uniquement.



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08 h 25, le 23 novembre 2025