Dans le salon d'Élias Hasrouny, à Aïn Ebel, au Liban-Sud, le 29 septembre 2023. Photo d'archives Lyana Alameddine/L'Orient-Le Jour
L'armée israélienne a pointé du doigt vendredi une unité spéciale du Hezbollah dans l'assassinat en août 2023 de l'ancien cadre des Forces libanaises (FL) Élias Hasrouni, dans son village de Aïn Ebel, au Liban-Sud, et d'avoir propagé des « rumeurs » selon lesquelles « il avait été tué dans un accident de voiture ». L'affaire avait provoqué une vive tension au Liban, deux mois avant le déclenchement de la guerre de Gaza et du conflit entre le parti chiite et l'État hébreu.
Élias Hasrouni, âgé de 72 ans, avait été retrouvé mort dans sa voiture le 2 août dans le village majoritairement chrétien de Aïn Ebel, dans le caza de Bint Jbeil, une zone sous influence du Hezbollah. Il avait d'abord été déclaré mort « d'étouffement » suite à un accident de voiture, selon l'examen du médecin légiste, avant que les FL et les Kataëb n'évoquent un potentiel assassinat et n'accusent le Hezbollah, suite à la fuite d'une vidéosurveillance d'environ 40 secondes montrant son enlèvement.
« Dans la nuit du 1er août 2023, des membres de l’unité 121 du Hezbollah ont tendu une embuscade à Hasrouni sur une route proche de son domicile à Aïn Ebel, dans le sud du Liban, où ils l’ont kidnappé et tué par empoisonnement après lui avoir brisé les côtes », a affirmé le porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Avichay Adraee, sur son compte X, sans toutefois apporter de preuves à ses accusations. « Ensuite, afin de donner l’impression qu’il avait quitté la route et trouvé la mort dans un accident, ils ont replacé son corps dans la voiture percutée contre un arbre et l’ont laissé à l’intérieur, dans un fossé au bord de la route », poursuit l'officier.
Contactée, une source au sein du Hezbollah ayant requis l'anonymat dénonce un « mensonge » et appelle à s'en remettre à l'« enquête de l'État libanais ».
De son côté, le porte-parole des FL, Charles Jabbour, indique à L'Orient-Le Jour que son parti « est sûr que le Hezbollah a assassiné le martyr Élias Hasrouni ». Toutefois, « les enquêtes ne sont encore parvenues à aucun résultat, parce que le Hezbollah obstrue l’État » dans ses investigations, accuse-t-il. « Élias Hasrouni est un citoyen libanais, et l'État libanais est à ce titre l'autorité habilitée à dire si ce qui a été mentionné par l'armée israélienne est vrai ou non, ou à défaut de s'en assurer », poursuit M. Jabbour. « Nous avons maintes fois demandé aux appareils concernés de l’État libanais de révéler les circonstances de l’assassinat », a-t-il également rappelé.
L'enquête, ouverte le 9 août, deux jours après la plainte déposée par le fils de la victime, Charbel Hasrouni, piétine depuis septembre 2023. Le leader des FL, Samir Geagea, avait alors affirmé que les autorités avaient informé son parti qu’elles n’étaient « plus en mesure de poursuivre l'enquête… parce qu'elles en sont empêchées. » Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bassam Maoulaoui, avait, lui, assuré que « l’enquête se poursuivrait ». Depuis, aucun développement n'a été enregistré.
Unité 121 du Hezbollah
Sur les images de la vidéosurveillance, on aperçoit un tout-terrain s'arrêtant brusquement devant la voiture d’Élias Hasrouni, à 400 mètres de son domicile, alors qu’un autre véhicule le suit pour l’empêcher de faire marche arrière. Des hommes sortent alors de leur véhicule, ouvrent la porte de la voiture prise en embuscade, et l’un d’entre eux prend le volant alors que les autres s'apprêtent à déguerpir. Le corps d’Élias Hasrouni a été retrouvé 1,8 kilomètre plus loin, sur une colline, près de sa voiture, 40 minutes après l'enlèvement.
Selon l'armée israélienne, l'unité 121 du Hezbollah, « unité de surveillance et d’opérations spéciales » et « bras sécuritaire interne du parti », aurait perpétré cet assassinat, ainsi que celui d'autres personnalités « qui s’opposent au Hezbollah et à son activité », dont « l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri » (assassiné le 14 février 2005). « Le chef de l’unité, Salim Ayache, a été condamné en 2020 par le Tribunal spécial pour le Liban, relevant des Nations unies, pour avoir dirigé l’équipe qui a exécuté l’assassinat de Hariri », écrit Avichay Adraee.
Dans son verdict final en 2022, le TSL a inculpé quatre membres du Hezbollah, dont Salim Ayache, pour l'assassinat de Rafic Hariri.

« Malgré le coup dur que le Hezbollah a subi durant la guerre, il tente toujours de semer le chaos au Liban et de reconstruire sa puissance, en utilisant l’unité 121 et d’autres outils. Le peuple libanais, qui aspire à la stabilité et à la prospérité, est pleinement conscient de la nécessité de se débarrasser de ce bras iranien désintégré, qui a entraîné le pays dans des guerres absurdes, espionne la population et assassine les opposants », conclut le message de l'armée israélienne.
Le Hezbollah est sorti très affaibli, sur le plan militaire, mais aussi en interne, de sa dernière guerre contre Israël, entamée le lendemain du 7-Octobre. Depuis le cessez-le-feu du 27 novembre 2024 entre le parti chiite et Israël, l'armée israélienne poursuit ses bombardements meurtriers au Liban, affirmant empêcher le Hezbollah de reconstituer ses forces. Entre-temps, la pression israélienne et internationale s'accentue pour le désarmement du parti qui refuse de remettre son arsenal sur tout le territoire libanais. Les autorités libanaises affirment avoir entamé ce processus au sud du fleuve Litani, alors que la menace d'une nouvelle guerre israélienne plane sur le Liban.



C'est honteux qu'un tel crime soit conclut par l'armée israélienne au lien du gouvernement libanais à l'époque. En plus pourquoi le ministre de la justice n'a pas demandé d'ouvrir cette enquête le jour où il a annoncé l'ouverture des enquêtes des assassinations des figures publiques?
19 h 36, le 15 novembre 2025