Rechercher
Rechercher

Culture - 7E Art

« Intersections » : le meilleur du cinéma britannique fait escale à Beyrouth

Entre Ken Loach, Powell & Pressburger et un « Hamlet » joué dans « Grand Theft Auto », Metropolis célèbre l’audace et l’expérimentation « made in UK ».

« Intersections » : le meilleur du cinéma britannique fait escale à Beyrouth

Une image tirée du long-métrage « The Outrun » (2024) de Nora Fingscheidt, avec Saoirse Ronan. Photo fournie par Metropolis

Metropolis se lance un nouveau défi. En collaboration avec le British Council et l’ambassade du Royaume-Uni, l’association propose Intersections, une semaine consacrée au cinéma britannique dans toute sa diversité.

Du 13 au 19 novembre, douze films sont réunis dans une programmation qui se veut à la fois initiatique et foisonnante : fictions et documentaires, chefs-d’œuvre du patrimoine et créations récentes signées par des figures établies ou de jeunes talents. Le cycle s’enrichit d’un programme de cinq conférences animées par des professionnels britanniques et libanais, et d’une table ronde consacrée aux coopérations entre les deux scènes cinématographiques.

Documentaires : l’expérimentation au cœur du cinéma britannique

Intersections revendique une approche expérimentale et ouvre le bal avec Grand Theft Hamlet (2024), un documentaire décalé coréalisé par Pinny Grylls et Sam Crane, sans doute l’un des films les plus inventifs nés du confinement.

Une image tirée du film d’ouverture d’Intersections, le documentaire « Grand Theft Hamlet » (2024) de Pinny Grylls et Sam Crane. Photo fournie par Metropolis
Une image tirée du film d’ouverture d’Intersections, le documentaire « Grand Theft Hamlet » (2024) de Pinny Grylls et Sam Crane. Photo fournie par Metropolis

Tourné intégralement à l’intérieur du jeu vidéo Grand Theft Auto, il suit deux acteurs au chômage, Sam Crane et Mark Oosterveen, qui décident de monter Hamlet dans ce monde virtuel. Auditions en ligne, répétitions au milieu des coups de feu et des voitures volées : leur tentative, à la fois absurde et touchante, devient une parabole hilarante sur la précarité du métier d’artiste. Le contraste entre la violence du jeu et la fragilité de leur quête donne lieu à des scènes d’un comique irrésistible.

Le lendemain de la seconde projection (15 novembre à 15h), Grylls et Crane animeront un atelier sur l’usage des technologies du jeu vidéo dans la création cinématographique.

Les autres documentaires du cycle s’ancrent davantage dans le réel, mais abordent des enjeux brûlants de notre époque.

Lire aussi

« Baadarane », une vision poétique et authentique du cinéma libanais

Dans We Dare to Dream (2023), la réalisatrice syro-britannique Waad al-Khatib (For Sama, 2019) suit plusieurs athlètes en route vers l’équipe olympique des réfugiés pour les Jeux de Tokyo 2021 : un pratiquant de taekwondo dans le camp jordanien d’Azraq, une rameuse iranienne, un coureur sud-soudanais et une haltérophile camerounaise. Le film célèbre leur résilience et leur humanité, au-delà des étiquettes de « réfugié » ou d’« athlète ».

Une image tirée de « We Dare to Dream », le documentaire de 2023 de la réalisatrice originaire d’Alep et nommée aux Oscars Waad al-Khatib, consacré aux athlètes réfugiés des Jeux olympiques de Tokyo. Photo fournie par Metropolis
Une image tirée de « We Dare to Dream », le documentaire de 2023 de la réalisatrice originaire d’Alep et nommée aux Oscars Waad al-Khatib, consacré aux athlètes réfugiés des Jeux olympiques de Tokyo. Photo fournie par Metropolis

Dans Is There Anybody Out There? (2023), Ella Glendining, née sans articulations de la hanche et avec des fémurs raccourcis, se met en scène pour dénoncer le « validisme », cette forme insidieuse de discrimination envers les personnes perçues comme handicapées.

Quant à Made in England: The Films of Powell and Pressburger (2024) de David Hinton, il rend hommage à deux maîtres du cinéma britannique à travers les souvenirs d’un de leurs plus fervents admirateurs : Martin Scorsese. Le cinéaste américain retrace son émerveillement d’enfant devant les films de Michael Powell et Emeric Pressburger, duo visionnaire d’auteurs-producteurs dont l’audace formelle inspira une génération entière de réalisateurs, de Brian De Palma à Francis Ford Coppola.

Fictions

Le programme d’Intersections présente également quatre fictions majeures, dont The Red Shoes (1948) de Powell et Pressburger, film culte cité par Scorsese comme l’une de ses influences fondatrices.

Une image tirée du classique « The Red Shoes » (1948) de Powell et Pressburger. Russell Westwood/©ITV Global Entertainment/Park Circus
Une image tirée du classique « The Red Shoes » (1948) de Powell et Pressburger. Russell Westwood/©ITV Global Entertainment/Park Circus

D’autres classiques restaurés figurent au programme, notamment The Third Man (1949) de Carol Reed – chef-d’œuvre du film noir d’après-guerre porté par Orson Welles et sa célèbre partition à la cithare –, ainsi que The Collector (1965) de William Wyler, adaptation du roman de John Fowles, où Terence Stamp incarne un employé de banque dérangé qui séquestre une jeune étudiante en art (Samantha Eggar) dans l’espoir qu’elle finira par l’aimer.

Les fictions contemporaines du cycle mettent elles aussi en scène des personnages en lutte, quoique d’une manière moins sombre. La plus politique, The Old Oak (2023), peut-être l’ultime œuvre de Ken Loach, a été saluée comme l’une de ses plus réussies. Le film se déroule dans une ancienne ville minière d’Angleterre frappée par la désindustrialisation et le désœuvrement, choisie pour accueillir des réfugiés syriens. Tandis que les habitants s’opposent violemment à leur arrivée, TJ, le propriétaire du pub The Old Oak, se lie d’amitié avec Yara, une jeune réfugiée. Loach y esquisse une leçon d’humanité : la solidarité des exclus vaut mieux que la haine des perdus.

Une image tirée de « The Old Oak » (2023), probablement le dernier film du réalisateur vétéran Ken Loach. Photo fournie par Metropolis
Une image tirée de « The Old Oak » (2023), probablement le dernier film du réalisateur vétéran Ken Loach. Photo fournie par Metropolis

Trois réalisatrices britanniques signent les autres fictions : The Salt Path (2024), premier long-métrage de Marianne Elliott, raconte l’errance d’un couple ruiné et sans abri qui décide d’entreprendre une marche sur la côte sud-ouest de l’Angleterre, après avoir appris la maladie grave du mari.

Adapté d’un autre récit autobiographique, The Outrun (2024) suit une jeune femme (Saoirse Ronan) de retour sur les îles Orcades pour se libérer de l’alcoolisme, sous la direction sensible de Nora Fingscheidt.

Enfin, Hot Milk (2025) de Rebecca Lenkiewicz met en scène Sofia et sa mère Rose, venues en Andalousie pour consulter un médecin face à un mal mystérieux. Grâce à une narration elliptique et des interprétations puissantes, la cinéaste transforme ce drame intime en poème sur la culpabilité et le désir.

Rencontres et ciné-concert

Les conférences d’Intersections forment un véritable symposium du son, en dialogue avec le cinéma.

Le 15 novembre (16h), la discussion « Finding a Language for Sound » réunira la sound designer libanaise Rana Eid et son homologue britannique Rob Walker, collaborateurs sur Hot Milk.

La veille (14 novembre, 17h), Paul Davies explorera la manière dont la conception sonore véhicule les émotions d’un film, fort de trente années d’expérience aux côtés de Lynne Ramsay, Steve McQueen, John Maybury ou Rose Glass.

Le même jour (14 novembre, 15h), l’Américain Larry Sider, monteur et théoricien du son, proposera une conférence en ligne retraçant son parcours à travers le cinéma expérimental, le documentaire et les animations des frères Quay, jusqu’à la création de « The School of Sound ».

Le musicien et penseur Steve Goodman (alias Kode9) livrera quant à lui Airquake (16 novembre, 16h), une réflexion audiovisuelle sur l’usage du son comme arme dans les zones de conflit – drones, explosions, détonations –, un thème qui résonne douloureusement à Beyrouth.

Le cycle s’achèvera sur un ciné-concert autour du film muet Easy Virtue (1928) d’Alfred Hitchcock. Cette histoire d’une femme contrainte de cacher un mariage passé à son nouveau mari et à sa belle-famille sera revisitée en musique par le duo électronique libanais Snakeskin, formé de Fadi Tabbal et Julia Sabra.

Le programme complet et les horaires sont disponibles sur le site de l’association Metropolis.

Metropolis se lance un nouveau défi. En collaboration avec le British Council et l’ambassade du Royaume-Uni, l’association propose Intersections, une semaine consacrée au cinéma britannique dans toute sa diversité.Du 13 au 19 novembre, douze films sont réunis dans une programmation qui se veut à la fois initiatique et foisonnante : fictions et documentaires, chefs-d’œuvre du patrimoine et créations récentes signées par des figures établies ou de jeunes talents. Le cycle s’enrichit d’un programme de cinq conférences animées par des professionnels britanniques et libanais, et d’une table ronde consacrée aux coopérations entre les deux scènes cinématographiques.Documentaires : l’expérimentation au cœur du cinéma britanniqueIntersections revendique une approche expérimentale et ouvre le bal avec Grand Theft...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut