Le Premier ministre Nawaf Salam lors du débat avec « L'Orient-Le Jour » au Grand Sérail, le 14 septembre 2025. Mohammad Yassine/ L'Orient-Le Jour
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a réaffirmé dans une interview diffusée par la chaîne LBCI que son gouvernement travaillait « nuit et jour pour assurer un retrait israélien complet » du Liban et qu'il ne « ne transigera pas » sur la question du monopole des armes. Son entretien, dans lequel il a notamment évoqué la cause palestinienne et son engagement militant dans sa jeunesse, a provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, autant positives, avec des commentaires saluant son « honnêteté » que négatives.
Dans cet entretien, le chef du gouvernement a mis en avant les efforts continus de son cabinet pour mobiliser le soutien arabe et occidental en vue d’obtenir « la fin de l’occupation israélienne et de ses attaques quotidiennes contre le Liban, ainsi que la libération de nos détenus ». « Nous avons réitéré notre engagement envers la résolution 1701 et notre droit, en tant qu’État, de nous défendre. Il existe un consensus au sein du gouvernement sur cette prise de position », a-t-il dit.
Le Sud et les armes
Répondant aux accusations selon lesquelles il a négligé le Liban-Sud depuis son arrivée au Grand Sérail, notamment relayées par le président du Parlement Nabih Berry, M. Salam a rappelé ses déplacements effectués dans la région et ses efforts auprès des bailleurs de fonds internationaux pour financer la reconstruction. « Comment le Sud pourrait-il être en dehors de mes priorités alors que ma première visite après la formation du gouvernement a justement été dans cette région ? », s'est-il interrogé. « Je m’efforce de mobiliser les fonds nécessaires à la reconstruction. Si quelqu’un a une meilleure méthode, qu’il la propose... je ne suis pas responsable de la destruction », a-t-il lancé, en allusion au Hezbollah, qui avait ouvert un front de soutien à Gaza, le 8 octobre 2023.
Nawaf Salam a parallèlement insisté sur ses efforts pour rétablir l’autorité de l’État « sur les décisions de guerre et de paix », soulignant que le Liban devrait avoir « une seule armée, une seule décision et une seule loi ». « Ce sont des principes sur lesquels son gouvernement ne transigera pas », a-t-il souligné, ajoutant qu'il maintenait ouverts des « canaux de communication avec toutes les parties, y compris le Hezbollah ». Le cabinet Salam s'est engagé à désarmer les milices, et donc le parti pro-iranien, et l'armée a commencé à appliquer un plan à cet effet. Cette initiative a permis jusqu'à présent de désarmer les factions palestiniennes proches du Fateh dans les camps palestiniens et de démanteler en partie les infrastructures du parti chiite dans le sud du Liban. Le Hezbollah refuse toutefois de désarmer totalement tant que le pays subit les frappes israéliennes et que plusieurs positions au Sud sont encore occupées.
« Non à l’intimidation au nom du spectre de la guerre civile »
Il a aussi évoqué ses difficultés à composer avec l'inertie du système politique libanais, entravé par le « poids des habitudes ». « Je suis conscient que le changement n’est pas facile, mais je crois que le pays ne peut pas se relever sans une véritable transformation, un changement profond et structurel », a-t-il estimé, avant de reconnaître des « désaccords » avec ses homologues à la tête de l'exécutif et du législatif. « La coopération entre nous se poursuit, même si des désaccords peuvent survenir, ce qui est naturel : nous ne sommes pas en Union soviétique », a-t-il ironisé. Outre les critiques acerbes de Nabih Berry concernant le gouvernement Salam et le Sud, des épisodes de tensions relatives sont survenus ces derniers mois entre le président du Conseil et le chef de l’État Joseph Aoun, notamment au sujet de la nomination du nouveau gouverneur de la Banque du Liban, ou bien de la façon de gérer la polémique autour de l'illumination de la « Grotte aux pigeons » de Raouché en l'honneur de l'ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, fin septembre.
Il a dans ce contexte balayé les tentatives d'entraver le plan de désarmement des milices entamé par l'armée libanaise au sud du Litani, entre autres par le chantage à la « guerre civile » pratiqué par certains responsables du Hezbollah. « Tout le monde a été meurtri par les guerres civiles, et je ne pense pas que quiconque soit prêt à entraîner le pays dans une nouvelle guerre. Si l’application de la loi est perçue comme de l’entêtement, alors oui, je suis entêté. Je n’accepte ni les menaces ni l’intimidation au nom du spectre de la guerre civile », a-t-il poursuivi, en allusion également à l'affaire de Raouché.
Une « erreur »
Il a tenu à rappeler par ailleurs le « vaste chantier de réformes dans les domaines financier et économique » conduit par son cabinet ministériel et indiqué que les préparatifs des prochaines législatives, censées se tenir au printemps prochain, avaient déjà débutés. « Une partie de la crédibilité du mandat repose sur la tenue du scrutin dans les délais. Nous tenons à ce que cette échéance soit accomplie avec le plus haut degré de transparence et d’impartialité. »
S'exprimant en outre sur un registre plus personnel, Nawaf Salam est revenu sur sa jeunesse militante pour la cause palestinienne, confiant avoir « commis une erreur » sur son positionnement à l'époque. « Moi et beaucoup de gens de ma génération avons commis l’erreur de privilégier notre empathie pour la cause palestinienne, en plaidant en faveur de la liberté d’action des fedayine, au détriment du Liban. Nous avons fait porter au pays un fardeau qu’il ne pouvait supporter. En revanche, ceux qui adhéraient à la théorie selon laquelle ''la force du Liban réside dans sa faiblesse'' se trompaient », a-t-il déclaré.
Et le Premier ministre de conclure : « Je n’ai ni banque, ni milice, ni parti politique, je n’ai que la confiance du peuple, à laquelle je tiens. Le principal problème du Liban est la perte de confiance et le fossé profond entre l’État et les citoyens. »




Un très beau discours courageux. Maintenant on attend les actes pour conclure et montrer aux libanais qu’ils ne se sont pas trompés à votre sujet. Quant au président, il devrait en prendre de la graine en adoptant un ton aussi ferme et définitif pour convaincre les libanais de sa volonté à sauver leur pays. Le ton mielleux et les pseudos négociations ont fait leur temps. L’heure est à l’exécution des promesses données par un ancien chef de l’armée qui est devenu chef d’état pour rassurer, en premier, les citoyens libanais.il est émis de passer à la vitesse supérieure pour nous le prouver
10 h 57, le 11 novembre 2025