Des soldats libyens lors d'une parade militaire à Tripoli. Photo d'archives AFP
La Libye a annoncé avoir placé en détention un haut responsable de la police, Oussama Al-Masri Njeem, quelques mois après que l’Italie l’avait arrêté pour des accusations internationales de crimes de guerre, avant de le rapatrier, ce qui avait provoqué une vive controverse politique.
M. Njeem est accusé d’avoir commis, ordonné ou facilité le meurtre ou la torture, y compris des viols, de détenus dans la prison de Mitiga à Tripoli à partir de février 2015, a indiqué la Cour pénale internationale (CPI). Le procureur général libyen a déclaré mercredi que le parquet avait reçu des rapports faisant état de « tortures et de traitements cruels et dégradants infligés aux détenus » et que Njeem était « actuellement en détention provisoire », suffisamment d’éléments à charge soutenant les accusations. On ignore quand il a été placé en détention ou de quelle manière il a réagi aux chefs d’inculpation. « L’enquêteur a mené un interrogatoire portant sur les circonstances des violations des droits humains à l’égard de dix détenus et sur la mort d’un détenu à la suite de tortures », selon un communiqué du parquet.
Oussama Njeem dirige le département des opérations et de la sécurité judiciaire du ministère de la Justice à Tripoli, un organe du gouvernement reconnu par la communauté internationale dans un pays déchiré par les conflits. Il avait été arrêté par la police italienne en janvier alors qu’il séjournait dans un hôtel à Turin, mais le gouvernement de la Première ministre Giorgia Meloni avait ordonné sa libération deux jours plus tard seulement, le rapatriant en Libye à bord d’un avion officiel. Le gouvernement avait expliqué qu’il avait été libéré pour des raisons de procédure, affirmant ne pas avoir été correctement informé du mandat d’arrêt. Il a également rejeté les accusations de l’opposition selon lesquelles M. Njeem aurait coopéré avec l’Italie pour contribuer au contrôle des flux migratoires depuis la Libye.
Le Tribunal des ministres de Rome, organe judiciaire chargé de superviser les poursuites contre des ministres mis en cause pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions, avait demandé en août au parlement de lever l’immunité de trois ministres pour leur gestion de l’affaire. Les partis de la coalition Meloni, largement majoritaires au parlement, ont rejeté cette demande le mois dernier. La CPI a également critiqué la gestion de l’affaire par l’Italie.
Le gouvernement italien n’a pas réagi immédiatement à l’annonce de l’arrestation d'Oussama Njeem en Libye.
La Libye, grand producteur de pétrole en Méditerranée, connaît une situation de quasi-absence d’ordre public depuis le soulèvement soutenu par l’OTAN en 2011, qui a renversé le dictateur Mouammar Kadhafi et provoqué la partition du pays entre factions rivales de l’Est et de l’Ouest.
Cette dépêche est une traduction, réalisée par L'Orient-Le Jour, d'un article publié en anglais par l'agence Reuters.


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