Il était une fois la guerre et la nuit de Nabil Abou-Dargham, Arab Scientific Publishers, 2025, 126 p.
En effeuillant le recueil de Nabil Abou-Dargham, les lecteurs et les lectrices ne peuvent qu’être frappé.e.s au fil des pages, par les accents schéhadiens de certains de ses vers qui, s’ils avaient été liés au lieu de s’éparpiller dans plusieurs poèmes, notre grand Georges aurait été de retour parmi nous, comme un revenant enchanteur :
« Tes paupières que l’on maquille avec de la nuit »
« Il faudrait que tu sois dans la pensée de la montagne »
« La lune est chauve au matin »
« Beaucoup de ciel au-dessus de ta maison »
Comme pour Schéhadé, quelques mots suffisent à Nabil Abou-Dargham pour vivre. Des mots simples, les mêmes inlassablement, que le poète jette dans la fournaise, des bûches pour alimenter le feu de la poésie.
Le matin, la montagne, la nuit. Des mots-musique pour effacer de tous les jours la guerre et le désespoir.
« Il neige
sur les mots que tu écris
pour en faire une poésie
lorsqu’il ne reste rien que les larmes d’un enfant
qui attend l’avènement de son pays. »
Et c’est à ce dernier mot-frontière que s’arrête la proximité avec Schéhadé dont le « jardin n’a plus de pays ». Nabil Abou-Dargham écrit « pour son soldat qui vit outre-tombe ». Il écrit « comme le soldat garde sa patrie ». Il écrit pour retrouver la patrie de son enfance « sans un bout de pain ». Il écrit pour chanter « la terre qui parle d’éternité ». Il s’écrie « sous les racines du cèdre » pour dénoncer « l’âge de la guerre où un enfant porte sur ses épaules les restes de son frère et de son pays. »
Le poète Nabil Abou-Dargham qui a bâti sa maison sans murs, avec la rareté des mots de tous les jours, lui dont le village universel repose sur deux « pâquettes en lumière » : amour, liberté.
« J’aime contempler ton corps
dans le silence qui surgit
après l’orgasme et l’extase
semblable à ce calme sourd et muet
d’après la guerre. »