Le Liban n’est pas sorti de l’auberge : alors que les attaques israéliennes se multiplient au mépris de l’accord de cessez-le-feu, M. Tom Barrack nous gratifie d’ultimatums et de déclarations aussi maladroites que fracassantes qui exigent de l’armée libanaise, que l’administration américaine rechigne à équiper convenablement, le désarmement immédiat des milices, et nous parle, avec son mépris habituel, de « Failed State » alors que les États-Unis bloquent systématiquement toute aide économique au Liban pour le garder dans un état de faiblesse et le pousser à conclure un accord avec Israël à des conditions aussi défavorables pour lui que le scandaleux accord sur la délimitation des frontières maritimes.
Dans ce contexte, la visite au Liban du pape Léon, messager d’amour au cœur d’une région ravagée et meurtrie par des guerres incessantes, est d’une importance capitale. Elle revêt une triple dimension : spirituelle, humaine et politique.
Sur le plan spirituel, elle est marquée par une messe et un pèlerinage au sanctuaire et à la cellule de Saint Charbel, figure vénérée par les Libanais du monde entier, toutes confessions confondues.
Sur le plan humain, elle prévoit une visite à Deir el-Salib et une rencontre avec les pensionnaires de cet établissement fondé par le bienheureux Abouna Yaacoub, pour leur offrir l’attention et le réconfort dont ils ont besoin.
Politiquement, cette visite réaffirme le soutien du Vatican à la présence historique des chrétiens d’Orient sur cette terre sacrée et vise à rappeler l’importance du vivre-ensemble qui avait inspiré à Jean-Paul II ces mots devenus célèbres : « Le Liban est quelque chose de plus qu’un pays : c’est un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l’Orient et l’Occident. »
Ce « message » de coexistence demeure la meilleure réponse à l’apartheid prôné par l’État hébreu, et à la tentation de l’isolement confessionnel. Il appelle à des actes concrets et à des sacrifices, notamment de la part du tandem chiite, invité à composer plus étroitement avec les autres communautés libanaises pour rebâtir l’unité nationale et construire un État.
« Le Vatican, combien de divisions ? », demandait Staline à Laval avec arrogance et ironie. Face aux Merkava de Tsahal et aux missiles iraniens qui exacerbent les antagonismes et mettent la région à feu et à sang, le Vatican répond par une invitation au dialogue, à la coexistence et au respect de la souveraineté libanaise, dans cet esprit de neutralité positive évoqué à maintes reprises par le patriarche maronite. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix », lit-on dans les Évangiles (Jean 14,27). C’est d’une paix juste que nous avons besoin pour faire taire la haine. Et le pape Léon doit en être le porte-drapeau, envers et contre tout.