Entretiens

Sami Richa retrace l’histoire de la psychiatrie au Liban

Sami Richa retrace l’histoire de la psychiatrie au Liban

Une histoire de la psychiatrie au Liban. De Asfourieh à nos jours, un siècle de psychiatrie au Liban de Sami Richa, Éditions Complicités, 2025, 222 p.

Sami Richa, Professeur de psychiatrie à la Faculté de médecine de l’USJ et membre de l’Académie nationale de médecine en France, vient de publier aux Éditions Complicités à Paris Une histoire de la psychiatrie au Liban, ouvrage préfacé par la Présidente de l’Académie nationale de médecine, Madame Catherine Barthélémy, distribué au Liban par la Librairie Antoine.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Pour les générations futures surtout. Les psychiatres actuels et les jeunes apprentis en psychiatrie doivent savoir que l’on peut s’enorgueillir de notre histoire. Elle a été exceptionnelle tout au long du XXe siècle, avec des asiles et des professionnels de grande qualité.

On a tendance à parler de Asfourieh de façon péjorative. Pourtant, c’était l’une des plus grandes institutions universitaires en psychiatrie du Moyen-Orient. On venait de partout pour apprendre la psychiatrie à Asfourieh ! Les médecins habitaient dans des pavillons à l’hôpital même avec leurs familles afin de vivre avec les malades. Et, fait majeur, il y avait dans l’enceinte de l’hôpital une prison où on incarcérait les malades ayant commis des crimes ou des délits. On était beaucoup plus avancés qu’aujourd’hui ! L’hôpital a dû malheureusement fermer ses portes en 1977 pour cause de guerre.

Quels grands noms ont marqué la psychiatrie au Liban ?

Il y a d’abord ceux qui ont érigé les quatre asiles du Liban, Théophile Waldmeier, Quaker suisse, qui a été à l’origine de Asfourieh en 1900, le Père Jacques, prêtre capucin, qui a transformé son couvent en Hôpital de la Croix en 1952, Riad el-Solh, Omar Daouk et Hussein Oueini qui ont construit Dar el-‘Ajaza el-Islamiyya en 1954 et Abdel Rahman Labban qui a créé l’hôpital Al-Fanar en 1964. Tous ont voulu bâtir des lieux de soins, mais surtout aider les plus démunis, et n’étaient mus par aucune volonté de gagner de l’argent. C’est vous dire l’esprit de l’époque !

Vous brossez une vingtaine de portraits de psychiatres…

Des esprits lumineux qui ont marqué notre pays par leur professionnalisme, leur large culture et leur humanisme. Les psychiatres actuels que nous sommes ont beaucoup à apprendre d’eux. Il y avait de grands psychiatres, arméniens surtout, à Asfourieh comme Antranik Manoukian, Garabed Aivazian et Vahe Puzantian… Je leur consacre un chapitre entier. Et à l’Hôpital de la Croix, il y avait Henri Ayoub, Edouard Azouri, Alexandre Habib, Edouard Moretti et tant d’autres… Ils ont tous été médecins, enseignants, pédagogues et surtout, grands humanistes. Ils nous laissent un héritage magnifique. Ainsi, Joseph Haikal, psychiatre à Asfourieh, de passage à Paris, produisit un tel effet sur le grand psychiatre et académicien Jean Delay que ce dernier disait de lui : « Vous avez un génie qui est né trop tôt » !

Vous ravivez aussi le souvenir de professionnels qui ne sont pas médecins, mais qui ont aussi travaillé en psychiatrie.

Il y a Nadia Taoutal, première assistante sociale à Asfourieh, Jeanine Maamari, première psychologue à Asfourieh, que j’évoque longuement, et beaucoup d’autres assistantes sociales, psychologues, infirmières et infirmiers. Tous ont œuvré dans un esprit d’équipe, en multidisciplinarité exemplaire, afin de faire de notre pays un fleuron en matière de soins psychiatriques. Il y avait même une école d’infirmiers psychiatriques à Asfourieh, la seule du Moyen-Orient ! En effet, le psychiatre, s’il n’est pas secondé par toutes ces « mains de fée », ne peut pas offrir à son malade des soins de qualité.

Votre livre regorge de photos, d’images de l’époque et surtout de coupures de presse. Comment et pourquoi avez-vous collectionné et mis en valeur toute cette documentation ?

Je crois pertinemment que l’on ne connaît vraiment son métier qu’en maîtrisant parfaitement son histoire, surtout son histoire dans son propre pays.

Depuis le début de mes études en psychiatrie, je me suis passionné pour cette histoire et j’ai commencé à collectionner tout ce qui me tombait sous la main sur la question. J’ai été largement aidé, vers la fin de mes recherches, par M. Charles Abou Adal qui m’a aimablement ouvert les archives de la revue Magazine qui relatait beaucoup d’événements qui se produisaient dans les hôpitaux psychiatriques.

Avec ce livre, en ayant narré l’intégralité de l’histoire de mon métier dans mon pays, je me sens beaucoup plus accompli au niveau professionnel.

Sami Richa au festival

Signature de l’ouvrage le 25 octobre de 15h30 à 18h au stand de La Renaissance française à l’ESA.

Une histoire de la psychiatrie au Liban. De Asfourieh à nos jours, un siècle de psychiatrie au Liban de Sami Richa, Éditions Complicités, 2025, 222 p.Sami Richa, Professeur de psychiatrie à la Faculté de médecine de l’USJ et membre de l’Académie nationale de médecine en France, vient de publier aux Éditions Complicités à Paris Une histoire de la psychiatrie au Liban, ouvrage préfacé par la Présidente de l’Académie nationale de médecine, Madame Catherine Barthélémy, distribué au Liban par la Librairie Antoine.Pourquoi avoir écrit ce livre ?Pour les générations futures surtout. Les psychiatres actuels et les jeunes apprentis en psychiatrie doivent savoir que l’on peut s’enorgueillir de notre histoire. Elle a été exceptionnelle tout au long du XXe siècle, avec des asiles et des professionnels de...
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